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SÉRIE – ARTISTES ET SCIENTIFIQUES

Charles-Alexandre Lesueur, explorateur du monde vivant

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Publié le , mis à jour le
Dans le sillage de Léonard de Vinci, nombreux sont les créateurs qui ont eux-mêmes exploré les mystères du monde et ses phénomènes. Biologistes, médecins, ingénieurs, mathématiciens… Dans cette nouvelle série, Beaux Arts vous emmène à la rencontre de ces artistes-scientifiques, au fil des siècles. Explorateur, infatigable observateur et dessinateur du monde vivant, Charles-Alexandre Lesueur (1778–1846) a recensé des milliers d’espèces. Retraçons aujourd’hui l’itinéraire de ce naturaliste, dont le Museum d’Histoire naturelle du Havre présentera cet été les travaux à l’occasion de l’exposition « Australie-Le Havre, l’intimité d’un lien ».
Charles-Alexandre Lesueur, Méduse Cyanea Lamarcki
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Charles-Alexandre Lesueur, Méduse Cyanea Lamarcki, 1808-1810

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Aquarelle et crayon sur vélin • 44,1 x 28,5 cm • Coll. Muséum d’histoire naturelle, Le Havre

Nudibranches, salpes et méduses… Ce butin aux allures de pêche miraculeuse fait la fierté de Charles-Alexandre Lesueur et de son acolyte de toujours, le biologiste François Péron, « comme à [leur] ordinaire occupés à faire une petite excursion en Méditerranée pour tâcher d’y découvrir quelques nouvelles espèces. » Alors qu’ils sont de retour au port de Villefranche-sur-Mer ce jour de mars 1809, les deux complices laissent, avec ce panier plein d’une poiscaille translucide aussi informe qu’immangeable, les pêcheurs niçois… médusés !

Charles Willson Peale, Charles Alexandre Lesueur
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Charles Willson Peale, Charles Alexandre Lesueur, 1818

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Huile sur toile • Coll. The Academy of Natural Sciences, Philadelphie • © The Academy of Natural Sciences of Philadelphia

Charles-Alexandre Lesueur naît au Havre le 1er janvier 1778. Outre un enrôlement dans la Garde nationale entre 1798 et 1799, on sait peu de choses sur sa jeunesse mais c’est vraisemblablement comme autodidacte qu’il s’est formé au dessin. Sa vie bascule en 1800, lorsqu’il intègre l’expédition Baudin pour voyager dans les Terres australes. Les objectifs de cette ambitieuse mission ? Affiner les données cartographiques de l’hémisphère Sud et notamment de la Nouvelle-Hollande (Australie), recenser les peuples indigènes et leurs coutumes et bien sûr prélever des échantillons de faune et flore australes destinés aux collections du tout jeune Museum national d’Histoire naturelle, fondé en 1793. Alors que Napoléon Bonaparte dirige le nouveau régime de Consulat, l’exploration scientifique est une guerre de conquête à part entière.

C’est surtout en animalier qu’il se distingue, aussi à l’aise pour représenter les insectes que les mammifères.

Le 27 Vendémiaire an IX (19 octobre 1800) en port du Havre, le Géographe et le Naturaliste larguent les amarres sous les acclamations de la foule. Tous les postes de dessinateurs sont occupés et c’est comme aide-canonnier que Lesueur monte à bord du Géographe, l’un des deux navires commandés par Nicolas Baudin. Le vent tourne cependant : une escale en Île de France (actuelle Île Maurice), en mars 1801, voit de nombreuses désertions. Le capitaine est contraint de réorganiser son équipage avant le départ pour la Nouvelle-Hollande. Connaissant le don de Lesueur, il le promeut dessinateur officiel, aux côtés de Nicolas Petiet. Ce dernier se charge de croquer les « naturels », Lesueur de représenter la faune. Tous deux officient sous la houlette du zoologiste François Péron.

Charles-Alexandre Lesueur, Tombeaux des Naturels de l’île Maria (Tasmanie)
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Charles-Alexandre Lesueur, Tombeaux des Naturels de l’île Maria (Tasmanie), 1800–1801

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Crayon et encre noire sur papier • 22 × 29 cm • Coll. Muséum d’histoire naturelle, Le Havre • © Le Havre, Muséum d’histoire naturell

« Ma principale occupation est le dessin. » Le jeune Lesueur fait parvenir à son père aimé ses impressions de voyage, et l’exploration est une formidable école. Il révèle un talent versatile, capable de reproduire les contours des côtes avec précision, de lever un plan de Sidney ou de croquer sur le vif des scènes de vie et paysages. Mais c’est surtout en animalier qu’il se distingue, aussi à l’aise pour représenter les insectes que les mammifères, tels que les kangourous et ornithorynques alors inconnus en Europe. Il présente une prédilection pour la faune marine, ses dessins de poissons et conques d’un réalisme saisissant ancrant pour de bon sa réputation.

Charles-Alexandre Lesueur, Kangourou Macropus giganteus Shaw
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Charles-Alexandre Lesueur, Kangourou Macropus giganteus Shaw, 1790

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Aquarelle et gouache sur vélin • 25,9 x 40,4 cm • Coll. Muséum d’histoire naturelle, Le Havre • © Le Havre, Muséum d’histoire naturell

À son retour en France, Lesueur tente de devenir le dessinateur attitré du Museum mais il échoue au concours. Pourtant, avec ses vélins aquarellés, il va révolutionner le dessin zoologique en inventant un format de planche-type : le spécimen étudié est représenté au centre et est entouré de détails agrandis. Depuis son expédition en Australie, le dessinateur entretient avec Péron une amitié indéfectible. Tous deux s’attellent à la publication, en 1807, d’un compte-rendu de leur périple richement illustré, Voyage de découverte aux terres australes, qui bénéficie d’un financement de l’Empire. Les deux amis continuent d’observer la faune marine en Méditerranée et dans l’Atlantique et décriront pas moins de 2500 espèces ! À la mort de Péron, emporté en 1810 par la tuberculose, Charles-Alexandre Lesueur est abattu.

Charles-Alexandre Lesueur, Méduse Cassiopea dieuphila
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Charles-Alexandre Lesueur, Méduse Cassiopea dieuphila, 1808–1810

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Aquarelle et crayon sur vélin • 40,3 × 25,3 cm • Coll. Muséum d’histoire naturelle, Le Havre • © Le Havre, Muséum d’histoire naturell

Le deuxième volume de Voyage en terre australe paraît en 1816 – les textes sont signés par Louis Freycinet – mais Lesueur perd tout soutien officiel avec la chute de l’Empire. Il fait la rencontre, la même année, de William Maclure qui l’incite à le suivre aux États-Unis. Le Normand mène alors un mode de vie sédentaire, d’abord à New York puis à Philadelphie où il reste dix ans. Missionné comme correspondant du Museum national d’Histoire naturelle, il expédie de nouveaux spécimens pour en enrichir les collections. Alors qu’avant la photographie le dessin tient lieu de preuve, Lesueur reproduit scrupuleusement les paysages vierges qui s’offrent à sa vue, et livre ainsi une précieuse documentation sur les États-Unis de l’époque. En 1826, il suit encore Maclure et s’établit dans la communauté utopiste de New Harmony (Indiana), effectuant de nombreuses excursions dans le territoire américain.

Charles-Alexandre Lesueur, La Soufrière, volcan de la Guadeloupe (Antilles)
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Charles-Alexandre Lesueur, La Soufrière, volcan de la Guadeloupe (Antilles), 1816

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Aquarelle et crayon sur vélin • Coll. Muséum d’histoire naturelle, Le Havre • © Le Havre, Muséum d’histoire naturell

De retour en France en 1837, l’infatigable dessinateur s’attarde notamment le long des côtes normandes et tente de dater les couches géologiques grâce aux fossiles. En 1845, le scientifique trouve enfin la reconnaissance : il est nommé conservateur du Museum d’Histoire naturelle du Havre, sa ville natale, dont il enrichit considérablement les collections, avant de s’éteindre en 1846. Naturaliste complet, Charles-Alexandre Lesueur aura, au cours de sa vie, parcouru trois continents, étudiant sans relâche les sciences de la vie comme celles de la terre. Sa méthode de travail, qui fait encore autorité, inspirera notamment Ernst Haeckel. L’histoire retiendra de lui son authentique regard d’artiste ; cette frénésie du dessin, ce sens de l’anecdote et cette sensibilité à la beauté du quotidien qui infuse dans ses milliers de feuilles crayonnées.

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Charles-Alexandre Lesueur. Peintre voyageur, un trésor oublié

Par Gabrielle Baglione et Cédric Crémière

Éd. de Conti • 400 p. • 40.50 € 

Ce beau livre a joué un rôle considérable dans la redécouverte de cet artiste majeur du tournant du XIXe siècle. Richement illustré, il retrace le parcours complexe de Lesueur, le replaçant dans le contexte historique et dans l’histoire des idées où évoluait l’artiste. Menée par le Muséum d’Histoire naturelle du Havre (qui conserve 8.000 dessins de Lesueur) et soutenue par Thalassa, la publication est d’ailleurs préfacée par le regretté Georges Pernoud.

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Australie-Le Havre, l'intimité d'un lien (1801-2021)

Du 5 juin 2021 au 7 novembre 2021

www.museum-lehavre.fr

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Les Origines du monde - L’invention de la nature au XIXe siècle

Du 15 décembre 2020 au 18 juillet 2021

m.musee-orsay.fr

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