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Le fauvisme en 3 minutes

En bref

Ils ont été baptisés fauves en raison de leur palette rugissante. Dans les premières années du XXe siècle, Matisse, Derain, Vlaminck, Braque, Camoin, Dufy, Marquet, Manguin ont formé l’un des groupes en vue de l’avant-garde parisienne. Mais il ne s’agit pas d’une avant-garde politisée, comme le futurisme par exemple. Le fauvisme ne repose sur aucun manifeste, et son existence a été éphémère. Ses aspirations traduisent toutefois l’une des voies majeures et durables de l’histoire de l’art moderne occidental : l’expressionnisme par la couleur pure.

« Le fauvisme fut en premier lieu un bref moment lors duquel nous avons pensé qu’il était nécessaire d’exalter toutes les couleurs ensemble, sans en sacrifier aucune. » Henri Matisse

Henri Matisse, La Femme au chapeau
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Henri Matisse, La Femme au chapeau, 1905

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Huile sur toile • 80,6 × 59,6 cm • Coll. MoMA, San Francisco • © Succession Henri Matisse

Son histoire, ses idées clés

À l’été 1905, Matisse et Derain travaillent furieusement en binôme sur les bords de la Méditerranée, à Collioure. Ils traduisent le paysage de manière subjective, sans effet de perspective classique, peignant par larges aplats de couleurs. Ces deux artistes contribuent à donner naissance au paysage moderne, dans la lignée du postimpressionnisme. Ils sont rejoints dans cette quête par leurs amis Vlaminck, Camoin et Marquet qui cultivent comme eux une aspiration au renouveau. Tous ont été encouragés à libérer leur palette en fréquentant les cours de Gustave Moreau aux Beaux-Arts ou à l’Académie Julian. L’expressionnisme par la couleur constitue l’une des feuilles de route de l’avant-garde picturale, que ce soit en France ou en Allemagne (par opposition aux avant-gardes constructivistes qui explorent davantage la notion d’espace). L’expressionnisme fait des adeptes, comme Georges Braque, un temps fauve avant de s’intéresser au cubisme.

À l’automne 1905, ces artistes exposent ensemble dans une salle du Salon d’Automne. Les toiles aux couleurs violemment expressives et non imitatives conduisent le critique d’art Louis Vauxcelles à les qualifier de « fauves », par opposition à tout classicisme. Le scandale s’annonce tellement grand que le Président de la République refuse d’inaugurer l’exposition.

Henri Matisse fait figure de héraut, avec sa Femme au chapeau, un portrait novateur, rapidement brossé, faisant montre d’une palette peu habituelle pour ce sujet. Inspiré par Van Gogh, Gauguin et le néo-impressionnisme, Matisse a abandonné le principe de la ressemblance au profit de la puissance de la couleur, qui devient le véritable sujet de l’œuvre.

La découverte de l’art africain et des cultures extra-occidentales ont eu une influence majeure sur Matisse, Derain et Vlaminck. Les fauves peignent des formes synthétiques, et cherchent surtout à structurer par la couleur, à la différence de l’impressionnisme auquel ils reprochent son manque de structure. Le fauvisme cultive un véritable lyrisme et une grande exubérance. À l’opposé du cubisme, ce n’est pas un art austère, contraignant, mais plutôt une ode à la liberté. Matisse, d’ailleurs, admire la poésie de Mallarmé et exprime son désir d’un retour vers des sources arcadiennes. Les rives de la Méditerranée, porteuses du mythe d’une Antiquité rêvée, est l’environnement idéal pour ces artistes.

Mais peut-on parler du fauvisme comme d’une véritable esthétique ? Les artistes n’ont jamais revendiqué de fondements théoriques à leur démarche, ils n’ont jamais constitué de groupe à part entière, porté par une doctrine ou un manifeste. Il s’agit plutôt de la réunion de peintres partageant la même aspiration à une peinture libérée des contraintes, tournée vers la recherche de l’émotion, sans pour autant déroger à la représentation du réel (par contraste avec le cubisme). À partir de 1908, chacun poursuit ses recherches en solitaire, notamment Matisse qui s’engage dans un travail plus formaliste.

Portraits de fauves

André Derain, Portrait d’Henri Matisse
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André Derain, Portrait d’Henri Matisse, 1905

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Huile sur toile • 46 × 34,9 cm • Coll. Tate, Londres • © Akg-images / © Adagp, Paris 2018

André Derain, Portrait d’Henri Matisse, 1905

Ce tableau a été réalisé à Collioure en 1905, alors que Matisse et Derain menaient une campagne de peinture. Les deux artistes étaient alors amis depuis cinq ans. S’il demeure fidèle à la représentation du réel, ce portrait n’est pas illusionniste comme le montrent les couleurs employées par Derain. L’ombre est traduite par la couleur bleue, et la lumière qui frappe le visage de Matisse par l’usage du rouge. André Derain peint par larges aplats, ce qui retire au portrait tout effet de perspective. Il s’agit d’un portrait typique de la période fauve de Derain.

Henri Matisse, André Derain
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Henri Matisse, André Derain, 1905

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Huile sur toile • 39,4 × 28,9 cm • Coll. Tate, Londres • © Succession Henri Matisse

Henri Matisse, Portrait d’André Derain, 1905 

Ce portrait est la réponse à celui de Derain. Henri Matisse le peint également à Collioure, en cet été 1905. On sent ici la portée de la leçon néo-impressionnisme que Matisse avait reçue de Paul Signac et d’Henri-Edmond Cross car l’artiste travaille les couleurs complémentaires. Tout en réalisant une œuvre harmonieuse, son portrait semble aussi chercher une ressemblance non illusionniste mais davantage basée sur le rendu d’une attitude.

Henri Manguin, Autoportrait
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Henri Manguin, Autoportrait, 1905

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Huile sur toile • 55 × 46 cm • Coll. particulière • © F. Lepeltier

Henri Manguin, Autoportrait, vers 1905

Henri Manguin, au même titre que Charles Camoin ou Jean Puy, a fait partie du groupe fauve en 1905. Il a aussi été l’un des compagnons de Matisse au sein de l’Atelier de Gustave Moreau dans les années 1890. Ami de Bonnard et de Signac, Manguin s’est installé dans le Sud méditerranéen et a construit une œuvre lyrique, aux accents chromatiques audacieux. La femme et le paysage constituent ses thèmes de prédilection.

Par • le 3 septembre 2018

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