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Membre des Nabis, Édouard Vuillard (1868–1940) fut surnommé le « zouave » par ses camarades, en raison de sa barbe taillée de façon militaire. À la différence de Maurice Denis et de Paul Sérusier, Édouard Vuillard ne s’est pas orienté vers un symbolisme mystique. Il a développé une prédilection pour les scènes d’intérieur intimistes, chargées de décor et animées par la lumière artificielle. Peintre, il fut aussi lithographe et pastelliste de talent.
Édouard Vuillard, Autoportrait, vers 1889–1890
Huile sur toile • 42 × 34,5 cm • Coll.particulière • © Bridgeman Images / Lefevre Fine Art Ltd.
« Je n’ai jamais été qu’un spectateur. »
Né en Saône-et-Loire, Édouard Vuillard grandit dans une famille modeste installée à Paris et perd son père très jeune. Il entre au lycée Condorcet et se lie d’amitié avec Maurice Denis. Bien que destiné à une carrière militaire, le jeune homme s’en détourne au profit de la peinture. Délaissant l’École des Beaux-Arts, il fait ses classes à l’Académie Julian, où se fonde le groupe des Nabis autour de Paul Sérusier.
Dès le début de sa carrière, Édouard Vuillard montre une préférence pour le genre du portrait et de la scène d’intérieur. Il admire le travail des maîtres du Louvre, en particulier Johannes Vermeer et Antoine Watteau. Comme Maurice Denis et ses camarades, l’artiste veut se détacher de la mode impressionniste et mise sur l’imagination et le principe idéiste. Il adopte alors le synthétisme, une méthode mise au point par Paul Sérusier consistant à épurer les formes, à travailler en aplats et à représenter de manière personnelle la réalité.
À la fin des années 1890, l’artiste réalise des lithographies, des affiches et compose des décors pour des maisons bourgeoises, en particulier celle des frères Natanson, les créateurs de la Revue blanche. Édouard Vuillard se noue d’amitié avec le metteur en scène Aurélien Lugné-Poe et l’acteur Sacha Guitry. Imprégné de l’univers théâtral, le Nabi affectionne notamment la technique de la détrempe, inspirée des décorateurs. Il s’agit d’une peinture à base de colle chauffée, qui demande une grande dextérité en raison de son séchage rapide. Le tableau se caractérise par son aspect mat.
Les scènes d’intérieur sont la spécialité de l’artiste. Il aime représenter ses proches, en particulier sa mère, qui demeure son modèle jusqu’en 1928, date de son décès. Édouard Vuillard ne la faisait pas poser mais la représentait plutôt dans ses gestes quotidiens, notamment les travaux d’aiguille (sa mère était corsetière). L’artiste innove par ses cadrages audacieux (inspirés par le japonisme) et sa palette composée de couleurs franches et radicales.
Pendant la Grande Guerre, le peintre est missionné aux armées. Il saisit alors le traumatisme psychologique de la guerre dans L’Interrogatoire du prisonnier, et représente des dépôts de munitions dans les Vosges. Édouard Vuillard, qui s’est toujours intéressé à l’image des jardins, cultive particulièrement cette thématique durant la dernière partie de sa carrière. Il décède en 1940, à l’âge de 71 ans.
Édouard Vuillard, Au lit, 1891
Huile sur toile • 74 × 92 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Aurimages
Au lit, 1891
Sur un thème affectionné par les symbolistes (le rêve, le sommeil), Édouard Vuillard peint une œuvre originale en partie inspirée par le japonisme. L’artiste travaille en aplats, sans perspective ni modelé, comme une suite de plans juxtaposés. Il simplifie les lignes et réduit les couleurs de sa palette. Le symbole de la croix, lié au catholicisme, est un héritage de son éducation très chrétienne. Le peintre semble ici vanter le charme de la simplicité.
Édouard Vuillard, Jardins publics, 1894
Détrempe sur toile • 213,5 × 308 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais / DR
Jardins publics, 1894
Cet ensemble décoratif, composé de neuf panneaux, a été commandé à Édouard Vuillard par Alexandre Natanson. Cinq d’entre deux sont conservés au musée d’Orsay. Le peintre ne représente pas un site précis mais une atmosphère, une ambiance : celle du jardin, du plein air. Son travail s’apparente davantage à une fresque qu’à une toile impressionniste. C’est bien sûr le japonisme qui est l’une de ses sources d’inspiration, notamment dans la gestion des pleins et des vides, et dans les effets de perspective aplanie.
Édouard Vuillard, Le Déjeuner du matin, 1903
Huile sur carton • 57 × 60 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski
Le déjeuner, 1903
Édouard Vuillard représente ici sa mère, l’un de ses modèles de prédilection, le dos tourné, attablée devant son petit-déjeuner. L’ambiance est intime, bourgeoisement feutrée. À cette époque, l’artiste renoue avec l’art du modelé et développe une réflexion sur la lumière. Le lieu est surchargé de décors et d’objets, qui semblent plus expressifs que la portraiturée, murée dans une forme de silence ou de recueillement.
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