Couverture du numéro 1 de Beaux Arts Magazine, 1983
© Beaux Arts
Un dossier sur Peggy Guggenheim, un portrait d’Édouard Manet par le grand spécialiste Eric Darragon, un commentaire d’œuvre, un sujet superbement illustré sur l’architecte Adolf Loos, un reportage à Calais, les belles images du grand reporter du monde de l’art André Morain, une interview d’Edward Kienholz à Berlin…
Voilà un aperçu du sommaire du premier Beaux Arts Magazine, créé en mars 1983, sous l’impulsion de René-Marc Chaffardon avec deux rédacteurs en chef : l’historien de l’art et conservateur au musée d’Art moderne de la Ville de Paris Patrice Bachelard (aujourd’hui décédé) et le journaliste Jean-Louis Gaillemin (entretien ci-dessous). Un numéro collector qu’il est possible, pour chaque nouvel abonné, de feuilleter dans son intégralité à l’occasion d’une offre spéciale 40 ans !
Offre d’abonnement à Beaux Arts Magazine glissée dans le tout premier numéro., 1983
© Beaux Arts Magazine
Ce premier sommaire en est le reflet ; déjà, à sa naissance, Beaux Arts est un titre consacré à tous les arts, sans hiérarchie mais avec un parti pris : la pédagogie, la discussion, le reportage, les belles images et la critique. En somme un magazine (et non une revue !) qui privilégie l’éclectisme avec une lecture vivante et décomplexée de l’art, en France et dans le monde.
Ce premier numéro, vendu au prix de 20 francs, était également doté d’un agenda, de comptes-rendus d’expos, de mini biographies d’artistes (l’ancêtre de notre Encyclo !), de cahiers dédiés au marché de l’art, d’autres aux livres et à l’essentiel de l’actualité culturelle dans le monde. Des rubriques que l’on retrouve encore en 2023 !
Succès immédiat dès son lancement, Beaux Arts Magazine a évolué au fil du temps, a su se renouveler et s’adapter aux transformations du monde pour devenir le premier mensuel culturel français réunissant chaque mois 400 000 lecteurs. Un magazine au style profondément contemporain, cherchant à être exigeant tout en restant accessible à tous. C’est ainsi que nous l’envisageons également pour les 40 prochaines années, quel que soit le monde de l’art de demain ! Ce que Beaux Arts tente d’entrevoir dans son dossier spécial, à retrouver en kiosque, « L’art en 2063 ». L’aventure continue !
L’évolution des couvertures de Beaux Arts Magazine jusqu’à nos jours
© Beaux Arts Magazine
« Une nuit d’octobre 1982 au Palace. Sur l’escalier du Privilège, ce club dans le club décoré par Gérard Garouste, Patrice Bachelard me demande si j’aimerais diriger avec lui une nouvelle revue que veut lancer notre ami René- Marc Chaffardon. Nous n’en n’étions pas à notre coup d’essai. Sous la houlette de Michel Guy, qui venait de quitter le secrétariat d’État à la Culture, Chaffardon avait lancé en 1978 Clefs qui cessa au bout de deux numéros, faute de financier.
Cette fois, c’était le groupe « Éditions Nuit et Jour » (éditeur, notamment, du journal « Détective ») qui était aux commandes avec Jean-Noël Beyler, un amateur d’art contemporain. Ça semblait plus solide. Je m’étais déjà frotté au journalisme à Cinématographe et AD Amérique, mais je n’avais pas le savoir de Bachelard, historien d’art et conservateur au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Il connaissait bien l’art moderne et contemporain, j’avais la curiosité du XIXe siècle, un intérêt pour les collectionneurs, l’histoire du goût à la Philippe Jullian. Il s’intéressait au monde anglo-saxon, moi au domaine germanique. Il était chez lui dans les galeries d’art, moi chez les antiquaires.
« Des bureaux à Levallois-Perret, au-dessus de Nouveau Détective et Terre sauvage, le n° 1 sort avec une interview d’Edward Kienholz. »
Des bureaux à Levallois-Perret, au-dessus de Nouveau Détective et Terre sauvage, le n° 1 sort avec une interview d’Edward Kienholz que j’étais allé voir à Berlin, le photographiant aux Puces à la recherche de Volksempfänger, ces postes de radio en bakélite qui transmettaient la propagande nazie. La grille du numéro était simple : trois artistes vivants (un entretien et deux portraits), une exposition grand public (« Manet ») suivie d’une analyse d’œuvre, une autre plus élitiste (« La peinture dans la peinture », de Pierre Georgel), deux articles consacrés à la photographie et à l’architecture, un reportage sur une ville, ses musées, ses galeries, ses écoles d’art.
Dossier « Manet » dans le numéro 1 de Beaux Arts Magazine, 1983
© Beaux Arts
Des rubriques expos, marché de l’art, actualités, livres. Sous les pseudonymes de Doryck Sembaz et de Johnny Biedermeier, j’assure quelques potins. L’éditorial, réalisé à quatre mains et illustré d’une vignette de BD, est signé « Bachemin ». L’objectif est de dégommer « Méconnaissance des arts » que nous trouvons vieux jeu. Pour assurer l’équilibre financier, nous lançons les premiers numéros spéciaux consacrés à une exposition : 45 000 exemplaires vendus pour Bonnard. Les autres revues nous emboîtent le pas.
« Nous prenons part aux querelles du moment : la pyramide du Louvre, les parapluies de Willerval aux Halles. Nous dénonçons l’aspect bâclé du chantier de Buren au Palais-Royal et les « meurtrières et mâchicoulis » de Gae Aulenti au musée d’Orsay. »
Dans ces années de floraison du postmodernisme, nous donnons la parole à Jean Clair, qui vient de montrer à Beaubourg « Les réalismes » et nous présente « L’Apocalypse joyeuse » viennoise ; nous participons à la redécouverte du XIXe siècle, qui sort de l’ombre avec Bruno Foucart. Si la part belle est donnée à l’art contemporain, nous interrogeons aussi des courants au purgatoire comme l’abstraction française des années 1950. Christian Caujolle met la photographie à l’honneur, Frédéric Edelmann et Jean-Claude Garcias osent des analyses critiques de l’architecture contemporaine. Les décors de cinéma et d’opéra, les mises en scène de la mode, sont l’occasion de chemins de traverse arpentés par Bruno Villien ou François Baudot. Nous prenons part aux querelles du moment : la pyramide du Louvre, les parapluies de Willerval aux Halles. Nous dénonçons l’aspect bâclé du chantier de Buren au Palais-Royal et les « meurtrières et mâchicoulis » de Gae Aulenti au musée d’Orsay.
En feuilletant ces premiers numéros, quelques collages du « chemin de fer » [sorte de storyboard du magazine, ndlr] sautent aux yeux : dessins de Prix de Rome d’architecture et grands ensembles de Marne-la-Vallée, Francis Bacon et William Bouguereau, les Poirier et Hermann Finsterlin, Keith Haring et Paul Baudry.
Quelques bons souvenirs : l’interview arrachée à Diego Giacometti par Patricia de Beauvais, la présentation du Château de dé de Man Ray à la biennale de Venise pour attirer l’attention sur la dégradation de la Villa Noailles. Une angoisse rétrospective : la chronique des dessous de la donation Walter-Guillaume à l’Orangerie aurait pu nous valoir un procès. Une image cocasse : l’interview de Jack Lang et Patrice Bachelard à notre stand de la Fiac par… Yves Mourousi. En 1988, « Bachemin » se saborde et Patrice Bachelard reste aux manettes. »
Pour découvrir l'intégralité du premier numéro de Beaux Arts Magazine en 1983 :
À retrouver en kiosque et sur notre boutique :
Couverture de Beaux-Arts Magazine numéro 474. Spécial 40 ans. L’art en 2063. 24 novembre 2023.
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