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Palais épiscopal de Castres. Vue de la façade depuis le jardin
© Ville de Castres
Portrait de Joëlle Arches
© Ville de Castres – Musée Goya
Après trois ans de fermeture, le musée Goya rouvre ses portes, restauré, agrandi, mais surtout profondément repensé dans sa relation aux publics. Quelles raisons ont motivé ce projet ?
Joëlle Arches : « Ce projet d’envergure répondait en réalité à trois grands objectifs : rénover tout d’abord un monument historique prestigieux, le rendre ensuite accessible à tous les publics en installant un ascenseur, et enfin agrandir le musée pour redéployer une collection, riche de plus de 5 000 œuvres, qui n’a cessé de s’enrichir. Le défi était donc de taille car il fallait réinventer le cheminement et l’agencement des espaces intérieurs, tout en veillant à préserver la structure, l’histoire et les volumes du palais épiscopal.
Quelle est la particularité du musée ?
Sa particularité est très forte et même unique en France car le musée Goya de Castres est le seul à être entièrement consacré à l’art de la péninsule ibérique. Cette orientation a été prise au milieu du XXe siècle par Gaston Poulain, ancien conservateur, qui décida de le rebaptiser musée Goya en 1947, suite au legs en 1894 de trois peintures du peintre par la famille Briguiboul. Depuis cette date, des acquisitions réalisées par la Ville de Castres et de nombreux dépôts provenant des musées du Louvre, de Cluny, d’Écouen, du Centre Pompidou et bien d’autres, sont venus renforcer cette cohérence thématique. Le nouvel écrin permettra d’être à la hauteur de la richesse et la rareté de cette collection.
Le chantier a redonné une plus grande visibilité au bâtiment. Quelle a été la nature de cette rénovation ?
Les travaux ont en effet permis de remettre en valeur ce palais épiscopal d’architecture classique. Les façades et l’escalier d’honneur en pierre ont été restaurés. Les frises peintes dans les salles du premier étage ont été dépoussiérées et restaurées également. Et puis, nous avons fait une belle découverte dans la salle des États : un décor peint de faux marbre et de colonnes, datant probablement de la moitié du XVIIIe siècle, a été mis au jour et restauré, enrichissant ainsi notre connaissance de l’histoire du palais épiscopal. Cette salle ouverte sur le jardin traitera du monument et offrira des points de vue sur la ville et son environnement.
Vue de la salle 6 du musée Goya de Castres, rénové
La figure féminine au Siècle d’Or : Alonso Cano, La Visitation ; Claudio Coello, L’Immaculée Conception ; Bartolomé Estebán Murillo, La Vierge au chapelet
© B. Slasak
Comment s’organise le nouveau parcours de visite ?
« Une traversée de l’art hispanique du Moyen Âge à nos jours. »
Le grand défi était de repenser ce musée, de porter un nouveau regard sur sa collection, et surtout de présenter un parcours différent. L’objectif était ainsi de proposer une muséographie élégante, sobre, favorisant le confort du visiteur. Pour moi qui venais de prendre mon poste, l’enjeu était de taille. J’ai rapidement opté pour un parcours chrono-thématique, qui permet de proposer au public une traversée de l’art hispanique du Moyen Âge à nos jours. Le doublement des surfaces d’exposition a ainsi permis de déployer la collection sur plus de 1 500 m2. De 11 salles, le parcours s’est agrandi à 23 et près de 600 œuvres sont désormais exposées, réparties sur deux niveaux. Nous avons privilégié des temps de respiration par un accrochage aéré, clair, propice à la lecture des œuvres et à la délectation et choisi des ambiances colorées pour chaque séquence chronologique et ensemble thématique. L’éclairage a aussi été très soigné. Les œuvres mises en réserves alimenteront régulièrement les accrochages. Ainsi, le musée ne sera pas figé mais restera en mouvement.
Au cœur du parcours, la salle dédiée à Goya a été totalement repensée. Pour quelle raison ?
Nous avons la grande chance de posséder trois peintures majeures du maître aragonais et la totalité de ses œuvres gravées, il fallait vraiment en faire un atout. L’Autoportrait aux lunettes, qui représente le peintre, méritait à mon sens d’être traité comme la « Joconde » du musée. J’ai donc souhaité remettre Goya au cœur du parcours en l’isolant et en lui consacrant une salle entière, avec d’un côté les peintures et de l’autre les estampes installées dans un cabinet d’art graphique plus intime. La salle permettra aussi d’inviter des artistes contemporains à dialoguer avec Goya. Ces contrepoints seront une façon de faire vivre notre collection.
Francisco de Goya y Lucientes, Autoportrait aux lunettes, vers 1800
Huile sur toile • 61,5 × 47,8 cm • Legs Pierre Briguiboul, 1894 • © Ville de Castres – Musée Goya – Photo JC Ouradou
Vous avez également souhaité une plus grande ouverture à la création contemporaine. Était-ce l’une des clés pour redynamiser le musée ?
Il était en effet très important de pouvoir étirer le parcours jusqu’à la création espagnole d’aujourd’hui. Nous avons réussi à obtenir des œuvres en dépôt de la part du Centre national des Arts Plastiques et du musée des Abattoirs de Toulouse pour enrichir nos salles dédiées aux XXe et XXIe siècles. Des artistes majeurs comme Millares, Saura ou encore Barceló sont maintenant représentés, de même qu’une installation de Pilar Albarracín et une vidéo de Daniel Andújar, afin de s’ouvrir à toutes les formes d’art. Il faudra approfondir cette orientation par de nouvelles acquisitions dans les prochaines années, et par l’organisation d’expositions autour de ces artistes. Notre partenariat avec la Casa de Velázquez, académie de France à Madrid, est aussi important dans cette démarche d’ouverture. La richesse de la collection nous permet de tout envisager, ce qui ouvre le champ de nombreux possibles. »
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