UNE ŒUVRE EN DÉTAILS

« Garçon à la corbeille de fruits » : un chef-d’œuvre de jeunesse de Caravage devenu trésor de la galerie Borghèse

Par

Publié le , mis à jour le
Connaissant d’importants travaux de restauration, la galerie Borghèse à Rome prête ses trésors au musée Jacquemart-André, qui rouvre ses portes après s’être lui aussi offert un coup de frais. L’occasion d’admirer en détails l’un des chefs-d’œuvre de la prestigieuse collection italienne : le Garçon à la corbeille de fruits (vers 1593) de Caravage, tableau de jeunesse dans lequel le peintre fait déjà preuve de toute sa maestria.
Caravage, Garçon à la corbeille de fruits
voir toutes les images

Caravage, Garçon à la corbeille de fruits, vers 1593

i

Chef-d’œuvre de jeunesse

Sur un fond sombre et uni, un beau jeune homme prend la pose. Sa tunique blanche à l’antique laisse apparaître une épaule musclée, tandis que de ses bras il entoure une superbe corbeille de fruits débordant de raisins, de pêches, de pommes, d’abricots, de feuilles de vigne… Peint vers 1593 peu de temps après l’arrivée de Caravage (1571–1610) à Rome, Garçon à la corbeille de fruits est l’une des premières œuvres que l’on connaisse de la main du maître italien. Trésor de la collection Borghèse, ce chef-d’œuvre de jeunesse, dans lequel on voit éclore toute la maestria de celui que l’on appelle encore simplement Michelangelo Merisi, fascine par son réalisme et sa sensualité.

Huile sur toile • 70 x 67 cm • Coll. galerie Borghèse, Rome • © Galleria Borghese / photo Mauro Coen

Caravage, Garçon à la corbeille de fruits [détail]
voir toutes les images

Caravage, Garçon à la corbeille de fruits [détail], vers 1593

i

Cesari versus Borghèse

Lorsqu’il fait la rencontre de Caravage, Giuseppe Cesari, plus connu sous le nom de Cavalier d’Arpin, repère vite le talent du jeune homme et le prend sous son aile. Dans l’atelier du maniériste, Michelangelo Merisi se distingue en tant que peintre de fleurs et de fruits. Son maître croule alors sous les commandes prestigieuses mais l’élection du pape Paul V en 1605 marque la fin de cette période faste. Le neveu de ce dernier, un certain cardinal Borghèse, a des vues sur la riche collection du Cavalier d’Arpin. Il parvient à se l’approprier en portant sur le peintre de fausses accusations, reconnues par un tribunal. Parmi les nombreux trésors saisis par le redoutable homme d’Église figure Garçon à la corbeille de fruits de Caravage. Des siècles plus tard, l’œuvre fait encore partie des fleurons de cette prestigieuse collection, qui fait escale en cette rentrée au musée Jacquemart-André.

Huile sur toile • 70 x 67 cm • Coll. galerie Borghèse, Rome • © Galleria Borghese / photo Mauro Coen

Caravage, Garçon à la corbeille de fruits [détail]
voir toutes les images

Caravage, Garçon à la corbeille de fruits [détail], vers 1593

i

Le triomphe de la nature morte

Au XVIe siècle, la nature morte n’est pas particulièrement un thème répandu en Lombardie. Qu’importe, ce genre moins bien considéré que le portrait intéresse le jeune Merisi, qui place ici les fruits et la figure du garçon sur un pied d’égalité. Le peintre révèle avec cet exercice de style stupéfiant de réalisme toute l’ampleur de son talent alors en pleine éclosion. Le fin tressage de la corbeille en osier, le velouté des pêches, la brillance des pommes ou encore les nervures des feuilles de vigne… L’œuvre a tout d’un trompe-l’œil saisissant !

Huile sur toile • 70 x 67 cm • Coll. galerie Borghèse, Rome • © Galleria Borghese / photo Mauro Coen

Caravage, Garçon à la corbeille de fruits [détail]
voir toutes les images

Caravage, Garçon à la corbeille de fruits [détail], vers 1593

i

Entre ombre et lumière

La silhouette du jeune homme se détache parfaitement de l’arrière-plan uni, que l’on imagine être un pan de mur plongé dans une semi-obscurité. Le subtil traitement de l’ombre et de la lumière permet ici au peintre de souligner les lignes vigoureuses du corps sculptural de son modèle, tout en insistant sur la beauté et la fraîcheur des fruits. Un geste artistique déjà virtuose, qui annonce le clair-obscur révolutionnaire caractéristique de son œuvre qui s’imposera à partir de 1600.

Huile sur toile • 70 x 67 cm • Coll. galerie Borghèse, Rome • © Galleria Borghese / photo Mauro Coen

Caravage, Garçon à la corbeille de fruits [détail]
voir toutes les images

Caravage, Garçon à la corbeille de fruits [détail], vers 1595

i

Un œuvre homoérotique ?

Lèvres entrouvertes et yeux mi-clos, chevelure de jais ébouriffée, épaule nue offerte à la vue du spectateur… La posture sensuelle du jeune homme confère à l’œuvre une dimension érotique indéniable. Le modèle n’est autre que Mario Minniti, lui-même artiste alors âgé de 16 ans, qui était aussi probablement l’amant de Caravage. On retrouve aussi son visage dans d’autres œuvres de la période romaine du peintre, telles que Le Joueur de luth (1596), La Diseuse de bonne aventure (1594) ou Les Tricheurs (1595).

Huile sur toile • 70 x 67 cm • Coll. galerie Borghèse, Rome • © Galleria Borghese / photo Mauro Coen

À gauche, “Garçon pelant un fruit” (1592). Au centre, “Garçon mordu par un lézard” (1593–1594). À droite, “Jeune Bacchus malade” (1593-1594) de Caravage
voir toutes les images

À gauche, “Garçon pelant un fruit” (1592). Au centre, “Garçon mordu par un lézard” (1593–1594). À droite, “Jeune Bacchus malade” (1593-1594) de Caravage

i

Échos caravagesques

Si l’on retrouve d’une œuvre à l’autre le visage familier de Mario Minniti, il en va de même pour cette composition particulièrement dépouillée qui fait écho à des tableaux de la même période, figurant eux aussi de jeunes éphèbes à la chevelure brune et en tunique blanche. C’est en effet le cas du Garçon pelant un fruit (1592) – dont il ne subsiste aujourd’hui que des copies, Garçon mordu par un lézard (1593–1594), ou encore du Jeune Bacchus malade (1593–1594), un autoportrait attesté du peintre. Autant d’œuvres avec lesquelles Caravage s’est aussi adonné à son plaisir de peindre des fruits et des fleurs.

Huiles sur toile • 75,5 × 64,4 cm / 66 × 49,5 cm / 67 × 53 cm • Coll. Royal Collection Trust, Londres / National Gallery, Londres / Galerie Borghèse, Rome • © Bridgeman Images / © Artvee

Arrow

Chefs-d'œuvre de la galerie Borghèse

Du 6 septembre 2024 au 9 février 2025

www.musee-jacquemart-andre.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Caravage

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi