SECRETS D’ARTISTES

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Piet Mondrian

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Avec Vermeer, Van Gogh et Rembrandt, Piet Mondrian est sans nul doute l’un des plus grands peintres hollandais de l’histoire. On reconnaît immédiatement ses compositions géométriques aux surfaces de couleurs pures, sans toujours savoir que sa pratique est plus complexe et variée qu’il n’y paraît. Beaux Arts vous livre six secrets pour mieux percer le mystère Mondrian.

Le Bassin des Lumières de Bordeaux se plonge toute cette année dans son univers lumineux de lignes orthogonales et de couleurs primaires, à travers une exposition immersive ! Mais saviez-vous que l’art de Piet Mondrian est le fruit d’une longue évolution ?

Parti de l’observation de la nature, l’artiste s’est aussi inspiré de Vincent van Gogh, des fauves et des cubistes pour aboutir à une grande révolution artistique et sociale. Celle-ci s’incarne dans la revue De Stijl qu’il fonde avec Theo van Doesburg en 1917 et dont l’expression picturale est le néoplasticisme. Solidement implanté à Paris après 1919, Mondrian est un acteur incontournable de l’avant-garde, auprès d’Abstraction-Création et de Cercle et Carré, loin de l’image de l’artiste solitaire.

1. Il a dessiné des bactéries pour gagner sa vie

Marta de Menezes, DECON: Deconstruction, Decontamination, Decomposition
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Marta de Menezes, DECON: Deconstruction, Decontamination, Decomposition, 2008

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Des reproductions des peintures géométriques de Piet Mondrian ont été créées sur un milieu de croissance bactérien solide complété par des colorants azoïques (la classe de colorants la plus vaste et la plus polyvalente récalcitrante à la dégradation). Les couleurs de ces peintures ont été progressivement dégradées par les bactéries Pseudomonas putida MET94

Piet Mondrian a longtemps travaillé à côté de son art pour vivre. Professeur de dessin, le peintre fut aussi assistant de laboratoire auprès du professeur Reinder Pieters van Calcar à l’Université de Leyde dans les années 1900. Pour appuyer les recherches du biologiste sur le choléra, l’artiste qui se nomme encore Mondriaan dessine les bactéries qu’il observe au microscope… La bio-plasticienne Marta de Menezes avait-elle cet épisode en tête lorsqu’elle a recréé en 2007, avec son œuvre Decon [ill. ci-dessus], la fameuse Composition C à l’aide de couleurs générées par le micro-organisme MET94 ?

2. Son abstraction cache une vision ésotérique du monde

Piet Mondrian, Évolution
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Piet Mondrian, Évolution, 1911

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Huile sur toile • 183 × 257,5 cm • Coll. Gementemuseum, La Haye • © akg-images

L’évolution du peintre vers l’abstraction est étroitement liée à ses accointances avec la théosophie, une philosophie mystique cherchant à connecter chaque part du cosmos. Il la découvre en 1908, lors d’une conférence de Rudolf Steiner, membre éminent de la Société théosophique à laquelle l’artiste adhèrera un an plus tard, pour ne plus jamais la quitter. En 1921, il prend même soin d’envoyer un exemplaire de son essai Le Néo-plasticisme, principe général de l’équivalence plastique à Steiner. Cette pensée est une clé pour comprendre l’art de Mondrian : des concepts opposés comme le masculin et le féminin, très présents dans la doctrine, trouvent leur écho dans le contraste des verticales et des horizontales. Ces polarités s’articulent toutefois dans une harmonie picturale qui reflète l’unité du cosmos.

3. Il n’a jamais abandonné la peinture figurative

Piet Mondrian, Ferme à Duivendrecht
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Piet Mondrian, Ferme à Duivendrecht, vers 1911–1921

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Huile sur toile • 86,3 × 107,9 cm • Coll. Art Institute Chicago

L’évolution de la peinture de Mondrian, de sa découverte du cubisme en 1911 à la fondation de De Stijl en 1917 semble laisser peu de place au sujet figuré : les ramifications des arbres sont devenues des lignes orthogonales ! Pourtant, le peintre continue à côté de ses compositions abstraites de créer des œuvres figuratives. Par nécessité, comme lorsqu’il se fait copiste dans différents musées des Pays-Bas durant la guerre, ou quand il écoule des fleurs facilement vendables durant ses années parisiennes, à partir de 1919. Mais aussi parfois par plaisir et intérêt pour la recherche picturale. Il lui arrive de revenir à son motif de jeunesse avec la Ferme à Duivendrecht : en 1916, l’artiste poursuit dans le paysage ses recherches sur la lumière et l’équilibre d’une composition.

4. Ses appartements étaient décorés comme ses tableaux

Atelier de Piet Mondrian, 26 Rue du Départ à Paris
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Atelier de Piet Mondrian, 26 Rue du Départ à Paris

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Photo Paul Delbo / © Mondrian / Holtzman Trust

« L’avenir de la Plastique nouvelle et sa réalisation proprement dite dans la Peinture réside dans la Chromoplastique dans l’architecture », écrivait l’artiste. On reproche parfois à Mondrian de n’avoir jamais franchi le pas du design, contrairement à Theo van Doesburg. Pourtant, il vivait littéralement dans ses tableaux : les murs de ses ateliers de Paris, Londres et New York sont peints en blancs et le mobilier n’emprunte que les tons qu’il s’autorise en peinture. Il y accroche aussi des rectangles de cartons peints qu’il déplace selon son humeur, pour trouver de nouvelles idées de compositions. Son art comporte aussi cette dimension ludique, fondée avant tout sur le plaisir de jouer avec les formes et les couleurs.

5. Il adorait le boogie-woogie

Piet Mondrian, Broadway Boogie-Woogie
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Piet Mondrian, Broadway Boogie-Woogie, 1942–1943

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Huile sur toile • Museum of Modern Art, New York • © Digital image, The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence

Installé à Londres en 1938, Mondrian fuit les bombardements en 1940 et gagne New York. La métropole lui fait l’effet d’une véritable claque esthétique : entre ces longues avenues et ces hauts gratte-ciels peuplés d’enseignes lumineuses, l’artiste se sent comme dans ses tableaux ! À New York, le septuagénaire se délecte du boogie-woogie, lui qui, excellent danseur, avait déjà découvert le jazz dans les clubs parisiens des Années folles. La joie de vivre retrouvée loin des bombes ressort jusque dans ses tableaux dont le noir est désormais exclu : les lignes des différents Boogie-Woogie sont désormais jaunes et couvertes de carrés de cartons colorés collés comme des post-it ! Une dernière révolution, qui rime avec swing…

6. Il a inspiré la mode (et le cinéma)

Défilé rétrospectif Yves Saint Laurent au centre Pompidou, Paris
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Défilé rétrospectif Yves Saint Laurent au centre Pompidou, Paris, 22 janvier 2002

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© Philippe Wojazer / Reuters

La trame qui rend immédiatement reconnaissable un Mondrian est devenue un motif décoratif  imprimé sur des cahiers, sneakers et foulards jusqu’à la saturation. Mais Mondrian a connu des détournements heureux, que ce soit en toile de fond de films (Pierrot le Fou de Jean-Luc Godard et Les Nuits de la pleine lune d’Éric Rohmer), ou en fil rouge d’une collection d’Yves Saint Laurent, qui faisait défiler en 1965 des robes de cocktail en forme d’hommage : c’est dire l’efficacité du langage élémentaire du peintre.

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Mondrian. L'architecte des couleurs

Du 16 février 2024 au 5 janvier 2025

www.bassins-lumieres.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Piet Mondrian De Stijl

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