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Hélène Roger-Viollet au sommet du temple de Baal (ou Bel), photographiée par son guide. Palmyre (Syrie), novembre 1953
© Hélène Roger-Viollet / Roger-Viollet
Hélène Roger-Viollet (1901–1985) était une petite femme, menue comme une hirondelle. Une allure juvénile, qu’elle a gardée toute sa vie et qui permet aujourd’hui aux repreneurs de son agence de différencier ses photographies non signées de celle de son mari – Jean-Victor Fischer, son inséparable, qui la dépassait de plus d’une tête et tenait plus haut son appareil. Ensemble, ils ont parcouru le monde : ils voulaient combler les manques de leur fonds photographique et se rendaient dans les pays les moins documentés pour saisir passants, jeux d’enfants, fêtes populaires et moments de vie. À la galerie Roger-Viollet, qui ouvre pour la première fois depuis 1938 l’agence historique de la rue de Seine aux passants curieux, une petite exposition retrace un peu de leurs voyages en Inde, en Afrique du Sud ou au Sénégal.
Hélène Roger-Viollet, Place de l’Indépendance. Dakar (Sénégal – Afrique), 1963
© Hélène Roger-Viollet / Roger-Viollet
Mais pour raconter l’histoire d’Hélène, il faut remonter à Henri, son père. Un ingénieur passionné de photographie, qui aimait s’amuser et superposer les prises de vue, pour doubler le nombre de ses enfants (12 au lieu de 6 !) sur une photo de famille, ou s’imaginer jouant aux dames contre lui-même. Roi des trucages, celui qui a pris sa première photo à 11 ans forme sa fille dès ses plus jeunes années, lui montre comment développer une photo dans son laboratoire. Elle y prend goût, grandit en femme libre, milite aux côtés de la féministe Louise Weiss, suit des cours de journalisme – évidemment, elle n’y est entourée que d’hommes, dont son futur mari. C’est avec lui qu’elle part faire un reportage fondateur en 1936, sur la trace des premiers congés payés.
Hélène Roger-Viollet, Voyage à bicyclette sur du matériel de la manufacture française d’armes et cycles “Manufrance”. Saint-Etienne (Loire), 1936
© Hélène Roger-Viollet / Roger-Viollet
Fondateur, car le hasard les fait camper vers Andorre, à l’extrême sud-ouest de la France, où ils s’aperçoivent rapidement que, de l’autre côté de la frontière, la Guerre d’Espagne vient de débuter. Délaissant les maillots de bain pour les barricades et toujours armés de leurs appareils, Hélène et Jean-Victor s’y rendent et immortalisent la lutte entre républicains et nationalistes ; leurs images, reprises dans le monde entier, les décident à consacrer leur vie à la photographie documentaire, et à poursuivre leurs reportages et leurs voyages.
Hélène Roger-Viollet, Orgue de Barbarie devant l’agence Roger-Viollet. Paris, 1951
© Hélène Roger-Viollet / Roger-Viollet
En 1937, Hélène et son père travaillent à l’organisation d’une expo photo autour des expositions universelles. Curieux des innovations techniques de son temps, Henri a déjà cumulé une belle somme d’images (9000 en tout), suivant entre autres la progression de la construction de la tour Eiffel ; mais il lui manque certaines archives, qu’ils dénichent ensemble chez un certain Laurent Olivier. Patron d’une boutique rue de Seine, celui-ci vend depuis 57 ans des photographies et des reproductions d’œuvres aux étudiants des beaux-arts (l’école est à deux pas) ; l’homme, désireux d’enfin partir en retraite, saute sur l’occasion et leur propose de reprendre l’adresse pour un franc symbolique (dire que désormais les mètres carrés y sont parmi les plus chers de Paris !), en payant simplement les tirages qui s’y trouvent. Hélène accepte, découvre la richesse de sa collection… Et décide, en novatrice, de se mettre à vendre non des tirages, mais des droits d’auteur.
Ainsi naît l’agence Roger-Viollet, en 1938. Son fonds s’enrichit au fil du rachat de collections (photographes décédés, éditeurs de cartes postales, fonds n’ayant pas trouvé de successeur), soigneusement rangé dans des dossiers qui s’étalent aujourd’hui sur 600 mètres d’étagères. La boutique survit à la Seconde Guerre mondiale – fermée, elle sera épargnée et ne subira aucun pillage – puis se développe jusqu’à devenir, en 1960, agence de presse, et fournir aux journaux leurs photos d’illustration. Pendant ce temps, Hélène et son mari poursuivent leurs explorations du monde, et nourrissent leur fonds de 600 000 images faites maison.
Hélène Roger-Viollet, Les quais près du port de Pondichéry (Inde), 1961
© Hélène Roger-Viollet / Roger-Viollet
Jusqu’en 1985… Année rouge sang. Un matin, Hélène est retrouvée égorgée et horriblement mutilée ; son mari tente de faire croire à un suicide, se rétracte, se dénonce, et se pend en prison. Pourquoi ? Difficile à dire sans tomber dans les suppositions – si ce n’est que les féminicides restent aujourd’hui encore un problème irrésolu. Son agence subsiste, elle est l’œuvre d’une vie : un fonds de 12 millions d’images (dont, depuis 2012, les 6 millions du journal France-Soir) qui appartient désormais à la Ville de Paris, en cours de numérisation. Sur demande, l’agence peut imprimer n’importe quel cliché : portraits d’écrivains, paysages du Cambodge, archives de manifestations… Il suffit de fouiller dans les boîtes vertes.
Les voyages d’Hélène. Une vie à documenter le monde
Du 12 février 2021 au 26 juin 2021
Galerie Roger-Viollet • 6 Rue de Seine • 75006 Paris
www.roger-viollet.fr
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