L’affiche de l’exposition “David Hockney” devant la fondation Vuitton, 8 avril 2025
© Inès Boittiaux / BeauxArts.com
Veste à carreaux sur gilet turquoise, cravate rouge, lunettes jaune vif, pastel vert à la main : l’artiste britannique David Hockney, qui fêtera bientôt ses 88 ans, rayonne de son espièglerie habituelle sur l’affiche de son exposition parisienne « David Hockney 25 » – la plus grande lui ayant jamais été consacrée –, qui sera inaugurée ce mercredi 9 avril à la fondation Louis Vuitton.
Mais personne ne verra ce visuel de promotion dans les couloirs du métro parisien, où il a été interdit en raison d’un détail proscrit par la loi française : une cigarette présente dans la main gauche du peintre.
« Une telle censure sur une affiche faisant la promotion de l’une des plus grandes expositions d’un artiste vivant depuis une génération est incompréhensible. »
Norman Rosenthal
Sur la photographie incriminée, Hockney, souriant, est occupé à dessiner son autoportrait dans sa fameuse palette de couleurs vives. Ce dernier, intitulé Une pièce dans une pièce dans une pièce et moi avec une cigarette, et dont une version plus grande est posée sur un chevalet derrière lui, le représente assis dans un jardin, travaillant à la même œuvre, reproduite dans un effet de mise en abyme. Sur la photographie comme sur l’autoportrait peint, l’artiste tient un pastel dans une main, et une cigarette dans l’autre. Discret, l’objet du délit aurait pu être confondu avec un crayon. Mais le détail n’a pas échappé à l’œil de la régie publicitaire Mediatransports (filiale de Publicis), en charge de la gestion de la publicité dans les transports publics de la RATP.
David Hockney, Play Within a Play Within a Play and Me with a Cigarette, 2025
Acrylique et collage sur toile • 121,9 × 182,9 cm • Coll. David Hockney • © David Hockney / Photo Jonathan Wilkinson
« Entendre un avocat du métro interdire une image est déjà assez grave, mais qu’il évoque une différence entre une photographie et une peinture me paraît une folie totale. »
David Hockney
L’interdiction de l’affiche a été révélée le 2 avril par l’artiste lui-même dans un article du quotidien britannique The Independant. Une « décision lamentable » selon lui. « L’autoritarisme de ceux qui dirigent nos vies » et « empêchent les autres de faire leurs propres choix » « ne connaît aucune limite », y lance-t-il, indigné, alors que « l’art a toujours été un moyen d’expression libre ». « Ils ne s’opposent qu’à la photo, alors que je fume aussi sur le tableau que je tiens ! Entendre un avocat du métro interdire une image est déjà assez grave, mais qu’il évoque une différence entre une photographie et une peinture me paraît une folie totale », ajoute-t-il. « La folie règne, renchérit Norman Rosenthal, commissaire de l’exposition en question. Une telle censure sur une affiche faisant la promotion de l’une des plus grandes expositions d’un artiste vivant depuis une génération est incompréhensible », d’autant plus à Paris, « ville de liberté et de révolution ».
Par cette décision, la régie a cependant appliqué la loi Évin relative à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme, responsables de nombreux cancers et décès. Promulguée le 10 janvier 1991, celle-ci proscrit la publicité directe ou indirecte des produits liés au tabac – ainsi, une célébrité en train de fumer est considérée selon ce texte comme susceptible d’inciter à la consommation. Bien connue en France, cette loi avait déjà entraîné en 2009 l’interdiction dans le métro parisien de l’affiche initiale du film Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar, où on ne voyait pourtant que des volutes de fumée, qui suggéraient sans la montrer une cigarette, attribut emblématique du chanteur.
David Hockney le 27 février 2024
Photo Jean-Pierre Gonçalves de Lima / © David Hockney
Alors, comment se fait-il que cet écueil n’ait pas été anticipé lors de l’élaboration de l’affiche ? Cette cigarette aurait-elle été jugée suffisamment discrète, et peu glamourisée, pour « passer » ? Ou est-ce une volonté de l’artiste de faire fi des interdictions ? La fondation Louis Vuitton, qui a maintenu l’affiche en évidence à l’entrée de l’établissement, n’a pas répondu à nos questions. Quoi qu’il en soit, David Hockney est un grand fumeur depuis plus de 70 ans et un fervent opposant à l’interdiction générationnelle de fumer au Royaume-Uni, loi qui vient justement d’être adoptée il y a quinze jours, le 26 mars 2025, en réponse aux 80 000 morts annuels dus au tabagisme dans le pays. « J’ai commencé à 16 ans, j’en ai maintenant 86 et je vais plutôt bien, merci. J’adore le tabac et continuerai de fumer jusqu’à ce que je tombe », avait-il lancé dans le Times en 2024. En 2005, il avait brandi une pancarte provocatrice lors d’une conférence du parti travailliste à Brighton, où l’on pouvait lire : « La mort vous attend tous, même si vous ne fumez pas ».
David Hockney 25
Du 9 avril 2025 au 31 août 2025
Fondation Louis Vuitton • 8 avenue du Mahatma Gandhi • 75116 Paris
www.fondationlouisvuitton.fr
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