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L'ÉDITO DE FABRICE BOUSTEAU

La BD, phénomène artistique du XXIe siècle ?

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Publié le , mis à jour le

Depuis 1996, soit près de trente ans, Beaux Arts Magazine a régulièrement ouvert ses pages aux créateurs de bande dessinée pour des reportages dessinés, des récits graphiques sur l’art et les artistes (Willem y a notamment jadis contribué) ou encore des visites d’exposition, rendez-vous mensuel de la dernière page du magazine, illustré dans ce numéro par Jérôme Mulot. Nous fûmes incontestablement pionniers, tant la reconnaissance de la BD comme un art à part entière par les musées et le public fut longue, le médium ayant pourtant été qualifié de 9e art dès les années 1960, en compétition avec la gastronomie qui lui disputa la place pendant longtemps.

Pour l’anecdote, on oublie souvent que le 8e art concerne la radio et la télévision, le jeu vidéo étant le 10e tandis que les arts culinaires, la mode et l’art floral s’affrontent pour la 11e place. Quoi qu’il en soit, la bande dessinée est devenue un phénomène de société, ne serait-ce que par l’explosion des ventes d’albums (84 millions en 2022 contre 48,6 millions en 2019) avec des chiffres records – plus de 500 000 exemplaires vendus du fabuleux Monde sans fin de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici. Signalons aussi l’utilisation massive du pass Culture pour l’achat de mangas par les jeunes. Autre symbole : en 2024, le Centre Pompidou a consacré sa plus grande exposition jamais présentée à la BD, qui en occupait tous les niveaux.

L’une des formes d’expression artistique les plus complexes

Les récits proposés utilisent tous les modes de narration existants (du roman à l’enquête journalistique en passant par la poésie).

Et l’affiche du tournoi de Roland-Garros 2025, réalisée depuis quarante-six ans par des artistes, a été confiée pour la première fois de son histoire à un dessinateur, Marc-Antoine Mathieu. Ces succès sont d’autant plus étonnants que la bande dessinée est l’une des formes d’expression artistique les plus complexes, dont les grandes subtilités graphiques se déchiffrent tout en lisant du texte. Et si on prend l’exemple de l’extraordinaire et mythique Building Stories de Chris Ware (2012), constitué de 14 livrets de formats différents sans ordre établi, cela tient du casse-tête et du jeu d’énigme.

Joe Sacco, Souffler sur le feu – Violences passées et à venir en Inde
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Joe Sacco, Souffler sur le feu – Violences passées et à venir en Inde, 2024

Ce qui explique le succès de la BD, c’est sans doute que les récits proposés utilisent tous les modes de narration existants (du roman à l’enquête journalistique en passant par la poésie) et concernent tous les pans de la société : reportage engagé sur la bande de Gaza de Joe Sacco, histoire de la Shoah avec le monumental Maus d’Art Spiegelman, sexe et littérature avec le Vernon Subutex de Virginie Despentes adapté en BD par Luz, découverte des subtilités culinaires du Japon avec l’excitant le Gourmet solitaire de Jirō Taniguchi, etc.

Des expositions de BD plus immersives ?

De l’art à la politique, tout peut être traité en BD, et la richesse du médium est sans limite. Seule ombre au tableau, les expositions qui lui sont consacrées consistent le plus souvent à montrer des planches quand on rêverait que l’imagination des dessinateurs et des auteurs soit mise à contribution pour créer de véritables environnements en plusieurs dimensions, dans lesquels nous aurions la sensation d’être en immersion dans une fiction graphique, à l’image de ce que proposent certains plasticiens contemporains qui ont fait exploser, déborder le dessin des murs, comme Abdelkader Benchamma et tant d’autres. L’une des prochaines révolutions à venir de la BD ?

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