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Une œuvre en détails

Fenêtre ouverte sur l’art danois

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Au Petit Palais, une exposition s’apprête à mettre à l’honneur un pan à la fois paisible et passionnant de l’histoire de l’art : l’âge d’or de la peinture danoise (1800–1864). Ouvrons une fenêtre sur cette période méconnue en France, en décryptant les indices disséminés dans l’un de ses chefs-d’œuvre : Vue depuis la chambre de l’artiste de Martinus Rørbye (1825) !
Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste
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Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste, 1825

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Nid douillet

Sur le rebord d’une fenêtre, un doux soleil de fin d’après-midi dépose ses rayons d’or pâle. Quel paisible contraste entre l’extérieur dégagé et baigné de lumière, et l’intimité ombragée de cet intérieur aux lignes nettes ! Connu pour ses paysages réalistes et soignés, Martinus Rørbye (1803–1848) a 22 ans lorsqu’il peint cette vue du port de Copenhague depuis l’une des fenêtres de la maison de ses parents, située au n°136 de la proprette rue Amaliegade, où d’élégantes maisons blanches tutoient la résidence d’hiver de la famille royale. En vogue à l’époque romantique, le motif de la fenêtre ouverte symbolise un regard singulier posé sur le monde extérieur, une invitation vers l’ailleurs mais aussi un hiatus entre deux univers…

Huile sur toile • 38 x 29,8 cm • Coll. Museum for Kunst, Copenhagen, Denmark • Bridgeman Images

Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail]
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Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail], 1825

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Rêve d’ailleurs

Dans le ciel blanc éblouissant se dessine la silhouette gris perle de la station navale de Holmen, la plus importante base de la marine danoise. À droite, des navires de guerre en construction côtoient, à gauche, auréolé de fumées évoquant l’effervescence d’un port industriel, un voilier à deux mâts prêt à prendre le large. En opposition avec le calme foyer du premier plan, cette promesse de voyage symbolise le désir du jeune peintre d’explorer de nouveaux horizons. En pleine éclosion des nationalismes, ces bateaux représentent aussi un espoir de renaissance pour le Danemark, durement affaibli par le bombardement de Copenhague par les Anglais en 1807, la capture de sa flotte et la destruction de son économie dans les années 1810.

Huile sur toile • 38 x 29,8 cm • Coll. Museum for Kunst, Copenhagen, Denmark • Bridgeman Images

Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail]
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Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail], 1825

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Oiseau captif

Dans une petite cage suspendue au châssis de la fenêtre, on devine, sur fond clair, un minuscule canari qui n’est pas sans rappeler le Chardonneret (1654) du peintre néerlandais Carel Fabritius. Un détail symbolique pour l’artiste qui se sent prisonnier du cocon familial et rêve de voler de ses propres ailes. Rørbye profitera largement de cette liberté à laquelle il s’apprête à goûter : ses voyages en Suède, à Paris, à Rome, en Sicile, en Grèce et à Constantinople feront de lui le plus grand voyageur des peintres de l’âge d’or danois !

Huile sur toile • 38 x 29,8 cm • Coll. Museum for Kunst, Copenhagen, Denmark

Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail]
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Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail], 1825

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Plantes symboliques

Sagement alignées sur le rebord de la fenêtre, plusieurs plantes en pot représentent les différents stades de la vie humaine, mais aussi du parcours de l’artiste vers la maturité : à droite (du côté des navires en construction), une bouture, encore captive dans son tube de verre, symbolise l’enfance, tandis qu’à gauche, (du côté du navire prêt à partir), l’hortensia en fleurs évoque l’épanouissement de l’âge adulte. Au centre, la jeune pousse d’agave et les boutons d’amarante suggèrent d’autres stades intermédiaires de croissance.

Huile sur toile • 38 x 29,8 cm • Coll. Museum for Kunst, Copenhagen, Denmark • Bridgeman Images

Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail]
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Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail], 1825

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Un pied devant l’autre

Sur le rebord se tiennent également deux moulages en plâtre : un pied d’enfant et un d’adulte. Là encore, le peintre souligne le passage d’un stade de la vie à un autre, qui sera marqué par son départ de la maison parentale. Mais ces sculptures évoquent aussi des vestiges antiques, grande source d’inspiration pour les artistes de l’époque, et que Rørbye aura l’occasion d’admirer lors de ses voyages en Italie et en Grèce.

Huile sur toile • 38 x 29,8 cm • Coll. Museum for Kunst, Copenhagen, Denmark • Bridgeman Images

Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail]
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Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail], 1825

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Miroir frustrant

Juste à côté de l’oiseau, un miroir ovale est accroché dos à la fenêtre. Mais contrairement au miroir convexe situé à l’arrière-plan des Époux Arnolfini, célèbre tableau flamand de Jan Van Eyck (1434), celui-ci ne reflète ni l’intérieur de la pièce ni le peintre à l’œuvre. L’œil n’y décèle que les pompons blancs du rideau sur fond noir, l’objet symbolisant sans doute la vie bourgeoise, vide et repliée sur elle-même, que le peintre s’apprête à quitter pour l’effervescence du monde extérieur.

Huile sur toile • 38 x 29,8 cm • Coll. Museum for Kunst, Copenhagen, Denmark • Bridgeman Images

Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail]
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Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail], 1825

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Livre ouvert

Au premier plan, posé sur une table, un carnet d’esquisses ouvert attend d’être rempli. Des objets du quotidien soulignés par la lumière du jour, représentés avec clarté et sobriété : telle est l’une des principales caractéristiques du « réalisme poétique » propre à l’âge d’or danois, qui puise ses racines dans la peinture flamande et hollandaise du XVIIe siècle, friande de scènes d’intérieur et d’objets à la fois simples et symboliques, souvent éclairés par une fenêtre ouverte.

Huile sur toile • 38 x 29,8 cm • Coll. Museum for Kunst, Copenhagen, Denmark • Bridgeman Images

Martinus Rørbye, Vue depuis la chambre de l’artiste [détail]
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Ordre immobile

Baignée de soleil, la petite grille qui borde la fenêtre se reflète sur la table parfaitement cirée, comme sur la surface d’un lac immobile. Signe du talent précoce du peintre, entré à l’Académie des beaux-arts à 17 ans, ce détail figurera sans doute parmi les inspirations de son compatriote Vilhelm Hammershøi (1864–1916), connu pour ses intérieurs tranquilles et bien rangés, où rien ne bouge ni ne dépasse, mais où se posent de délicats carrés de lumière. Rien de plus danois que cet ordre lisse, paisible et confortable, avec et contre lequel se sont construits (pour un résultat loin d’être ennuyeux) tous les artistes du pays !

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L'âge d'or de la peinture danoise (1801-1864)

Du 22 septembre 2020 au 17 janvier 2021

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