Taniguchi Fumie, Yosoou hitobito 粧ふ人々 (préparation au travail) [détail], 1935
six panneaux, encre et pigment sur soie • 176.8 x 364 cm • Coll. National Gallery of Victoria, Melbourne • © Estate Taniguchi Fumie
Née en 1910 à Tokyo, Fumie Taniguchi s’est imposée sur la scène artistique nipponne des années 1930. Dans la lignée de Ryūshi Kawabata, dont elle suit l’enseignement au sein de l’Association du dragon bleu (Seiryū-sha), elle révolutionne les codes de la peinture traditionnelle japonaise (nihonga). Une fois diplômée de l’École des beaux-arts pour jeunes filles, elle s’initie aussi à l’impression au bloc de bois et à la gravure au Bunka Gakuin, une école fondée par Akiko Yosano, poétesse aujourd’hui reconnue comme une figure de proue du féminisme japonais.
En 1943, Fumie Taniguchi s’investit au sein de la Brigade publique des femmes artistes. Fondée en association avec l’armée japonaise, ce groupe, qui rassemble une cinquantaine d’artistes femmes, a pour objectif d’encourager l’effort de guerre. Mariée au peintre de nihonga Gyokuju Funada, puis divorcée, elle finit par s’installer aux États-Unis en 1955. Elle ne reviendra que ponctuellement au Japon.
Fumie Taniguchi dessinant dans les montagnes Rokko lors d’un voyage au Japon en 1957
© Estate Taniguchi Fumie
Elle s’éloigne alors de ses pinceaux et travaille comme serveuse ou couturière dans une usine. À Los Angeles, elle obtient aussi de petits rôles au cinéma et publie une autobiographie dans la revue nippo-américaine Nanka Bungei. Elle s’éteint en 2001 à l’âge de 91 ans, loin de son pays natal. Tombée dans l’oubli, son œuvre ne sera redécouverte qu’en 2012.
Inspirée par les codes traditionnels du nihonga, apparu au XIXe siècle, Fumie Taniguchi est une artiste qui vit avec son temps. Elle s’attache donc à représenter des femmes modernes et élégantes, aussi bien habillées en kimono qu’à la mode européenne, avec les cheveux coupés « à la garçonne ». La peintre saisit ses modèles dans leurs activités du quotidien, en vacances à la montagne (Yama no ikoi, 1936) ou au travail (Bakushū, 1930). Nombre de ses œuvres sont alors saluées par la critique et distinguées par des prix. C’est notamment le cas de l’une de ses œuvres phare Yosoou hitobito (« préparation au travail », 1935), une peinture au format de paravent figurant un groupe d’actrices qui se préparent avant d’entrer en scène [ill. en Une].
Fumie Taniguchi, Shunpū fujo [Dames dans le vent du printemps], 1947–1952
paravent, panneau gauche, version retravaillée avec l’ajout d’un arbre, d’un sac à main et de fleurs • Coll. Musée municipal d’art, Kure • © Estate Fumie Taniguchi
Œuvre emblématique de Fumie Taniguchi, le paravent Yosoou hitobito est précieusement conservé à la National Gallery of Victoria, à Melbourne en Australie, qui l’a présenté en 2020 à l’occasion de l’exposition « Japanese modernism » (à découvrir grâce à une visite virtuelle disponible sur le site de l’institution). Le musée municipal d’art de Kure, à Hiroshima, où l’artiste a vécu une dizaine d’année avec son mari, possède lui aussi plusieurs œuvres de Fumie Taniguchi.
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