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Le réalisme en 2 minutes

En bref

Représenter le réel tel qu’il est : voici l’ambition du réalisme. Opposé à l’idéalisme du néoclassicisme et à l’imagination promue par le romantisme, le réalisme est un courant littéraire et artistique attaché au XIXe siècle. Dans le roman, il est magistralement incarné par Honoré de Balzac. Dans l’histoire de l’art, il est porté à partir des années 1850 par Gustave Courbet mais connaît des précédents dès les années 1820 au travers des lithographies d’Honoré Daumier ou des peintres de Barbizon. Il se décline également dans d’autres pays européens, comme en Belgique, en Allemagne ou en Angleterre.

Il a dit

« Être à même de traduire les mœurs, les idées, l’aspect de mon époque, selon mon appréciation, être non seulement un peintre, mais encore un homme, en un mot, faire de l’art vivant, tel est mon but. » Gustave Courbet

Gustave Courbet, Les Casseurs de pierres
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Gustave Courbet, Les Casseurs de pierres, 1849

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huile sur toile • 165 × 257 cm • Reproduction colorisée du tableau détruit

Histoire du mouvement

Autour de Courbet
Dès les années 1840, l’évolution vers le réalisme est sensible au travers de l’œuvre de Gustave Courbet (1819–1877) qui peint en 1849 Les Casseurs de pierres et Un enterrement à Ornans, présentés au Salon l’année suivante. Courbet cherche la représentation directe du monde, mais aussi une forme de monumentalité. Il impose un nouveau profil d’artiste, anti-peintre d’histoire, quasiment autodidacte, en quête de représentation subjective et authentique. Subjective ? Oui, car la peinture ne saurait traduire que les expériences de l’artiste. Celui-ci peint des scènes en lien avec sa propre vie, ses convictions politiques, républicaines et en faveur d’un socialisme humain. À de multiples reprises dans les années 1850–1870, l’artiste fait sensation et déclenche les polémiques. En 1855, il se revendique comme le chef de file du réalisme. 

Représenter la vie réelle
Le souci de représenter la vie réelle n’est pas propre à Courbet. Nous la retrouvons par exemple chez Jean-François Millet (1814–1875), peintre souvent rattaché au groupe de Barbizon. Millet est le peintre de la vie paysanne, et son Vanneur de 1848 annonce peut-être Les Casseurs de pierres de Courbet l’année suivante. Toutefois certains points distinguent les deux artistes : Millet peint des petits formats, ses thèmes sont ancrés dans une réalité séculaire. Courbet, lui, voit grand et cherche véritablement à représenter la réalité sociale de son temps. Le peintre d’Ornans refuse l’idéalisation, et il lui fut même reproché d’enlaidir la réalité afin de se montrer plus percutant.

De la précision et de la photographie
Tout un courant du réalisme au XIXe siècle cultive le goût de la précision, dans la lignée des tendances réalistes hollandaises du XVIIe siècle. Nous pouvons par exemple citer Ernest Meissonier (1815–1891) en France ou Adolph von Menzel (1815–1905) en Allemagne. Meissonier représente avec une puissance brutale et cruelle une scène de la révolution de 1848 (Souvenir de guerre civile, 1849). Ce témoignage direct et frappant n’est pas si éloigné du reportage. Du reste, l’invention de la photographie, dans les années 1830, est aussi à inscrire dans l’histoire du réalisme. À l’origine, elle base son crédit sur la représentation la plus objective possible de la réalité et place les artistes au défi d’une telle perfection, d’une telle authenticité.

Quelques œuvres clés

Jean-François Millet, Le Semeur
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Jean-François Millet, Le Semeur, 1850

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huile sur toile • 101.6 cm × 82.6 cm • Coll. Museum of Fine Arts, Boston. Gift of Quincy Adams Shaw through Quincy Adams Shaw, Jr. And Mrs. Marian Shaw Haughton. • © Museum of Fine Arts, Boston. All rights reserved

Le Semeur, Jean-François Millet, 1850
Icône du réalisme, ce tableau de Millet représente un paysan en train de semer. À l’allure sauvage, il accomplit son geste séculaire avec vigueur, avançant d’un pas leste sur la terre. Personnifiant les travaux rustiques, ce personnage présente pourtant un caractère grandiose et monumental dont la puissance influencera le jeune Vincent van Gogh. Millet s’est consacré à la représentation de l’univers paysan après 1849, date de son installation à Barbizon.

Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans
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Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans, entre 1849 et 1850

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huile sur toile • 315,45 × 668 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris

Un enterrement à Ornans, Gustave Courbet, 1849–1850
Sur un format de peinture d’histoire, Courbet met en scène un enterrement près d’Ornans, en Franche-Comté. L’artiste dresse un véritable panorama social dans ce cimetière à l’écart de la ville. Les personnages forment trois groupes distincts : les officiants, les hommes et les femmes. Au premier plan, le spectateur est mis face à la fosse, espace trivial de la mort. Courbet s’est vu reproché la « laideur » de son sujet et de ses personnages, sa remise en question de la hiérarchie des genres et son propos social.

Constantin Meunier, Débardeur du port d’Anvers
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Constantin Meunier, Débardeur du port d’Anvers, 1890

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Statuette en bronze • H. 48,3 ; L. 23,5 ; P. 18,8 cm. • © RMN Grand Palais (Musée D’Orsay) / René-Gabriel Ojéda

Débardeur du port d’Anvers, Constantin Meunier, 1890
Le sculpteur belge représente ici un docker dont le métier consiste à charger et décharger les bateaux. Il le montre avec force, fierté, dans une posture héroïque, en dépit de la nature extrêmement pénible et physique de son travail. Meunier développe dans ses œuvres un propos politique, en faveur des ouvriers, des classes laborieuses. Loin de tout misérabilisme, il est l’un des grands maîtres du réalisme social, donnant un visage aux anonymes à l’heure de l’essor industriel.

Par • le 8 janvier 2024

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