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Valie Export, Die Geburtenmadonna (La Vierge de l’accouchement), 1976
Courtesy VALIE EXPORT / Gallery Thaddaeus Ropac / Bildrecht / Verbund Collection, Vienne
Annegret Soltau, Selbst (Moi), 1975
Être artiste et femme
Dans cette série d’autoportraits, Annegret Soltau (née en 1946) enroule autour de son visage un fil noir, très fin, jusqu’à ce que celui-ci ne lui cisaille la peau et ne l’empêche de parler. Comme prisonnière d’une épaisse toile d’araignée, l’artiste évoque ici son angoisse face à l’ordre social qui cantonne les femmes au rôle de ménagère, de mère et d’épouse. Une angoisse qu’elle partage avec d’autres artistes femmes de son temps, qui au travers de leurs actions et de leurs œuvres font part de leur difficulté à exister et à être considérées comme des artistes à part entière.
Courtesy Annegret Soltau / Bildrecht / Collection Verbund, Vienne
ORLAN, Tentative pour sortir du cadre à visage découvert, 1966
Sortie de cadre
Au premier regard, on reconnait Escapando de la critica (1874), fameux trompe-l’œil de Pere Borrell del Caso, représentant un jeune garçon s’échappant de la toile, les mains agrippées à son cadre. Pour ORLAN (née en 1947), cette citation directe d’une œuvre phare du XIXe siècle n’est pas anodine. En essayant de s’extraire du tableau dans lequel elle était enfermée, nue, l’artiste s’affranchit des codes artistiques traditionnels, faits par et pour les hommes. Et invite à poser sur l’histoire de l’art un regard féminin.
Courtesy ORLAN / Gallery Ceysson & Bénétière / Bildrecht / Collection Verbund, Vienne
Penny Slinger, ICU, Eye Sea You, I See You, 1973
Œil pour œil
Affublée d’un costume de pièce montée et d’un voile de mariée, Penny Slinger (née en 1947) prie les jambes grandes écartées. À la place de sa vulve, un œil pris dans une vague nous regarde fixement… Je vous vois, tel est le titre de ce collage photographique, qui affirme la domination de l’artiste sur un éventuel spectateur-voyeur masculin. Non sans ironie, elle renverse la relation sujet-objet traditionnellement admise dans l’histoire de l’art. Face à son objectif, la femme s’affirme comme un sujet parfaitement libre et autonome.
Courtesy Penny Slinger / Broadway 1602 Uptown & Harlem / ADAGP, Paris / Bildrecht / Collection Verbund, Vienne
Judy Chicago, Drapeau rouge, 1971
Coup de sang
Au début des années 1970, Womanhouse – un espace d’exposition, de discussion et d’action féministe pensé par Judy Chicago (née en 1939) et Miriam Chapiro –, fait figure de manifeste. Judy Chicago y présente une installation coup de poing, The Menstruation Bathroom, où trône une poubelle débordant de tampons usagés. Au même moment, l’artiste réalise cette photolithographie intitulée Signal d’alarme, qui dézingue elle aussi les tabous pesant sur les règles. Pour l’artiste, les menstruations ne sont plus seulement de l’ordre de l’intime, elles sont aussi politiques.
Courtesy Judy Chicago / Salon 94 / Artists Right Society (ARS) / Bildrecht / Verbund Collection, Vienne
Ana Mendieta, Sans titre (Verre sur empreintes corporelles), 1972
Parfaitement imparfaites
Les avant-gardes féministes des années 1970 s’emparent aussi des diktats de la beauté véhiculés par la publicité et mettent à mal l’idéal normé d’un corps pseudo-parfait, comme en témoigne cette œuvre de jeunesse d’Ana Mendieta (1948–1985), qui décèdera dans des circonstances troubles à la suite d’une dispute avec son mari, Carl Andre. Dans cette série, la performeuse et plasticienne presse son visage derrière une vitre et déforme son nez, ses lèvres, ses joues. D’origine sud-américaine, elle témoigne également ici des stéréotypes racistes auxquels elle a été confrontée en tant qu’artiste et femme.
Courtesy The Estate of Ana Mendieta Collection, LLC / Galerie Lelong / Collection Verbund, Vienne
Birgit Jürgenssen, Ohne Titel (Selbst mit Fellchen) (Sans titre (Moi avec de la fourrure)), 1974
Au poil
Elle pose, les lèvres pincées et le haut du visage dissimulé par une fourrure de renard… Dans cet autoportrait énigmatique, aux subtils accents surréalistes, Birgit Jürgenssen (1949–2003) interroge la fétichisation liée à la représentation de la féminité. Le déguisement devient alors, pour l’artiste, un moyen d’affirmation identitaire. Birgit Jürgenssen rend ici hommage à Meret Oppenheim, créatrice, entre autres, du fameux Déjeuner en fourrure (1936).
Courtesy Birgit Jürgenssen / Galerie Hubert Winter / Bildrecht / Verbund Collection, Vienne
Une avant-garde féministe – Photographies et performances des années 1970 de la collection Verbund, Vienne
Du 4 juillet 2022 au 25 septembre 2022
Mécanique générale - Arles • 33 Avenue Victor Hugo • 13200 Arles
www.rencontres-arles.com
Arles 2022 – Les Rencontres de la photographie
Du 4 juillet 2022 au 25 septembre 2022
À travers la ville et en PACA •. Renseignements et billetterie au 34, rue du Docteur Fanton • 04 90 96 76 06.
Arles • 34 Rue du Docteur Fanton • 13200 Arles
www.rencontres-arles.com
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Pietà désenchantée
Tout, dans sa posture et son attitude, rappelle la Pietà de Michel-Ange, figure ô combien sacrée de l’histoire de l’art, située dans la basilique Saint-Pierre à Rome. Figure du body art, Valie Export (née en 1940) incarne l’icône absolue de la mater dolorosa, qu’elle revisite ici sous les traits d’une jeune femme contemporaine assise jambes écartées sur une machine à laver renversée. De celle-ci s’échappe un linge, rouge comme une traînée de sang. L’artiste dynamite ici la représentation idéalisée de la douleur maternelle, faisant un parallèle avec le quotidien désenchanté d’une femme au foyer, rythmé par les tâches ménagères.