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C’est l’une des rares créatrices du mouvement surréaliste. Peintre, sculptrice, mais aussi femme de lettres, l’Américaine Dorothea Tanning (1910–2012) se joint au groupe surréaliste de New York dans les années 1940. Cette artiste hors norme fut la compagne de Max Ernst, l’un des principaux artistes du mouvement, dont la notoriété a un peu éclipsé celle de son épouse. Dorothea Tanning a profondément renouvelé l’imaginaire érotique, si cher aux surréalistes, de façon très personnelle et en imposant un nouveau point de vue : celui de la femme.
Max Ernst et Dorothea Tanning jouant aux échecs dans la galerie Julien Levy, New York, 1945
Coll. Philadelphia Museum of Art, Philadelphie • © Bridgeman Images
« Le surréalisme fut une combustion moins spontanée qu’on ne pourrait le croire. »
Dorothea Tanning est née dans l’Illinois, à Galesburg. Passionnée par le dessin, elle entreprend de brèves études artistiques à Chicago dans les années 1930, avant de s’installer à New York, où elle vit de ses illustrations pour le monde de la mode. Après avoir découvert le surréalisme en visitant une grande exposition au musée d’Art moderne de New York en 1936, elle décide de son destin : elle deviendra peintre !
Au début des années 1940, le marchand d’art Julien Lévy la met en contact avec le groupe des surréalistes, principalement des artistes européens qui ont fui la guerre et les persécutions nazies. André Breton est alors le pape du surréalisme. Dorothea se lie avec Max Ernst, marié à l’époque avec Peggy Guggenheim. Celui-ci l’encourage à exposer ses œuvres et, en 1946, divorce pour pouvoir l’épouser.
Le couple partage la passion des échecs et l’amitié de Marcel Duchamp. Il s’installe en Arizona, dans une maison construite par Ernst et décorée de ses sculptures. Leur histoire d’amour durera trente-quatre ans.
Peintre audacieuse mettant en scène ses rêves et ses angoisses, Tanning n’a jamais été sous l’influence artistique de Max Ernst. En 1944 se tient sa première exposition personnelle. Entre érotisme et fétichisme, Tanning aborde l’imaginaire de la femme, en peignant des portraits et des intérieures d’une grande force énigmatique.
Au milieu des années 1950, le couple s’installe en France, en Touraine, puis en Provence. Dorothea Tanning explore l’univers de la sculpture en créant des formes souples, remplies de laine. Ses œuvres hybrides prennent souvent une connotation érotique et jouent sur les contrastes de matières et de formes. Elle refuse, cependant, de se présenter comme une artiste féministe.
En 1974, son œuvre est consacrée par une grande rétrospective organisée par le musée national d’Art moderne, à Paris. Après la mort de Max Ernst, en 1976, Dorothea Tanning retourne vivre aux États-Unis, où elle écrit principalement de la poésie. Après une vie intense, l’artiste s’éteint à l’âge de cent un ans.
Dorothea Tanning, Birthday, 1942
Huile sur toile • 102,2 × 64,8 cm • Coll. Philadelphia Museum of Art, Philadelphie
Birthday, 1942
Ce grand autoportrait teinté d’angoisse s’inscrit dans l’esprit du surréalisme. Seins nus, elle se représente dans un appartement aux portes multiples, comme ouvertes sur l’imaginaire. Vêtue d’une parure exotique et accompagnée d’un animal fantastique, la jeune femme adopte un visage entre rêverie et étonnement. Cette œuvre d’une grande sensualité a fortement impressionné Max Ernst, qui lui donna son titre en référence à la naissance d’une grande artiste.
Dorothea Tanning, Un tableau très heureux, 1947
Huile sur toile • 91,1 × 122 cm • Coll. centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris • © Bridgeman Images / © Adagp, Paris 2019
Un Tableau très heureux, 1947
Cette scène énigmatique semble mêler espace réel et espace imaginaire, à l’image de valises et de caisses emboîtées les unes dans les autres. Derrière l’envolée d’un voile blanc, on perçoit une silhouette masculine, le bassin d’une femme et l’esquisse d’un visage féminin. S’agit-il d’une allégorie du mariage de Dorothea Tanning avec Max Ernst ? Le bouquet de fleurs, le titre du tableau et la date de son exécution le laissent penser.
Dorothea tanning, Chambre 202, hôtel du Pavot, 1970–1973
Tissu, laine, fourrure synthétique, carton et balles de ping-pong • 340,5 × 310 × 470 cm • Coll. centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat
Chambre 202, hôtel du Pavot, 1970
Cette grande installation sculpturale fut acquise par le Centre Pompidou en 1977. Il s’agit d’un lugubre intérieur de chambre d’hôtel réunissant cinq sculptures souples, réalisées à partir de tissu et remplies de laine. Les objets semblent prendre vie, mais sous l’aspect de formes mutantes et inquiétantes. Tanning, qui réactualise ici l’imaginaire du surréalisme et renouvelle la sculpture dans les années 1970, à l’instar de Yayoi Kusama et ses sculptures phalliques envahissantes ou de Niki de Saint Phalle et ses Nanas.
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