SÉRIE – 30 FEMMES QUE VOUS DEVRIEZ CONNAÎTRE

Heidi Bucher, performeuse féministe écorchée vive

Par

Publié le , mis à jour le
Active dans le milieu de l’art féministe des seventies, Heidi Bucher a écorché les murs pour mieux exorciser les histoires qu’ils renferment. Tout au long de ce mois de mars, placé sous le signe de la lutte pour les droits des femmes, Beaux Arts met à l’honneur 30 créatrices dont vous n’avez sans doute jamais entendu parler… Mais que vous devriez absolument connaître !
Hans-Peter Siffert, Heidi Bucher procédant à l’arrachement de la « pièce des hommes » dans la maison de ses parents à Winterthur
voir toutes les images

Hans-Peter Siffert, Heidi Bucher procédant à l’arrachement de la « pièce des hommes » dans la maison de ses parents à Winterthur, 1982

i

Photographie noir et blanc • Coll. de l’artiste / © Hans-Peter Siffert

L’artiste Heidi Bucher fait flotter « Nacre de la maison de l’espace » hors d’une maison en démolition
voir toutes les images

L’artiste Heidi Bucher fait flotter « Nacre de la maison de l’espace » hors d’une maison en démolition

i

photographie • Winterthur, Suisse • © akg-images / Niklaus Stauss

Il a fallu attendre dix ans après sa mort en 1993 pour que la plasticienne Heidi Bucher, tombée dans l’oubli, revienne hanter les musées avec ses étranges chrysalides ! Née en Suisse en 1926, cette fille d’ingénieur s’est formée à la couture puis au design textile et à la mode à l’École d’arts appliqués de Zurich. Mariée à l’artiste suisse Carl Bucher (1935–2015) en 1960, elle séjourne avec lui à New York, à Montréal puis à Los Angeles, où elle s’épanouit dans le milieu de l’art féministe, de la performance et du body art à l’aube des seventies. En collaborant avec son mari, elle a l’idée de décliner les formes que peint ce dernier (les « Landing ») en sculptures futuristes « à porter », dont des Bodyshells en mousse synthétique, qu’elle installe sur le sable de Venice Beach. En 1973, de retour en Suisse, elle se sépare de son mari et installe son atelier dans la chambre froide d’une ancienne boucherie, d’où sortiront ses réalisations les plus marquantes : ses « écorchements ».

Son œuvre

Heidi Bucher se met à prendre l’empreinte de murs et de façades en appliquant, puis retirant, du latex nacré liquide et de la gaze afin d’obtenir une sorte de peau, semblable à celle d’un reptile après la mue. Un travail poétique autour de la mémoire et de la réappropriation, qu’elle pratique aussi bien dans sa maison d’enfance (afin d’exorciser des souvenirs douloureux liés à un père autoritaire), que dans des lieux chargés d’histoire, comme le portail d’entrée du Grand Hôtel de Brissago, sur le lac Majeur, où des femmes juives et leurs enfants avaient été internés par les nazis, et le sanatorium Bellevue de Kreuzlingen, où furent traitées des patientes « hystériques ». Immortalisée par de superbes photographies, la création de ces empreintes donne lieu à de véritables performances libératrices et régénératrices, au cours desquelles l’artiste féministe s’enroule dans ces « peaux », s’en fait des ailes, puis en émerge, comme un insecte sortant de son cocon…

Heidi Bucher, Vue de l’exposition à la Parasol Unit Foundation for Contemporary Art
voir toutes les images

Heidi Bucher, Vue de l’exposition à la Parasol Unit Foundation for Contemporary Art, 2018

i

travail de latex et textile à grande échelle • Parasol Unit Foundation for Contemporary Art, Londres • Photo de Steenie04 © Wikimedia Commons

Où la voir ?

Ses œuvres sont présentes dans les collections de nombreux musées, dont le MoMA (Museum of Modern Art), le Metropolitan Museum of Art et le Guggenheim de New York, le Hammer Museum de Los Angeles et le Kunsthaus Zurich.

Arrow

Museum of Modern Art - New York

Arrow

The Metropolitan Museum of Art

Arrow

Guggenheim New York

Arrow

Hammer Museum

Arrow

Kunsthaus - Zürich

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi