Attribué à Marie-Denise Villers, Portrait de Marie Joséphine Charlotte du Val d’Ognes, dit aussi Jeune femme dessinant, 1801
huile sur toile • 161,3 x 128,6 cm • Coll. Metropolitan Museum of Art de New York • © Wikimedia Commons
Marie-Victoire Lemoine, Portrait of Marie-Denise Villers, née Lemoine, vers 1798–99
huile sur toile • h. 195 x l. 137 cm • National Gallery of Victoria, Australie • © Wikimedia Commons
Dans la famille Lemoine, je demande la sœur cadette ! Comme son aînée, Marie-Victoire Lemoine, sa benjamine Marie-Élisabeth Lemoine, et même sa cousine Jeanne-Élisabeth Chaudet, Marie-Denise, qu’on appelle « Nisa », baigne dans un milieu artistique depuis sa tendre enfance. Les jeunes filles deviendront peintres ! Tandis que Marie-Victoire prend des leçons avec François Ménageot, et, sans doute, Élisabeth Vigée Le Brun, à laquelle elle rend hommage dans Atelier d’une femme peintre (1789), Marie-Denise reçoit les enseignements du baron Gérard et de David. Elle se forme aussi principalement avec Anne-Louis Girodet. En 1794, la demoiselle épouse un ancien élève du maître néoclassique, Michel-Jean-Maximilien Villers, étudiant en architecture. Exposée à maintes reprises au Salon, elle meurt en 1821, à 47 ans, avant de sombrer dans l’oubli.
Son Portrait présumé de madame Soustras laçant son chausson (ou Autoportrait de l’artiste laçant son soulier) [ill. ci-dessous] faisait l’affiche de l’exposition « Peintres femmes, 1780–1830 » présentée au musée du Luxembourg en 2021. Car son cas est emblématique ! Marie-Denise Villers est de ces femmes oubliées de l’histoire de l’art. Plus encore, ses œuvres empreintes de néoclassicisme ont été attribuées à d’autres ! C’est le cas de sa Jeune femme dessinant [ill. en Une] de 1801, laquelle a longtemps été prise pour un tableau de David, puis de Constance Charpentier, et n’a été réattribuée à Marie-Denise Villers qu’en 1996… Certains historiens de l’art voient même un autoportrait dans ce tableau que le Metropolitan Museum de New York conserve néanmoins sous le titre de Portrait de Marie Joséphine Charlotte du Val d’Ognes.
Il n’existe qu’une seule œuvre signée de Villers, et l’artiste reste difficile à cerner. Mais les archives montrent que son travail a été exposé pour la première fois au Salon en 1799 (où elle reçoit un « encouragement ») et qu’elle a travaillé jusqu’en 1814 au moins – année où elle fait le portrait de la duchesse d’Angoulême. « Nisa » s’est fait une spécialité des figures féminines isolées, qu’elle traite entre portrait et scène de genre. En son temps, ses œuvres lui valent une certaine renommée et les critiques sont assez élogieuses, en particulier au Salon de 1802 où son Enfant dans son berceau, entraîné par les eaux de l’inondation du mois de nivôse an X est unanimement loué. Le prince russe Youssoupoff en commande une version à l’échelle réduite, que Villers peint pour lui en 1810.
Marie-Denise Villers, Autoportrait de l’artiste laçant son soulier, 1802
huile sur toile • 146 × 114 cm • Musée du Louvre, Paris • © Wikimedia Commons
Le Metropolitan Museum de New York conserve le Portrait de Marie Joséphine Charlotte du Val d’Ognes, mais il n’est pas visible en salles ! Au musée du Louvre, c’est dans la salle 935, aile Sully, niveau 2, que vous pourrez admirer son Autoportrait de l’artiste laçant son soulier. Son corpus étant incertain, la plupart des œuvres de Marie-Denise Villers sommeillent sans doute quelque part !
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutiqueÀ lire aussi
Abonnés
PARIS
« Sous ses dehors tendres, Greuze traite de sujets graves, que la société ne veut pas voir » : le portraitiste virtuose de l’enfance au Petit Palais
SÉRIE - L’ART EN BALADE
À la Saline royale d’Arc-et-Senans : dans les jardins du Cercle immense
Abonnés
Musée Jacquemart-André
Les « terreurs délicieuses » du démoniaque Füssli