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Paul Sérusier en 2 minutes

En bref

Surnommé le « Nabi à la barbe rutilante », Paul Sérusier (1864–1927) fut un artiste à part dans le paysage de la peinture de la fin du XIXe siècle. Ayant reçu une leçon de peinture de Paul Gauguin en Bretagne, il fut le premier apôtre du mouvement des Nabis, formé avec lui par Maurice Denis, Pierre Bonnard et Paul-Élie Ranson. Ces artistes appartiennent à la mouvance postimpressionniste, qui cultive un langage plastique d’avant-garde. Paul Sérusier a passé le plus clair de sa vie en Bretagne, fasciné par les rituels mystiques de cette contrée rurale aux origines celtiques. La spiritualité au sens large, puis les thèmes religieux, occupent la plus grande partie de son œuvre.

Maurice Denis, Portrait de Paul Sérusier
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Maurice Denis, Portrait de Paul Sérusier, 1918

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Huile sur bois • Coll. musée Maurice Denis, St. Germain-en-Laye • © Bridgeman Images

Il a dit

« L’art est un moyen de communiquer entre les âmes. »

Sa vie

Originaire d’un milieu aisé, Paul Sérusier est né à Paris dans une famille d’industriels. C’est un jeune garçon intelligent, qui mène de brillantes études au lycée Condorcet. Bachelier en philosophie et en mathématiques, il s’engage pourtant dans les voies hasardeuses de la carrière d’artiste. En 1885, Paul Sérusier s’inscrit dans l’atelier de William Bouguereau à l’Académie Julian, où il fait la connaissance de Maurice Denis.

En 1888, l’artiste passe des vacances en famille à Pont-Aven, petit village breton. Il y rencontre Émile Bernard et Paul Gauguin, lequel lui donne une leçon de peinture en plein air, sur les rives de l’Aven. « Comment voyez-vous ces arbres ? Ils sont jaunes. Eh bien, mettez du jaune ; cette ombre, plutôt bleue, peignez-la avec de l’outremer pur ; ces feuilles rouges ? Mettez du vermillon », lui aurait dit Paul Gauguin. Paul Sérusier apprend à se détacher de la réalité. L’œuvre qu’il peint alors sous la direction de son ami prendra le titre de Talisman, tant il considère Paul Gauguin comme l’annonciateur d’un art nouveau.

Ayant rapporté ce manifeste à Paris, il l’introduit auprès de ses camarades. Avec Maurice Denis, Pierre Bonnard et Paul-Élie Ranson, Paul Sérusier forme en 1889 le groupe des Nabis, ce qui signifie « prophètes » en hébreu. Tous sont épris de spiritualité, en particulier Paul Sérusier qui étudie la théosophie, une doctrine ésotérique.

Très proche de Paul Gauguin (il assiste notamment à son banquet d’adieu avant son départ pour Tahiti), il est lui aussi d’un tempérament sauvage. Le peintre aime passer l’été en Bretagne, au Pouldu (qui devient le foyer de l’École de Pont-Aven), mais ne peut négliger Paris où il participe aux expositions symbolistes et s’adonne à sa passion du théâtre. Cependant, Paul Sérusier demeure attiré par un certain mysticisme, qu’il cultive en Bretagne en se passionnant pour les légendes : il s’inspire principalement du folklore, en peignant des paysans et paysannes dans leurs costumes traditionnels, des rites celtiques et autres fantaisies locales.

En 1908, Paul Sérusier devient enseignant à l’Académie Ranson, mais l’artiste est en proie à des troubles dépressifs. Il épouse l’une de ses élèves en 1912. Les thèmes religieux deviennent plus importants à la fin de sa carrière, alors que le couple s’est installé durablement en Bretagne, à Châteauneuf-du-Faou (Finistère). Mais la maladie contractée par sa femme affaiblit le peintre. Lui-même meurt foudroyé par une crise cardiaque en 1927, dans une rue de Morlaix.

Ses œuvres clés

Paul Sérusier, Le Talisman, l’Aven au Bois d’Amour
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Paul Sérusier, Le Talisman, l’Aven au Bois d’Amour, octobre 1888

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Huile sur bois • 27 × 21 cm • Coll. msuée d’Orsay, Paris • © Bridgeman Images

Le Talisman, l’Aven au Bois d’Amour, 1888

Petit par la taille mais grand par sa signification, ce tableau-manifeste fut offert par Paul Sérusier à son ami Maurice Denis. Peint sur une simple planchette de bois, il représente le fruit de la leçon de peinture de Paul Gauguin reçue en Bretagne. Si l’œuvre est figurative, elle relève tout de même d’une certaine abstraction, dans le sens où l’entendait Paul Gauguin : le peintre ne doit pas imiter le réel mais abstraire (c’est-à-dire soustraire) de la nature des éléments plastiques. On reconnaît en effet les bribes d’un paysage, rejetant tout effet de perspective. L’artiste donne libre cours à ses instincts.

Paul Sérusier, L’Incantation ou Le Bois Sacré
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Paul Sérusier, L’Incantation ou Le Bois Sacré, 1891

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Huile sur toile • 91,5 × 72 cm • Coll. Musée des Beaux Arts de Quimper • © Bridgeman Images

L’Incantation ou le Bois sacré, 1891

Cette scène assez énigmatique résume bien la fascination de Paul Sérusier pour le mysticisme breton. Elle fut peinte à Huelgoat. L’artiste se passionne pour les légendes entourant son histoire. Dans un sous-bois aux couleurs étonnantes, trois personnages portant des coupes se livrent à un rituel devant un feu sacré, dont la signification demeure inconnue. La composition de l’œuvre témoigne de la grande maîtrise technique du peintre, qui parvient à remplir et scander l’espace dans l’esprit du synthétisme initié par Paul Gauguin et Émile Bernard (subjectivité, lignes pures, motifs pris dans la nature).

Paul Sérusier, L’Averse
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Paul Sérusier, L’Averse, 1893

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Huile sur toile • 73,5 × 60 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © akg-images / Erich Lessing

L’Averse, 1893

Cette œuvre fut aussi peinte dans le Finistère, cinq ans après la découverte par Paul Sérusier du synthétisme de Paul Gauguin. Il met en scène une petite Bretonne, courant sous l’averse. L’artiste synthétise les formes, c’est-à-dire qu’il ne garde que l’essentiel, à l’image des estampes japonaises. Les couleurs sont minimisées pour éviter de nuire aux effets expressifs des lignes. Le peintre attachait beaucoup d’importance aux costumes traditionnels, qui incarnent une certaine intemporalité.

Par • le 28 janvier 2019

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