Hans-Peter Siffert, Heidi Bucher procédant à l’arrachement de la « pièce des hommes » dans la maison de ses parents à Winterthur, 1982
Photographie noir et blanc • Coll. de l’artiste / © Hans-Peter Siffert
L’artiste Heidi Bucher fait flotter « Nacre de la maison de l’espace » hors d’une maison en démolition
photographie • Winterthur, Suisse • © akg-images / Niklaus Stauss
Il a fallu attendre dix ans après sa mort en 1993 pour que la plasticienne Heidi Bucher, tombée dans l’oubli, revienne hanter les musées avec ses étranges chrysalides ! Née en Suisse en 1926, cette fille d’ingénieur s’est formée à la couture puis au design textile et à la mode à l’École d’arts appliqués de Zurich. Mariée à l’artiste suisse Carl Bucher (1935–2015) en 1960, elle séjourne avec lui à New York, à Montréal puis à Los Angeles, où elle s’épanouit dans le milieu de l’art féministe, de la performance et du body art à l’aube des seventies. En collaborant avec son mari, elle a l’idée de décliner les formes que peint ce dernier (les « Landing ») en sculptures futuristes « à porter », dont des Bodyshells en mousse synthétique, qu’elle installe sur le sable de Venice Beach. En 1973, de retour en Suisse, elle se sépare de son mari et installe son atelier dans la chambre froide d’une ancienne boucherie, d’où sortiront ses réalisations les plus marquantes : ses « écorchements ».
Heidi Bucher se met à prendre l’empreinte de murs et de façades en appliquant, puis retirant, du latex nacré liquide et de la gaze afin d’obtenir une sorte de peau, semblable à celle d’un reptile après la mue. Un travail poétique autour de la mémoire et de la réappropriation, qu’elle pratique aussi bien dans sa maison d’enfance (afin d’exorciser des souvenirs douloureux liés à un père autoritaire), que dans des lieux chargés d’histoire, comme le portail d’entrée du Grand Hôtel de Brissago, sur le lac Majeur, où des femmes juives et leurs enfants avaient été internés par les nazis, et le sanatorium Bellevue de Kreuzlingen, où furent traitées des patientes « hystériques ». Immortalisée par de superbes photographies, la création de ces empreintes donne lieu à de véritables performances libératrices et régénératrices, au cours desquelles l’artiste féministe s’enroule dans ces « peaux », s’en fait des ailes, puis en émerge, comme un insecte sortant de son cocon…
Heidi Bucher, Vue de l’exposition à la Parasol Unit Foundation for Contemporary Art, 2018
travail de latex et textile à grande échelle • Parasol Unit Foundation for Contemporary Art, Londres • Photo de Steenie04 © Wikimedia Commons
Ses œuvres sont présentes dans les collections de nombreux musées, dont le MoMA (Museum of Modern Art), le Metropolitan Museum of Art et le Guggenheim de New York, le Hammer Museum de Los Angeles et le Kunsthaus Zurich.
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