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Principal animateur de la revue De Stijl, figure marquante de l’avant-garde des années 1920, Theo Van Doesburg (1883–1931) fut un artiste prolifique. Peintre, architecte, écrivain, typographe, designer, il fut aussi théoricien et enseignant. Proche de Piet Mondrian, Van Doesburg rêvait d’un art universel, intégré à la société, aux industries et aux sciences. Il voulait changer le monde en développant un art abstrait purement géométrique, soutenant une véritable quête spirituelle de renouveau après le drame mondial de la Grande Guerre.
Theo Van Doesburg dans l’Aubette, 1928
DR
« L’œuvre complète et définitive se crée hors de notre personnalité ; il ne faut même pas hésiter à supprimer notre personnalité. »
Theo Van Doeburg est un pseudonyme. L’artiste est né à Utrecht sous le nom de Christian Krüpper, mais il prend très vite le patronyme de son beau-père. Le jeune homme est passionné par le théâtre et la littérature. Il peint également, dans la veine impressionniste, et s’intéresse au cubisme. La découverte de l’œuvre de Vassily Kandinsky est une révélation. Dès 1914, Van Doesburg se lance dans l’aventure de l’abstraction !
Peignant d’abord des toiles non géométriques, l’artiste modifie son approche en rencontrant Piet Mondrian, néerlandais comme lui. Séduit par la ligne droite, les compositions rigoureuses, il devient l’ami d’architectes modernistes.
En 1917, Van Doesburg fonde la revue De Stijl, dans un esprit collectif et avec la volonté de toucher un public international. Les revues jouent à cette époque un rôle majeur dans la diffusion des idées de l’avant-garde. C’est dans les pages de De Stijl qu’est exprimé le concept de néoplasticisme. Cette théorie esthétique formulée par Mondrian préconise l’emploi exclusif de lignes horizontales et verticales, et une restriction de la palette aux trois couleurs primaires, auxquelles s’ajoutent le noir, le gris et le blanc. Celles-ci doivent être traitées en aplats. L’idée est de proposer un langage plastique universel, objectif, purement abstrait.
En 1920, Theo rencontre sa femme Nelly, pianiste qui performe dans le répertoire du mouvement Dada. Le couple s’installe à Weimar. Van Doesburg écrit des poèmes, donne aussi des conférences, notamment au Bauhaus, école d’art d’avant-garde dirigée par Walter Gropius. L’artiste participe à cet élan qui ambitionne de réduire l’écart entre l’art et la vie, entre les arts majeurs et les arts mineurs. Il collabore avec des architectes, des ébénistes, des artisans.
Sa relation avec Mondrian est complexe. En 1926, Van Doesburg rompt avec le néoplasticisme. En effet, il propose d’introduire les diagonales dans ses compositions abstraites, et fait pivoter les plans, rompant avec la planéité et la frontalité prônées par Mondrian. Le peintre se rapproche alors de Jean Arp et son épouse Sophie Taeuber-Arp. Avec eux, il décore la brasserie de l’Aubette, à Strasbourg.
Theo devait enseigner au Bauhaus, mais finalement il s’installe à Paris avec Nelly. Il construit sa propre maison-atelier à Meudon, dont les travaux sont terminés en 1930. Malheureusement, il décède l’année suivante, d’une attaque cardiaque.
Theo Van Doesburg, Composition III, 1917
Vitrail • Coll. musée de Lakenhal, La Haye
Composition III, 1917
L’intérêt de Van Doesburg pour le vitrail révèle sa préoccupation pour la lumière et les arts appliqués. Selon l’artiste, il ne s’agit pas d’une réflexion sur les arts décoratifs, mais plutôt sur la manière d’unir le verre et la peinture au service de l’architecture. L’univers de Stijl est le projet d’un art total, qui embrasserait la totalité de la maison, du mobilier à l’architecture elle-même.
Theo Van Doesburg, Composition X, 1918
Huile sur toile • 64 × 43 • Coll. Centre Pompidou – Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat
Composition X, 1918
Peinte un an après la fondation du groupe De Stijl, Composition X témoigne de l’adhésion de Van Doesburg au néoplasticisme. Il ne reste rien de ses débuts, marqués par l’influence des symbolistes, des impressionnistes et de Paul Cézanne. Les lignes se coupent à angle droit, la palette est réduite à trois non-couleurs (le noir, le gris et le blanc). Les formes carrées ou rectangulaires sont de dimensions variables, créant un rythme géométrique accentué par l’intrusion des lignes dans les espaces clairs.
Theo Van Doesburg, Contra-Compositie XIII, 1926
Huile sur toile • 49,5 × 50 cm • Coll. Peggy Guggenheim, Venise • © akg-images
Contra-Compositie XIII, 1926
Les Contre-compositions témoignent de l’expression personnelle de Van Doesburg dans l’univers du néoplasticisme. L’artiste introduit des obliques, fait disparaître la grille, et laisse parfois flotter les formes abstraites sur un fond blanc. Il introduit une dynamique et un déséquilibre étrangers à l’art de Mondrian. Les formes semblent s’échapper du cadre, prendre leur indépendance. La rupture est proche entre les deux hommes.
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