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Entre 1983 (date de création de Beaux Arts Magazine) et 2023, deux pandémies (le Sida et le Covid) ont décimé des millions de personnes sur toute la planète, tandis que la mondialisation du commerce, les bouleversements politiques, les guerres, la multiplication des actes terroristes, les effets du dérèglement climatique, l’explosion des nouvelles technologies, la naissance des réseaux sociaux, etc. ont transformé notre monde comme personne ne pouvait le prévoir.
Alors, à quoi bon envisager l’art, le design, la mode, le cinéma ou la gastronomie en 2063 ? D’abord parce que penser le futur, c’est se contraindre à regarder avec plus d’acuité le présent. Cela permet de voir aujourd’hui comment les experts, les artistes, les designers, les architectes, les grandes entreprises et les écrivains que nous avons consultés envisagent le monde à venir et quelles actions ils mettent en place dès à présent pour le construire. On le verra à la lecture de ce copieux dossier qui passe de l’analyse à la fiction : la capacité des humains à s’adapter, à se projeter et à imaginer est réconfortante, voire enthousiasmante. Pourquoi le pire serait-il devant nous et non pas le meilleur ? Pour ma part, sans vouloir jouer à Madame Irma, je vous propose ici 7 idées pour l’avenir de l’art, nées de mes discussions, au cours des dernières semaines, avec de nombreux créateurs.
Fabrice Bousteau en 2063
© Cosmo / costume3pieces.com pour Beaux Arts Magazine
Du dessin à la peinture ou la photographie, toutes les formes d’expression artistique continueront à exister mais d’autres apparaîtront avec l’IA, l’ordinateur quantique et de nouvelles technologies encore insoupçonnées qui permettront notamment de créer des œuvres de plus en plus polysensorielles et immatérielles, avec des matériaux organiques et locaux du fait du dérèglement climatique et d’une conscience écologique, maître mot de notre devenir.
Les œuvres circuleront de moins en moins d’un continent à l’autre pour une exposition, notamment du fait de l’explosion des coûts de transport. Les expositions multiplieront les représentations d’œuvres sous forme d’hologramme (comme vient de le faire la fondation Giacometti, à Paris, pour présenter un chef-d’œuvre de l’artiste (le Nez), exposé à Bâle mais indéplaçable du fait de sa fragilité, ou encore en les reproduisant avec d’autres technologies avancées. Les musées deviendront aussi de plus en plus les garants du savoir et de l’œuvre originale.
L’esthétisation généralisée de la planète, c’està- dire l’art présent partout dans notre vie quotidienne (du supermarché à l’hôpital), initiée il y a une dizaine d’années, s’accentuera davantage, tout comme le nombre d’artistes (en forte croissance depuis dix ans). De plus en plus d’individus créeront leurs propres œuvres domestiques (sans être artistes), notamment grâce à l’IA. En outre, les créations seront accessibles intellectuellement à tous, dans n’importe quelle langue, grâce des puces insérées directement dans les œuvres qui fourniront l’information nécessaire juste en les regardant.
Sous l’effet de la mondialisation d’une part et de la prise en considération de femmes artistes oubliées d’autre part, l’histoire de l’art a été totalement revue, devenant moins occidentalocentrée et moins masculine. Ce mouvement s’amplifiera avec notamment une meilleure prise en compte de zones géographiques artistiques méconnues, de l’Arabie saoudite au continent africain en passant par l’Asie, mais aussi une meilleure connaissance des artistes tribaux contemporains, exclus aujourd’hui de nombreux musées. Une histoire de l’art qui continuera plus que jamais à se redéfinir, de la Préhistoire à l’art contemporain. En outre, les systèmes de traduction simultanée seront tellement courants et faciles qu’un artiste amazonien pourra aisément échanger des idées sur des notions complexes avec un conservateur de musée américain.
Ce sera la fin du style international, né de la mondialisation des années 2000 dans l’art, l’architecture, le design, la mode, etc. De Jean Nouvel aux artistes en passant par les sociologues, nombreux sont ceux qui pensent que le dérèglement climatique ou la prise en compte des coûts carbone rendront caduque la construction des mêmes tours vitrées dans le monde entier, incitant les créateurs à produire avec des matériaux locaux, de préférence favorisant une grande diversité d’expression. Les matériaux deviendront de plus en plus organiques, durables et recyclables, alors que ceux d’origine animale ou polluants seront de moins en moins utilisés.
Le phénomène de concentration des galeries est en voie de s’accentuer. Les Perrotin, Gagosian, Hauser & Wirth, c’est-à-dire les mastodontes ouvrant des filiales dans les grandes capitales internationales et fonctionnant comme des marques à part entière – comme les maisons de luxe type Louis Vuitton –, vont se développer. Ce qui n’empêchera pas, comme dans le domaine du luxe, l’existence de petites structures plus « locales ». Comme l’ont montré les 100 dernières années, le marché de l’art se déplacera en fonction de l’évolution économique des pays. Si les États-Unis et l’Europe connaîtront à l’avenir de grandes crises économiques, les nouveaux pays riches comme les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite pourraient devenir les nouvelles places fortes du marché ! De même, il n’est pas certain que les foires d’art contemporain, du fait encore une fois du coût écologique et des coûts de transports, existent toujours dans quarante ans.
Les artistes deviendront-ils éternels ? Est-ce qu’un peintre disparu il y a plus de trois cent cinquante ans peut revenir à nous avec une nouvelle œuvre ? C’est ce qui s’est passé en 2020 avec le projet « The Next Rembrandt », développé par Microsoft, qui a analysé l’ensemble des œuvres du peintre à l’aide d’une IA pour en extraire les « secrets de fabrication » et créer un nouveau tableau de l’artiste. Avec l’ordinateur quantique, qui sera capable d’analyser un nombre infini de données, une nouvelle collection d’œuvres de Picasso ou de Gauguin pourrait ainsi être « créée » chaque année.
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