Marguerite Peltzer dans son atelier
© Archives Peltzer, Thonon-les-Bains
Née le 14 décembre 1897 à Gladenbach en Allemagne, Marguerite Peltzer grandit dans le milieu aristocratique de Düsseldorf, ville où elle se lance dans des études de peinture et de dessin. Mais depuis toute petite, c’est la sculpture qui habite Marguerite. Dès son plus jeune âge, elle s’amuse à modeler des figurines avec tout ce qui lui passe sous la main. En 1926, elle a 29 ans quand elle ose enfin se lancer dans la sculpture, domaine largement dominé par les hommes… Tout cela, sans avoir de maître ! Marguerite Peltzer est une autodidacte.
Deux ans après son irruption dans le monde de l’art, cette trentenaire expose pour la première fois au Salon des artistes français. Si la pièce en question n’a pas survécu au temps, l’histoire retiendra néanmoins que l’envoi de Marguerite Peltzer s’est fait depuis le consulat de France à Düsseldorf. En effet, l’artiste a noué une liaison avec Émile Genoyer, consul de France, déjà marié et de vingt ans son aîné…
Marguerite Peltzer, À gauche, « Rêve » de 1929. À droite, « Douleur », 1929–1931
plâtres • h. 90 x l. 47 x pr. 36 cm / h. 85 x l. 21 x pr. 32 cm • Coll. musée de Thonon-les-Bains • © Ville de Thonon / Alain Dubouloz /ADAGP, 2024
Qu’importe, Marguerite est folle amoureuse, la passion l’emporte. Elle va durer des années dans la clandestinité, jusqu’à leur mariage en 1937. Le couple déménage à Thonon-les-Bains et Marguerite signe ses sculptures « Peltzer-Genoyer ». Dans les années 1940–1950, elle participe régulièrement aux grands salons d’art, jusqu’à sa première rétrospective organisée en 1950 à Thonon. Le 15 février 1991, elle a 93 ans quand elle s’éteint. Elle repose au cimetière d’Uzès auprès de son époux.
Marguerite Peltzer, Déshabillée, 1929
bronze (fondu par F. Barbedienne) • h. 35,2 x l. 12 x pr. 18 cm • Coll. musée de Thonon-les-Bains • © Ville de Thonon / Alain Dubouloz /ADAGP, 2024
Dans le milieu misogyne de la sculpture au début du XXe siècle, Marguerite Peltzer détonne. Son œuvre, à l’encontre des codes moraux de l’époque, est essentiellement tournée vers le nu féminin. Mais à la différence de ses homologues masculins, la sculptrice se garde de toute sexualisation. Elle ose les plis de la chair, les hanches larges et les fesses dodues. Surtout, l’artiste veut montrer avec intensité les sentiments, les émotions, ce qu’illustrent les intitulés de ses sculptures : L’Effroi, la Rancœur, la Douleur, la Pudeur, la Tristesse… Ses pièces des années 1920–1930 constituent les plus abouties de sa carrière.
La toute première biographie consacrée à Marguerite Peltzer sous la plume de l’historienne de l’art Marianne Le Morvan (éditions Cercle d’art, 2024), véritable dénicheuse de talents féminins oubliés, permet d’embrasser cette œuvre méconnue qui mérite d’être mise en lumière. Sinon, c’est au musée du Chablais à Thonon-les-Bains, légataire testamentaire de son art, qu’il faut vous rendre pour caresser des yeux les corps de Marguerite Peltzer.
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