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Moins connu du grand public que Jan Van Eyck ou Rogier Van der Weyden, Dirk Bouts (dit aussi Dieric ou Dirck), est un peintre important de la Renaissance flamande du XVe siècle. Actif à Louvain, dont il est le peintre municipal officiel, Bouts est particulièrement renommé pour ses portraits et ses tableaux d’église. Il est parfois qualifié de « peintre du silence » en raison de l’inexpressivité volontaire de ses personnages, réservés et d’un calme absolu, comme absorbés en eux-mêmes. Grâce à lui, Louvain occupe une place importante dans l’histoire des Primitifs flamands.
Portrait de Dirk Bouts, 1739
« On doit considérer comme les véritables sommets de l’art pictural du XVesiècle Jan van Eyck, Bouts, Memling. » Arsène Alexandre
Dirk Bouts serait né à Haarlem vers 1410 ou 1420. Haarlem, à une trentaine de kilomètres d’Amsterdam et située dans le comté de Hollande, appartenait à cette époque à la couronne bourguignonne. La formation de Bouts est méconnue. Les sources manquent pour renseigner la première partie de la vie de l’artiste.
Bouts vient s’établir à Louvain, dans les Pays-Bas méridionaux, probablement vers l’âge de trente ans, peut-être après avoir fait un détour par Bruxelles et y avoir rencontré Rogier van de Weyden, peintre officiel de la ville. Bouts est déjà un artiste accompli. Les peintres louvanistes, tels que Hubert Stuerbout, sont à cette époque regroupés dans des corporations. Il est possible que Bouts ait choisi Louvain en raison de l’important développement que connait alors la ville, susceptible de lui procurer d’importantes commandes. Louvain est aussi une ville universitaire et donc un centre intellectuel de premier plan.
Bouts est bien localisé à Louvain en 1448, année de son mariage avec Catharina van der Brugghen, fille d’une famille fortunée. Le couple aura quatre enfants et leurs deux fils deviendront peintres. Bouts semble mener une vie bourgeoise, étant propriétaire de plusieurs maisons. Dans les années 1445–1450, Bouts travaille probablement à la réalisation d’un triptyque de la vie de la Vierge. En 1464, il entame la réalisation de la dernière Cène pour la confrérie du Saint-Sacrement de l’église Saint-Pierre dont l’exécution est achevée en 1468. Il reçoit également une commande importante pour l’hôtel de ville. Bouts était assurément un notable et s’était fait une place de choix comme peintre à Louvain. À partir de 1472, des archives le mentionnent comme « peintre de la ville ».
Bouts perd son épouse en 1473. Le peintre se remarie l’année suivante avec la fille d’un riche commerçant. Bouts consolide son statut de citoyen aisé et respecté, bien au-dessus d’un simple artisan. Il étend notamment son patrimoine immobilier. Bouts est aussi bien intégré dans le milieu intellectuel. Il fréquente des théologiens, mais aussi des personnalités politiques. Malade, l’artiste décède à Louvain en 1475, laissant inachevé le Martyre de Saint-Hippolyte commandé pour la cathédrale Saint-Sauveur de Bruges.
L’histoire de l’art situe Bouts entre Petrus Christus et Hugo van der Goes. Son œuvre est pétrie de réalisme et de monumentalité, mais également par le souci de peindre des compositions harmonieuses. Dans ses œuvres, Bouts s’est toujours intéressé à la représentation d’un espace palpable, bien structuré, et régi par les lois de la perspective mathématique. L’atmosphère de recueillement que dégagent ses personnages, souvent magnifiquement vêtus, lui valut le surnom de « peintre du silence ». Si l’attribution et la chronologie de ses œuvres font débat, il est admis que Bouts subit l’influence de Rogier Van der Weyden, dont il aurait peut-être été l’élève à Bruxelles.
Dirk Bouts, La Chute des damnés, vers 1450 ou 1468
Palais des beaux-arts de Lille / Dépôt du musée du Louvre • © RMN-Grand Palais – Jean-Gilles Berizzi
Panneau appartenant originellement à un triptyque, il représente une scène particulièrement dramatique. Les damnés sont en train de tomber dans l’Enfer, torturés par des démons. Mille et un supplices les attendent, à l’image d’une roue hérissée de pics que l’on aperçoit au fond de la scène. Les corps, modelés par la couleur, tout comme le paysage terrifiant et fantastique, sont remarquables.
Dirk Bouts, Triptyque du Martyre de Saint-Érasme, 1458
Huile sur panneau de bois • 82 × 150 cm • Coll. Chapelle de la collégiale Saint-Pierre, Louvain
Le panneau central de ce triptyque représente Saint Érasme, allongé sur une planche de bois, torturé par deux bourreaux qui extraient ses intestins à travers une plaie qui évoque celle du Christ. Bien que son visage soit peu expressif, son supplice est extrême. À l’arrière-plan, se tient le riche seigneur qui a ordonné ce martyre. La scène est très théâtrale, sur fond d’une campagne séculaire et tranquille. Saint Jérôme et Saint Bernard sont représentés sur les panneaux latéraux.
Dirk Bouts, Polyptyque du Saint-Sacrement (au centre, la Cène), 1458
Huile sur panneau • 183 x 152,5 cm • Coll. Collégiale Saint-Pierre, Louvain
Commandé par les Frères du Saint Sacrement, cette œuvre réalisée par Dirk Bouts est très innovante car elle propose une version actualisée de la Cène dans le cadre d’un intérieur flamand typique du XVe siècle. Un œil aiguisé reconnaitra la Grand-Place de Louvain représentée à travers la fenêtre à gauche de la composition. Le Christ, bénissant le pain, occupe la place centrale. Il est accompagné par les apôtres, comme le veut l’usage.
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