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La suite du génial Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, un roman graphique foudroyant sur Nicolas de Staël, une histoire de l’art féministe pour les ados… Prêts à faire des étincelles au pied du sapin ?
Couverture de « Moi, ce que j’aime, c’est les monstres – livre deuxième » d’Emil Ferris, 2024
Multi-récompensé, son « livre premier » avait révélé au monde l’étendue de son génie. Moi, ce que j’aime, c’est les monstres avait même valu à son autrice, l’Américaine Emil Ferris, d’être sacrée d’un Fauve d’or à Angoulême en 2019. C’est dire si la suite de ce roman graphique fleuve, virtuose et hors-norme, était attendue ! On y retrouve la petite détective lycanthrope Karen Reyes qui, de haut de ses 10 ans, poursuit son enquête sur le meurtre d’une survivante de la Shoah tout en s’aventurant dans les tréfonds de son histoire familiale, le tout dans le Chicago glauque et bouillonnant des années 1960. Son journal intime griffonné au stylo bille nous plonge au fil du récit dans les abymes de l’âme humaine avec une verve graphique à la fois gothique, pop et expressionniste hantée par l’histoire de l’art (Hopper, Gentileschi, Toulouse-Lautrec…). Un second opus monstrueusement bouleversant. F.G.
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres – livre deuxième
Par Emil Ferris
Planche de « Histoire de l’art au féminin » de Marion Augustin et Sara Colaone, 2024
« Ce n’est pas possible, des femmes dans les tableaux mais pas de peintres femmes dans ce musée » s’indigne Jo, venue visiter le « plus grand musée du monde » avec son copain Ben. Les deux ados doivent se rendre à l’évidence : « Il y a toujours eu des artistes femmes, mais l’histoire les a mises de côté »… Né d’une collaboration entre les éditions Casterman et l’association Aware, cette Histoire de l’art au féminin publiée de Marion Augustin et Sara Colaone met en lumière le parcours de ces grandes créatrices, trop longtemps reléguées au second plan, voire carrément oubliées malgré leur talent. Aux dessins se mêlent les biographies de 13 artistes incontournables de la Renaissance à nos jours – Lavinia Fontana, Rosa Bonheur, Hilma af Klint, Yayoi Kusama… Un récit ludique et éducatif à mettre entre les mains de tous les ados ! I.B.
Planche de « Smoking. La révolution Yves Saint Laurent » de Loo Hui Phang et Benjamin Bachelier, 2024
Chocking, le smoking ! En 1966, attablé à son bureau, Yves Saint Laurent dessine un vêtement qui allait révolutionner la mode : un costume d’homme… pour femme ! Et qui mieux que sa muse androgyne Betty Catroux pour revêtir, à même la peau, ce bijou d’élégance et d’irrévérence ? Loo Hui Phang et Benjamin Bachelier retracent l’histoire de cette pièce incontournable du vestiaire Saint Laurent – une épopée mode et féministe dans laquelle s’invitent George Sand, Marcel Proust, Candy Darling et même Edouard VII, dans laquelle se raconte en creux l’histoire de la libération des corps. Un plaidoyer pour la liberté et la fluidité des genres. I.B.
Smoking. La révolution Yves Saint Laurent
Par Loo Hui Phang et Benjamin Bachelier
Couverture de « Exercices de Staël » de Stéphane Manel, 2024
Il est l’un des peintres les plus fascinants du XXe siècle. L’un des plus mystérieux aussi. Nicolas de Staël hante l’esprit du dessinateur Stéphane Manel depuis qu’il a découvert, adolescent, l’œuvre de cet artiste tourmenté, qui s’est donné la mort en sautant du toit de son atelier à Antibes, à seulement 41 ans. Des rives de la Méditerranée à Paris en passant par le Sahara et l’Italie, il retrace, par petites touches (on pense aux aplats de couleurs du peintre), le parcours de cette comète de l’art. Un roman graphique foudroyant dans lequel s’entremêlent les souvenirs personnels de l’auteur, brûlant comme le soleil de la Riviera. I.B.
Couverture de « Deux filles nues » de Luz, 2024
En 1919, Otto Mueller peint, dans une forêt en bordure de Berlin Deux filles nues. Il ne le sait pas encore, mais son tableau, acheté par un riche collectionneur juif, connaîtra les affres de l’histoire. Considéré comme « dégénéré » par les nazis, vendu, sauvé de la destruction… C’est ce sombre destin que nous raconte Luz dans son album éponyme. Outre le dessin magistral et le scénario écrit au cordeau, l’originalité tient ici de fait que, tout au long de la bande dessinée, le spectateur adopte le point de vue du tableau, comme s’il faisait lui-même partie de l’œuvre. Un excellent préambule à l’exposition « L’art « dégénéré ». Le procès de l’art sous le nazisme », qui débutera le 18 février prochain au musée Picasso à Paris. I.B.
Planche de « New Rural Wave » d’Aurélie William Levaux, 2024
« Je m’étais dit qu’une bonne bibliothèque serait peut-être celle qui propose et mélange tout sans plus s’emmerder avec des classements de toute façon mal branlés. » Refuser toute hiérarchie entre genres et formats, c’est sa spécialité ! Avec sa plume affûtée et un humour mordant, Aurélie William Levaux nous livre ses pensées, spontanées et chaotiques, dans un journal de bord où s’entremêlent illustrations et bandes dessinées. De choses vues, entendues et vécues, l’artiste plasticienne belge en fait une audacieuse matière à penser, juxtaposant textes et dessins. Les gilets jaunes, les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle, l’école, Gaza : rien n’échappe à son regard incisif. En toile de fond, elle raconte son installation à la campagne, dans un lieu qu’elle baptise avec malice « Haute-Patate ». Avec ce nouvel ouvrage, l’autrice de Sisyphe, les joies du couple (2016) et Le verre à moitié vide (2014) poursuit une riche conversation intérieure, toujours aussi décapante et brillante. J.C.
Planche de « Les Julys » de Nylso, 2024
Chaque année, en juillet, elles s’échappent de leur coquille. Minuscules créatures des abysses, les « Julys » regagnent le rivage et « traversent pages et paysages ». Au cours d’une balade en vélo, un père dévoile à son fils l’existence de ces petits génies de la nature qui, tels des anges-gardiens, protègent les humains. Encore faut-il y croire pour déceler leur présence sur un rocher ou près d’un bosquet… D’une infinie poésie, le nouveau livre de Nylso nous emmène à travers les sous-bois, dans les profondeurs de la mer ou dans les airs. Connu pour sa série « Jérôme d’Alphagraph », l’auteur nous happe grâce à la grande délicatesse de son dessin et la sensibilité de son récit. À travers les « Julys », attachantes amies imaginaires, le livre explore la relation père-fils, la question de la transmission et de l’émerveillement au monde. Une ode intime à la beauté de la nature. J.C.
Planche de « Kilmotor » de Helge Reumann, 2024
D’une précision chirurgicale, le trait noir d’Helge Reumann est hypnotique. Après SUV (2019) et Totale Résistance (2021), l’artiste suisse nous plonge, à nouveau dans un monde où la violence et l’absurde cohabitent. Ses créatures dégoulinantes sans visage, ses motards prêts à en découdre et ses gnomes fantomatiques peuplent des paysages cauchemardesques dans un noir et blanc tranchant. Entièrement muet, ce récit publié aux éditions Atrabile déroute et fascine, propulsant le lecteur du sommet d’une montagne à un avion en perdition en une fraction de seconde. Entre dessin contemporain et BD, c’est une véritable déflagration visuelle. J.C.
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