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Le brutalisme en 2 minutes

Le brutalisme en bref

Brutalisme : le mot peut faire peur tant il évoque des barres d’habitations austères. Bien plus que cela, le brutalisme est un véritable phénomène architectural international des années 1950–1970 parfois synonyme d’hypermodernisme. Il magnifie le béton apparent, l’usage de matériaux nés de l’industrie, tels que le fer et le verre, au service d’une esthétique fonctionnaliste et rationaliste, mais aussi d’un message social, et parfois de formes totalement originales. Associée à la dernière période de Le Corbusier, au couple Alison et Peter Smithson, à Marcel Breuer, à Ernő Goldfinger, à Bernard Zehrfuss – parmi d’autres –, l’architecture brutaliste se veut en tout cas universaliste et adaptée à un environnement postmoderne, urbain et dense où la nature doit conserver une place.

L’une des tours du célèbre Barbican Centre de Londres
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L’une des tours du célèbre Barbican Centre de Londres

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© Cultura / hémis

On a dit du brutalisme

« Le brutalisme tente de faire émerger une poésie brute des forces confuses et puissantes qui sont à l’œuvre dans une société de production de masse. (…) Son essence est éthique. » Smithson, 1956.

Le brutalisme en quelques dates

Né dans le béton

Le brutalisme – terme inventé par l’historien de l’architecture Reyner Banham en 1955 – émerge à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, particulièrement au Royaume-Uni sous l’égide du couple d’architectes Alison et Peter Smithson (1928–1993 / 1923–2003). Trouvant ses racines dans l’architecture moderniste européenne des années 1930, incarnée notamment par Mies van der Rohe (1886–1969) et Le Corbusier (1887–1965), mais aussi influencé par le contexte de la reconstruction, le brutalisme doit son nom à l’usage du béton brut devenu le matériau de prédilection de l’architecture au XXe siècle. L’architecture brutaliste se caractérise par un recours à des éléments industriels préfabriqués. Rationalisé, ce type de fabrication sérielle se veut théoriquement économique et concerne généralement des bâtiments d’ampleur, comme des unités d’habitation ou des complexes monumentaux, des universités ou des musées.

Un mouvement mondial

Né en Europe de l’Ouest, le brutalisme s’est également développé dans l’Europe de l’Est communiste, aux États-Unis, en Amérique du Sud ou au Japon. Sur chacun de ces territoires, l’architecture brutaliste peut combiner ses aspirations à l’universalité et au fonctionnalisme à des influences traditionnelles et locales. En France, parmi les exemples du brutalisme figurent le palais de l’UNESCO, édifié à Paris dans les années 1950 par le trio d’architectes Marcel Breuer, Bernard Zehrfuss et Pier Luigi Nervi, ou le CNIT de La Défense (1953–1958, Robert Camelot, Jean de Mailly, Bernard Zehrfuss). Le Parc de Princes (1968–1972, Roger Taillibert) en est aussi un exemple.

Quelle esthétique ?

Il existe probablement autant d’esthétiques brutalistes que d’architectes. Ils sont d’ailleurs rares à se revendiquer comme tels. D’une manière générale, le terme brutaliste qualifie une architecture aux formes radicales, géométriques et franches, qui laisse parler la matière. Ce courant est réputé peu frivole et rétif à l’ornement. Il n’est pas univoque pour autant. Certains bâtiments peuvent être exubérants et futuristes (à l’image de la bibliothèque Geisel sur le campus de l’Université de Californie à San Diego, conçue par l’architecte américain William Pereira à la fin des années 1960), d’autres courbes et colorés (les tours Nuages d’Emile Aillaud à Nanterre, 1973–1981). Réputé austère, souvent mal-aimé, le brutalisme peut ménager une grande part à l’invention, voire à la poésie. Parfois sculptural (pensons par exemple au Prentice Women’s Hospital de Bertrand Goldberg à Chicago, 1975), il peut se révéler très photogénique.

Une architecture porteuse d’utopie sociale

Fruit d’une pensée éthique, les projets brutalistes des années 1960 sont généralement portés par une utopie sociale et égalitaire, celle d’encourager la vie en communauté et de marquer le paysage urbain. L’architecture brutaliste ne se conçoit pas sans une réflexion sur les usages de l’architecture par ses habitants ou utilisateurs, et sur la présence d’espaces verts. Si le brutalisme a connu une certaine popularité dans les années 1960 et 1970, il décline dans les années 1980, cédant la place à d’autres styles et d’autres utopies.

Des œuvres clés

Le Corbusier, Unité d’habitation, Marseille, France, 1952

Vue arérienne de la Cité Radieuse de Le Corbusier à Marseille
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Vue arérienne de la Cité Radieuse de Le Corbusier à Marseille

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© Camille Moirenc / hémis

Parmi les premiers bâtiments considérés comme l’incarnation du brutalisme figure l’Unité d’habitation conçue par Le Corbusier, architecte pionnier du XXe siècle qui revendique une rationalisation mathématique de l’architecture et l’usage de volumes géométriques et modulaires. La forme doit exprimer la structure du bâtiment, et l’architecture renoncer à tout historicisme. Qualifiée de « Cité radieuse » par Le Corbusier, l’ambition de cette Unité d’habitation est d’offrir une véritable ville dans la ville, avec ses rues intérieures, sa terrasse sur le toit, différentes commodités pour les habitants (des boutiques, une auberge). Tout en magnifiant le béton nu, la « Cité radieuse » est pensée à l’échelle humaine.

Alison et Peter Smithson, Smithdon High School, Hunstanton, 1954

Smithdon moderne High School à Hunstanton conçu par Peter et Alison Smithson
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Smithdon moderne High School à Hunstanton conçu par Peter et Alison Smithson

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© UrbanImages / Alamy

Indissociable de la naissance du brutalisme, le couple formé par Alison et Peter Smithson livre en 1954 ce bâtiment abritant une école, qui a valeur de manifeste. Combinant la brique (et non le béton !) avec le verre et l’acier, il entend renouveler le modernisme architectural. Les Smithson se concentrent sur l’expression de la vérité des matériaux et de la structure. Si ce modernisme est à visage humain, en pratique le bâtiment a souffert de critiques. Faisant la part belle aux vitrages, il fut surnommé la « serre » en raison de la chaleur s’accumulant dans les classes.

Barbican Centre, Londres, 1960–1982

Barbican Centre, cour publique centrale avec terrasse au bord du lac et ses cafés
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Barbican Centre, cour publique centrale avec terrasse au bord du lac et ses cafés

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© Jon Arnold Images/ hemis

Exemple emblématique de l’architecture brutaliste, cet immense complexe londonien a été conçu par le trio d’architectes Peter Chamberlin, Geoffry Powell et Christoph Bon. Débuté en 1959, le chantier ne s’est achevé qu’en 1982 sur un site qui avait été quasi entièrement détruit par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Monumental, il abrite plus de 2 000 appartements, mais aussi des plans d’eau, des boutiques, des espaces culturels. Combinant l’esthétique du béton brut avec la préservation d’espaces verts, le Barbican a été classé monument historique en 2001.

Marcel Breuer, Flaine, station de ski, Haute-Savoie, 1960–1976

L’architecte américain Marcel Breuer a conçu la station de ski de Flaine
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L’architecte américain Marcel Breuer a conçu la station de ski de Flaine

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© Monica Dalmasso / hémis

Confiée à Marcel Breuer, figure clé du modernisme et de la naissance du brutalisme, cette station de ski voit le jour dans les années 1960, alors que se développe le tourisme des sports d’hiver. Brutaliste, l’esthétique des bâtiments en béton, aux lignes pures et géométriques, contraste avec les formes organiques des montagnes. Cette véritable ville était censée favoriser les interactions sociales et le sentiment d’une unité collective. Formé au Bauhaus, déjà connu pour le siège de l’UNESCO, Breuer considérait l’architecture moderne moins comme un style qu’une « attitude ». Le Flaine historique de Marcel Breuer a reçu le label « Patrimoine architectural du XXe siècle » en 2008.

Par • le 24 février 2025
Retrouvez dans l’Encyclo : Brutalisme

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