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Secrets d’artistes

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Michel-Ange

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Publié le , mis à jour le
C’est l’un des artistes les plus admirés de l’Histoire, de Vasari à Delacroix en passant par Rubens. Michelangelo Buonarroti (1475–1564) est ce maître qui a transcendé le Beau idéal de la Renaissance pour embarquer l’art dans la passion, ouvrant la voie au maniérisme, au baroque, jusqu’au romantisme… David, Le Jugement dernier, le dôme de Saint-Pierre de Rome : ses œuvres sont des monuments bien connus. Mais le génie derrière elles nous réserve encore bien des secrets.

1. Il n’a jamais signé qu’une seule de ses œuvres

La Pietà subjugue par la profondeur des sentiments qui s’en dégage, la douleur contenue de la vierge et la beauté du corps du Christ mort, mais aussi par la virtuosité technique qui marque l’exécution des détails. La sculpture impressionne d’autant qu’elle fut taillée dans un unique bloc de marbre en quelques mois, par un artiste de… vingt-trois ans ! Si bien que des fidèles, dans la basilique Saint-Pierre de Rome, ne pouvaient la croire que sortie du ciseau d’un sculpteur plus confirmé. C’en fut trop pour le jeune Michel-Ange qui, surprenant une conversation où l’on attribuait la Pietà à un obscur Gobbo, se saisit de son ciseau pour inscrire son nom sur l’écharpe de la vierge : « MICHAEL AGELUS [sic] BONAROTUS ». Il ne réitérera pas le geste. Par orgueil ? Son art suffira par la suite à « signer » son génie.

Michel-Ange, Pietà
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Michel-Ange, Pietà, vers 1498–1499

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Marbre • 174 × 195 × 69 cm • Basilique Saint-Pierre, Rome • © Luisa Ricciarini / Bridgeman Images

2. Acariâtre, il travaillait sans assistant

Michel-Ange conservait jalousement son génie, à tel point qu’il lui était impossible de se faire assister. Et c’est tant mieux pour les potentiels apprentis car l’homme avait un caractère tempétueux ! Les chanceux ont pu le mesurer en observant le chantier du Vatican à l’automne 1508. Le contraste est rude entre Raphaël, maître jeune et aimé conduisant son atelier avec bienveillance pour décorer les chambres et Michel-Ange interdisant tout dérangement lorsqu’il couvrait seul les 800 mètres carrés du plafond de la chapelle Sixtine, s’esquintant les yeux et le dos sur un échafaudage. L’artiste clamant que sa main révèle le mystère divin, il lui était inconcevable de déléguer la moindre tâche créatrice. Au vu de son œuvre prolifique, le jeu en valait la chandelle.

Raphaël, détail de « L’École d’Athènes » montrant Michel-Ange en Héraclite assis au premier plan
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Raphaël, détail de « L’École d’Athènes » montrant Michel-Ange en Héraclite assis au premier plan, 1508 – 1512

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Fresque • 5 × 7,7 m • Musée du Vatican, Rome

3. Sa rivalité avec Léonard de Vinci était profonde

Duel au sommet ! En 1504 à Florence, la seigneurie commande à  Léonard et Michel-Ange, plus jeune de vingt-trois ans, deux fresques pour la salle des Conseils du Palazzo Vecchio. Au menu, ces batailles qui virent triompher la Cité au lys rouge. Léonard dessine une Bataille d’Anghiari dans un style enlevé où le mouvement puissant des chevaux est magnifié. Michel-Ange célèbre lui la beauté du corps en dépeignant les soldats florentins de dos, surpris en pleine baignade lors de la Bataille de Cascina. Léonard n’a que du dédain pour un Michel-Ange qu’il trouve immature. Ce dernier, incommodé par l’odeur de l’épaisse peinture à l’encaustique que veut employer son aîné, aurait pesté et même craché sur la murale en cours de réalisation. Celle-ci n’aura finalement jamais abouti, les deux fresques n’étant connues que par leurs cartons. Entre Léonard, pour qui la peinture, « poésie muette », est la reine des arts et Michel-Ange qui considère la sculpture comme « le flambeau de la peinture », les relations ne pouvaient qu’être orageuses.

Image de gauche : Sangallo d’après Michel-Ange, « Bataille de Cascina » (vers 1542) / Image de droite : Peter Paul Rubens d’après de Vinci « La Bataille d’Anghiari » (XVIIe siècle)
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Image de gauche : Sangallo d’après Michel-Ange, « Bataille de Cascina » (vers 1542) / Image de droite : Peter Paul Rubens d’après de Vinci « La Bataille d’Anghiari » (XVIIe siècle)

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Image de gauche : Huile sur panneau, grisaille / Image de droite :Pierre noire, plume et encre brune, pinceau et encre brune et grise, lavis gris, rehauts de blanc et de gris-bleu, sur un feuillet agrandi par quatre bandes latérales • Image de gauche : 77 x 130 cm / Image de droite : 45,3 x 63,6 cm • Image de gauche : Holkham Hall, Norfolk / Image de droite : Musée du Louvre, Paris • Photo Wikimedia Commons

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Les Grands duels de l’art : Michel-Ange versus Léonard de Vinci

Par Sylvie Kürsten

4. Il ne peignait jamais de portraits de vivants

On connaît de Michel-Ange les portraits de Julien et Laurent de Médicis ornant leurs tombeaux : mais ce sont là des effigies mortuaires, faites pour laisser un témoignage à l’histoire. En peinture comme en sculpture, Buonarroti préférait représenter les figures intemporelles de l’histoire biblique, portant l’idéal à l’extrême tant la beauté d’une figure traduisait sa vertu. Avec une telle vision, il lui aurait été impossible pour lui de portraiturer de simples mortels… à moins qu’ils ne fussent d’une beauté irréprochable. Beauté que Michel-Ange cherche chez les hommes plus que chez les femmes. En 1532, l’artiste déjà mûr rencontre un jeune homme d’une beauté extraordinaire dont il tombe fou amoureux : Tommaso dei Cavalieri. Une beauté telle qu’enfin, Michel-Ange lui dédia un portrait.

Michel-Ange, Portrait de Tommaso dei Cavalieri
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Michel-Ange, Portrait de Tommaso dei Cavalieri, Date inconnue

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Dessin à la craie noire • Photo Wikimedia Commons

5. Il était aussi poète

C’est un pan moins connu de la production du peintre et sculpteur mais à l’instar de Léonard et des grandes figures de l’humanisme, Michel-Ange ne séparait pas les arts des sciences, ni la peinture de la poésie. L’écriture est loin d’être un simple passe-temps : on doit au créateur de la Pietà au moins trois-cents sonnets, construits selon les règles de l’art et témoignant d’une maîtrise parfaite de ses humanités. Parmi les sujets que Michel-Ange met en vers, figurent le culte de la beauté, la grâce divine, le pêché, mais aussi et avant tout l’amour, à commencer par celui qu’il partageait avec Tommaso, dissimulant son homosexualité en utilisant des pronoms féminins.

Manuscrit d’un poème de Michel Ange
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Manuscrit d’un poème de Michel Ange

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Biblioteca Medicea Laurenziana (Laurenziana Library), Florence • © NPL – DeA Picture Library / Bridgeman Images

6. Son dôme pour la basilique Saint-Pierre est resté longtemps l’église la plus haute du monde

Pour la basilique Saint-Pierre de Rome, Michel-Ange a laissé deux legs : la Pietà et le dôme. En 1546, l’humaniste succède à Antonio da Sangallo qui lui-même succédait à Bramante pour édifier une coupole à la mesure du père du culte catholique romain. S’inspirant du travail effectué un siècle plus tôt par Brunelleschi à Santa Maria del Fiore de Florence, Michel-Ange conçoit une couverture extérieure de forme ovoïde renforcée par une autre coupole intérieure, en réalité une structure de consolidation. L’ensemble repose sur un tambour. L’architecte ne verra pas l’achèvement de son œuvre qui, culminant à 136,57 m, est restée pendant des siècles d’une hauteur inégalée pour une église. Ce record tombe en 1983 avec la construction de la basilique Notre-Dame-de-la-Paix de Yamoussoukro en Côte d’Ivoire, érigée par Pierre Fakhoury. Si celle-ci s’élève à 158 m, il faut rappeler que ses principes de construction, pour la coupole en particulier, s’inspirent très largement du modèle romain.

Michel-Ange, Dôme de la basilique Saint-Pierre de Rome
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Michel-Ange, Dôme de la basilique Saint-Pierre de Rome, 1506 – 1626

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136,57 mètres de hauteur et 41,47 m de diamètre

Retrouvez dans l’Encyclo : Renaissance italienne Michel-Ange

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