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Le mystère s’épaissit derrière la photographie iconique de « La Petite Fille au napalm »

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Nick Ut, Napalm Girl
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Nick Ut, Napalm Girl, 8 juin 1972

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Photographie • © Nick Ut / AP / Sipa

53 ans après avoir bouleversé les consciences, « La Petite Fille au napalm » – ou de son titre officiel The Terror of War –, l’une des photos les plus célèbres du XXe siècle, se retrouve au cœur d’une polémique : et si l’homme derrière le viseur n’était pas celui qu’on croyait ?

Le concours World Press Photo vient de suspendre l’attribution du cliché à Nick Ut, sacré par un prix World Press Photo en 1972 et un prix Pulitzer en 1973, après qu’un documentaire – projeté pour la première fois le 25 janvier dernier au festival américain de Sundance – a révélé que l’auteur de la photo serait un pigiste vietnamien, Nguyen Thanh Nghe. Dans le film The Stringer, Carl Robinson, à l’époque éditeur photo à Saigon pour Associated Press, assure avoir menti et modifié la légende de l’image sur ordre de son rédacteur en chef, Horst Faas…

Nguyen Thanh Nghe dans une position plus crédible pour capturer cette image d’horreur

L’agence Associated Press reconnaissait, début mai, des « questions auxquelles nous ne pourrons peut-être jamais répondre ».

Tout part d’une route poussiéreuse à Trang Bang, dans le sud du Vietnam, le 8 juin 1972. Kim Phuc, 9 ans, brûlée au troisième degré, court nue, les bras écartés, tandis qu’un nuage de napalm assombrit l’horizon. L’instantané en noir et blanc fige la douleur et, par ricochet, fracture le soutien international à la guerre du Vietnam. Depuis, l’image est devenue le métronome visuel de l’horreur militaire, infiltrant notre mémoire collective ; impossible de feuilleter un manuel d’histoire sans l’apercevoir.

Nguyen Than Nghe lors de la première de « The Stringer » au Sundance Film Festival à Park City
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Nguyen Than Nghe lors de la première de « The Stringer » au Sundance Film Festival à Park City, 25 janvier 2025

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© Robin Marshall / Shutterstock for SIPA

Mais l’histoire derrière l’histoire chancelle. Selon l’enquête interne du World Press Photo, « l’analyse du lieu, de la distance et de l’appareil utilisé » suggère que Nguyen Thanh Nghe – ou son collègue Huynh Cong Phuc – occupait une position plus crédible pour déclencher l’obturateur. Nick Ut, de son côté, campe sur ses négatifs : en février, il réaffirmait sur Facebook être l’unique auteur. Associated Press, son agence, continue d’ailleurs de le créditer, tout en reconnaissant, début mai, des « questions auxquelles nous ne pourrons peut-être jamais répondre ».

L’authenticité de la photo pas remise en cause

Ce rebondissement n’effrite en rien la puissance de la photo : Kim Phuc, aujourd’hui citoyenne canadienne et ambassadrice pour la paix, incarne toujours la survivante absolue. « L’authenticité de l’image n’est pas contestée », insiste Joumana El Zein Khoury, directrice exécutive du World Press Photo.

Nick Ut, lauréat du prix Pulitzer à coté de Kim Phuc, à gauche, avec « Napalm Girl » dans les mains, alors qu’ils attendent de rencontrer le pape François lors de l’audience générale hebdomadaire sur la place Saint-Pierre au Vatican
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Nick Ut, lauréat du prix Pulitzer à coté de Kim Phuc, à gauche, avec « Napalm Girl » dans les mains, alors qu’ils attendent de rencontrer le pape François lors de l’audience générale hebdomadaire sur la place Saint-Pierre au Vatican, 2022

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© Gregorio Borgia / AP / SIPA

Alors, Nick Ut ou Nguyen Thanh Nghe ? Si le doute persiste, c’est peut-être pour mieux éclairer notre besoin de vérité à l’ère des fake news et de l’IA. L’affaire dévoile aussi le rôle souvent invisible des stringers, ces pigistes locaux qui risquent leur vie pour capturer l’instant décisif. Elle rappelle enfin qu’une image, aussi iconique soit-elle, n’est jamais qu’un rectangle de grains d’argent – ou de pixels – enchâssé dans le récit que nous choisissons de croire.

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