Alberto Giacometti, Le Nez, 1947-1965
Bronze, acier et fer • 81,3 x 72,4 x 38 cm • Coll. particulière • © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2025 / Photo Sotheby's
L’entrepreneur chinois de 34 ans Justin Sun, qui avait fait la une des médias l’an dernier en achetant la fameuse banane scotchée de Maurizio Cattelan pour 6,2 millions de dollars, avant de la dévorer en quelques bouchées devant des journalistes du monde entier, se trouve de nouveau au cœur d’une affaire surréaliste.
Cette fois, le fondateur de la plateforme de cryptomonnaie TRON et actuel PDG de Rainberry, Inc. vient de lancer une querelle judiciaire invraisemblable ayant pour objet une sculpture mythique : le Nez (1947) d’Alberto Giacometti, d’une valeur de 78,4 millions de dollars…
Hong Kong, le 29 novembre 2024, Justin Sun mange l’œuvre d’art « Comedian » de Maurizio Cattelan qu’il vient d’acheter à New York
© Peter Parks / Afp
C’est le producteur de musique et milliardaire américain David Geffen qui détient actuellement à New York cette fameuse sculpture représentant, au centre d’une « cage » en métal, une tête suspendue dotée d’un très long nez à la Pinocchio, étiré vers l’avant comme le canon d’un fusil. Mais, le jeune homme d’affaires chinois a intenté, ce mardi 4 février, une action en justice contre ce collectionneur aguerri, clamant que ce dernier détiendrait illégalement l’œuvre, dont il serait le véritable propriétaire…
Ce Nez est au cœur d’un curieux imbroglio. Justin Sun l’avait acquis en 2021, lors d’une vente Sotheby’s d’œuvres de la collection Linda et Harry Macklowe. Sa conseillère en art, Xiong Zihan Sydney, qui l’avait assisté dans cette vente, avait ensuite révélé lors d’une interview que Sun projetait de faire don de la sculpture à ApeNFT – un fonds cofondé par elle-même et Sun dans le but d’enregistrer des œuvres d’art de renommée mondiale en tant que NFT.
Sauf que Justin Sun affirme désormais qu’il n’avait jamais eu l’intention de donner la sculpture à ApeNFT, seulement de permettre à l’œuvre d’être exposée en ligne sous forme de NFT. Selon ses dires, il aurait simplement demandé à Xiong Zihan Sydney de l’alerter si elle trouvait une personne prête à lui acheter la sculpture pour 80 millions de dollars. Toujours d’après lui, cette conseillère lui aurait alors volé l’œuvre en la vendant à Geffen pour son propre profit…
David Geffen lors de cérémonie de changement de nom du Lincoln Center pour David Geffen Hall, 2015
© Christopher Lane / AP / SIPA
La jeune femme aurait échangé le Nez, en janvier 2024, contre deux œuvres de la collection de Geffen, évaluées en tout à 55 millions de dollars, assortis de 10,5 millions de dollars. Toujours selon Justin Sun, elle aurait pour cela prétendu que la sculpture appartenait à ApeNFT, dont elle se serait présentée à tort comme la directrice, et aurait même imité la signature du l’homme d’affaires chinois pour sceller la transaction.
Les avocats de Sun soulignent que la sculpture a été vendue à Geffen pour une somme bien moindre à celle qu’il désirait (65,5 millions au lieu de 80), et inférieure à la somme contre laquelle il l’avait achetée à l’origine pour faire un investissement, ce qui selon eux prouve que la transaction a été réalisée dans son dos, car « il ne l’aurait jamais acceptée ». Justin Sun se serait aperçu du « complot » en décembre 2024, lorsqu’il aurait interrogé sa conseillère à propos du manque d’avancement de sa recherche d’acheteur pour le Nez.
Toujours en possession de la sculpture, David Geffen refuse de la rendre au jeune Chinois. Les avocats de ce dernier exigent qu’il la lui restitue ou lui verse de très importants dommages et intérêts. De son côté, l’avocat de l’Américain, Tibor Nagy, a déclaré à The Art Newspaper que ce procès était une « tentative bizarre et désespérée de dissimuler la réalité ». « Monsieur Sun a reçu deux tableaux et 10,5 millions de dollars en échange de la sculpture qu’il a vendue en toute conscience. Après avoir échoué à vendre ces peintures, il veut maintenant revenir sur cet accord en lançant l’accusation invraisemblable selon laquelle sa propre conseillère en art l’aurait dupé. On appelle ça le remords du vendeur », a-t-il ajouté. Une affaire décidément rocambolesque !
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