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DESIGN STORY

Le fauteuil pivotant de Charlotte Perriand : la modernité à plein tubes

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Publié le , mis à jour le
Derrière chaque objet de notre quotidien se cache une histoire. Dans cette série, Beaux Arts raconte ces icônes du design qui ont révolutionné nos modes de vie, bouleversé nos procédés de fabrication et fasciné par leur surprenante esthétique. Ce mois-ci, invitons-nous à la Villa Savoye du Corbusier, où le Mobilier National présente jusqu’au 26 septembre des créations emblématiques… Parmi lesquelles le mythique fauteuil pivotant de Charlotte Perriand en acier tubulaire et coussin de cuir, pensé lorsqu’elle n’avait que 24 ans.
Charlotte Perriand, fauteuil LC7
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Charlotte Perriand, fauteuil LC7, 1928-1931

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© ADAGP, Paris / Archives Charlotte Perriand

En visitant la Villa Savoye, qui pourrait deviner qu’elle fut construite entre 1928 et 1931 ? Chef-d’œuvre du célèbre architecte Le Corbusier, c’est un large bloc de béton blanc dépouillé d’ornements, monté sur pilotis, au toit-jardin constructiviste. À l’intérieur, ses espaces ouvrent sur une vue panoramique grâce aux fenêtres en bandeau… Dans ce temple de la modernité, au fond du salon, sont actuellement exposés des meubles en acier tubulaire sortis de l’atelier du maître architecte, dont le « Fauteuil grand confort », aussi connu sous le nom de « panier à coussins », ou encore le « Fauteuil dossier basculant » inspiré des sièges de l’armée coloniale britannique. Des créations à la paternité souvent accordée au Corbusier, alors que la première assise de la série est l’œuvre d’une jeune femme de 24 ans qui n’avait même pas encore intégré son équipe…

Charlotte Perriand dans son atelier
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Charlotte Perriand dans son atelier

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© ADAGP, Paris / Photo Archives Charlotte Perriand

« Avenue des Champs-Élysées, j’allais voir défiler les voitures de luxe aux brillantes carrosseries. Au Salon de l’auto je m’imprégnais de leur technicité, au rayon des accessoires j’achetai un phare pour éclairer ma future salle à manger », raconte Charlotte Perriand dans ses mémoires. Passionnée par l’automobile, enthousiasmée par ses avancées fulgurantes et ses matériaux inédits, elle cherche à insuffler ce vent d’innovation dans son mobilier. Elle se met alors à dessiner un siège en acier tubulaire inspiré des petits tabourets de cuisine, à l’assise circulaire comme la roue d’une voiture, doté d’un dossier qui, vu du dessus, rappelle étrangement un volant d’automobile ! Une véritable machine à virevolter.

 

Le métal est à l’agencement intérieur ce que le ciment a été en architecture. C’est une révolution.

Nous sommes en 1927 : deux ans auparavant, le designer allemand Marcel Breuer avait détourné l’utilisation du métal tubulaire jusqu’alors réservé aux hôpitaux ou à l’armée, pour créer le fauteuil Wassily, véritable sculpture chromée. Charlotte Perriand y voit là une vision futuriste à explorer : « le métal est à l’agencement intérieur ce que le ciment a été en architecture. C’est une révolution », pense-t-elle avec conviction. Alors que Breuer avait assemblé son siège à la manière d’un ébéniste, Perriand pense quant à elle à la simplicité de construction et de montage, dans l’esprit du taylorisme : quatre pieds en acier tubulaire courbés se rejoignent en un pivot pour faire tourner son utilisateur à 360 degrés ! Et pour le confort, un boudin de cuir vient encercler les reins.

« C’est résolument avant-gardiste. Cette idée que la vie domestique, celle assignée aux femmes, peut également participer à toutes sortes d’innovations », énonce avec passion la chanteuse et journaliste Claire L. Evans dans une interview vidéo pour Arte. Même si Perriand ne se revendique pas féministe, son siège tournant, quant à lui, semble répondre à toutes ces femmes qui, après avoir remplacé les hommes dans les usines durant la Première Guerre mondiale, conduisent des voitures, se mettent à fumer, raccourcissent leurs cheveux et leurs robes, recherchent une vie pratique et confortable… Il fait du foyer un terrain d’exploration et d’infinies possibilités, non genré.

Charlotte Perriand, Perspective du bar et de la salle à manger de la place Saint-Sulpice / Salle à manger de la place Saint-Sulpice
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Charlotte Perriand, Perspective du bar et de la salle à manger de la place Saint-Sulpice / Salle à manger de la place Saint-Sulpice, 1927

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dessin / photographie d'époque • © ADAGP, Paris / Photo Archives Charlotte Perriand

C’est lors de sa première exposition personnelle intitulée « Bar sous le toit », un espace convivial empli d’originalité, que Perriand dévoile son bijou visionnaire, initialement prévu pour meubler son atelier de la place Saint-Sulpice. L’événement est « un immense succès » avoue-t-elle. La preuve : l’installation persuade Le Corbusier de l’embaucher dans son atelier, alors qu’il venait de refuser ses services quelques jours auparavant. « Ici, on ne brode pas des coussins », lui avait-il lancé avant de la reconduire à la porte !

La chaise pivotante aura-t-elle signé la promesse d’embauche de la jeune créatrice ? Sûrement, car l’équipe n’avait encore jamais utilisé le métal tubulaire et rapidement, entrevoyant son génie, la nomme chargée du mobilier et de l’équipement des habitations de l’atelier. Avec l’aide du cousin et assistant du maître Pierre Jeanneret, elle développe une collection aussi ingénieuse qu’emblématique de meubles en acier tubulaire et cuir (exposés à la Villa Savoye), dont le précurseur demeure son siège tournant. Mais une fois placé sous la tutelle du célébrissime architecte, celui-ci est rebaptisé « fauteuil LC7 » pour reprendre les initiales du Corbusier, éclipsant ainsi le nom de sa véritable créatrice (qu’il n’hésite pas à parfois à gommer ou à reléguer à la troisième position après le sien et celui de son cousin). Après s’être exposée au Salon d’Automne en 1929, l’assise est commercialisée par l’entreprise Thonet, avec le reste de sa famille métallique…

Vue de la chaise LC7 et d’autres réalisations de Charlotte Perriand et de Le Corbusier à la Villa Savoye
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Vue de la chaise LC7 et d’autres réalisations de Charlotte Perriand et de Le Corbusier à la Villa Savoye

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© Photo CMN / © ADAGP, Paris / © FLC

Mais le succès n’est pas au rendez-vous. « Comment pouvait-il en être autrement ? L’époque n’était pas mûre pour adopter un mobilier contemporain, économique, produit industriellement. » Perriand voit juste : la chaise Wassily de Breuer réalisée en 1925 devra attendre les années 1950 pour être enfin reconnue à sa juste valeur… Le destin du fauteuil pivotant n’est guère différent : c’est grâce à la galerie zurichoise du Corbusier que la production peut reprendre juste après la Seconde Guerre mondiale, puis grâce à la maison italienne Cassina que l’assise devient un symbole de modernité. Les prémices du cyclone Perriand qui souffla un vent de liberté et d’avant-garde dans les intérieurs.

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Sièges modernes. Le mobilier national invité à la Villa Savoye

Du 19 mai 2021 au 26 septembre 2021

www.villa-savoye.fr

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