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Fidèle du roi d’Espagne, au ténébrisme assumé, Francisco de Zurbarán (1598–1664) est presque aussi célèbre que son contemporain et ami Diego Vélasquez. Peintre religieux – avec une prédilection pour les images de la vie monastique –, il est aussi un brillant portraitiste mais surtout un amateur de natures mortes, qui ont le mieux révélé sa modernité empreinte de spiritualité. Zurbarán fait figure de grand maître au sein du Siècle d’or espagnol, d’un naturalisme plus robuste que celui de Jusepe de Ribera et plus austère que celui de Vélasquez.
Francisco de Zurbarán, Autoportrait presumé (détail de « Crucifixion et peintre »), 1635–1640
Huile sur toile • 105 × 84 cm • Coll. musée du Prado, Madrid • ©Luisa Ricciarini/Leemage
« L’école espagnole peut de résumer en quatre peintres : Vélasquez, Murillo, Ribera et Zurbarán » – Théophile Gautier
Entre Lisbonne et Tolède, à la frontière entre l’Espagne et le Portugal : c’est dans cette province que Francisco de Zurbarán a vu le jour. Il naît dans une famille modeste et entre, à l’âge de 14 ans à titre d’apprenti, dans un atelier d’artistes. Il acquiert assez vite une grande notoriété. Marié à 19 ans, puis veuf à trois reprises au cours de sa vie, l’artiste a contracté quatre mariages dont sont nés de nombreux enfants.
Les commanditaires de Zurbarán sont des ecclésiastiques. Il travaille notamment pour les Dominicains de Séville qui lui passent une importante commande en 1626 : 21 tableaux religieux pour leur communauté ! L’artiste n’a que 28 ans. C’est pour eux, donc, qu’il peint l’un de ses chefs-d’œuvre, un Christ en croix (1627). Le tableau, qui marque les esprits par la lumière surnaturelle qui baigne la figure du Christ, assoie sa réputation et lui ouvre de nouvelles portes. Jusqu’en 1646, Zurbarán connaît la période la plus féconde de sa vie.
Appelé à Madrid, à la cour d’Espagne de Philippe IV, Zurbarán rejoint son ami Diego Vélasquez. Le peintre travaille à des décorations pour le palais du Buen Retiro, et découvre l’art italien par le biais des collections royales. Zurbarán est nommé peintre du roi en 1633, ce qui lui assure d’importants revenus et de prestigieuses commandes, jusqu’en Amérique du Sud. C’est à Madrid qu’il décède en 1664, non sans avoir formé quelques élèves, notamment Juan Martínez de Gradilla.
L’œuvre de Zurbarán est réputée pour son ténébrisme, cette capacité à faire surgir dans une lumière particulière, surnaturelle, des personnages ou des scènes sur un fond sombre. Mais l’artiste a su s’en affranchir pour adopter une manière plus douce dans ses portraits de martyres ou de saintes en dévotion. Il aimait aussi rendre les étoffes d’une manière luxuriante et chamarrée.
Francisco de Zurbarán, Christ en croix, 1627
Huile sur toile • 290,3 × 165,5 cm • Coll. Chicago Art Institute • © Chicago Art Institute
Christ en croix, 1627
D’une simplicité saisissante, le Christ apparaît sur la croix, émergeant d’un fond monochrome et sombre. L’éclairage puissant lui donne la force d’un symbole. L’œuvre est contemporaine du tableau de Vélasquez sur le même thème mais Zurbarán imprime plus de naturalisme dans le rendu du corps, assez souple. Le Christ mort est représenté dans sa souffrance dernière, mais déjà prêt pour la résurrection. Il s’agit du chef-d’œuvre de l’artiste, réalisé dans sa jeunesse.
Francisco de Zurbarán, L’Exposition du corps de saint Bonaventure, 1629
Huile sur toile • 245 × 220 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © akg-images / Erich Lessing
L’Exposition du corps de saint Bonaventure, 1629
Cette toile a été peinte pour l’église du collège franciscain de Séville. Étendu transversalement, le corps défunt du saint reçoit les hommages du pape et du roi d’Aragon, pleins d’humilité. Avec d’autres frères, ils saluent la dépouille de celui qui incarnait l’ordre mendiant. Zurbarán, ici, se fait le peintre de la Contre-Réforme espagnole, qu’il exprime au travers d’un style austère, presque archaïque. Le blanc, très présent dans la scène, est un signe de spiritualité.
Francisco de Zurbarán, Nature morte avec cruches en terre, 1660
Huile sur toile • 46 × 84 cm • Coll. musée du Prado, Madrid • © akg-images / Erich Lessing
Nature morte avec cruches en terre, 1660
D’un réalisme plus mystique que celui des Hollandais, les natures mortes de Zurbarán expriment l’extraordinaire au travers des plus infimes objets du quotidien. Ces tableaux, peut-être ses plus personnels, ont influencé autant Paul Cézanne que Pablo Picasso. Ils sont en effet d’une extrême simplicité, d’une pureté parfaitement maîtrisée. La nature morte était un genre encore neuf à cette époque qui voyait se développer fortement la peinture de chevalet.
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