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Le pictorialisme en 2 minutes

En bref

Mouvement lié à l’histoire naissante de la photographie, le pictorialisme s’oppose à l’usage et la considération simplement documentaire de ce médium. Dès le milieu du XIXe siècle, un ensemble de photographes revendiquent la reconnaissance de la photographie comme un art à part entière, et cultivent une esthétique proche de celle de la peinture ou de la gravure. L’Anglais Peter Henry Emerson, les Français Nadar et Robert Demachy, les Américains Edward Steichen et Alfred Stieglitz sont parmi les figures dominantes du pictorialisme, mouvement dont l’audience décline après 1914.

Alfred Stieglitz, Équivalent
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Alfred Stieglitz, Équivalent, 1926

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Coll. musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Histoire du mouvement

« Peut-être nous accusera-t-on d’effacer le caractère photographique ? C’est bien notre intention. » Le photographe Robert Demachy ne cache pas l’ambition des pictorialistes, qui revendiquent le caractère artistique et esthétique de la photographie. Cette opinion est contraire aux a priori qui ont cours sur ce médium. Mis au point dans les années 1840, le procédé photographique est d’abord considéré comme un produit de la science, utile à des fins documentaires. Le réalisme de la photographie l’empêcherait d’être le support d’expression poétique ou imaginative.

Dès les années 1850, certains photographes regroupés au sein de la SFP (Société française de photographie) soutiennent l’entrée de la photographie dans le champ des beaux-arts et organisent des expositions. Nadar en fait partie. Il considère en effet que derrière l’objectif, c’est un œil qui s’exprime… quand bien même le cliché photographique n’est pas une création purement manuelle, à la différence de la peinture, de la sculpture ou de la gravure. La photographie n’est pas un pur et simple enregistrement du réel, mais fait appel à l’art de la mise en scène, du cadrage, de l’expression, de l’émotion.

En tant que mouvement, le pictorialisme prend forme en Angleterre dans les années 1880. Porté par Peter Henry Emerson, auteur d’un manifeste (dont il reniera plus tard les propos), ses acteurs prônent l’art du paysage, en s’inspirant des théories de la peinture naturaliste et impressionniste. La photographie devient un enjeu esthétique. La netteté de l’image n’est pas essentielle, le cadrage peut être évasif, le cliché faire l’objet de retouches ou de grattages. Les pictorialistes aiment particulièrement jouer avec la lumière, les effets de clair-obscur, l’esthétique du flou. Ce positionnement d’avant-garde est également lié à l’évolution technique du matériel photographique (les plaques sèches au gélatino-bromure d’argent).

Le pictorialisme gagne l’Europe entière, ainsi que les États-Unis. Alfred Stieglitz est l’un de ses premiers représentants outre-Atlantique. Dans les différents pays, les écoles pictorialistes (qui cultivent toutes des particularités) s’expriment par la voie d’expositions, de revues, d’associations telles que le Camera Club de New York, le Photo-club de Paris, la Gesellschaft zur Förderung der Amateurphotographie de Hambourg et le Linked Ring Brotherhood de Londres.

Œuvres clés

Robert Demachy, Paysage
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Robert Demachy, Paysage, 1904

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Epreuve à la gomme bichromatée • Musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Robert Demachy, Paysage, 1904

Figure majeure du pictorialisme français, Robert Demachy utilise des procédés pigmentaires pour obtenir des clichés à forts effets picturaux. Il choisit souvent des paysages, dont il cherche à capter l’atmosphère, à la manière des impressionnistes. Ses images ont un caractère instantané, évanescent, poétique. Demachy est également un grand photographe de nu, cultivant une esthétique proche de celle des peintres académiques, en particulier Jean-Léon Gérôme.

Alfred Stieglitz, Sur la Seine
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Alfred Stieglitz, Sur la Seine, 1894

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Epreuve gélatino-argentique • Coll. privée • Photo © Christie’s Images / Bridgeman

Alfred Stieglitz, Sur la Seine, 1894

Avant de devenir l’un des représentants de la Straight Photography (photographie pure), Alfred Stieglitz s’inscrit pleinement dans le courant pictorialiste. Il défend ardemment le caractère artistique de ce médium. Ses compositions pictorialistes entretiennent de nombreux points communs avec la peinture paysagère d’avant-garde, privilégiant l’esthétique des éléments naturels (la pluie, l’eau, la neige, la vapeur…), autant de sujets difficiles à saisir et représenter, qui lui permettent de jouer sur les camaïeux de teintes entre le noir et le blanc. Son œil est celui d’un artiste naturaliste.

Heinrich Kühn, Windblown [Emporté par le vent]
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Heinrich Kühn, Windblown [Emporté par le vent], 1911

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Héliogravure • Musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Heinrich Kühn, Windblown, 1911

« L’appareil mécanique n’a pas d’autre importance pour le photographe que par exemple le pinceau pour le peintre », affirme Heinrich Kühn, célèbre pictorialiste autrichien. Porté sur l’expérimentation de multiples procédés, tels que la gomme bichromatée, Kühn cherche à se mesurer avec la peinture. L’artiste choisit généralement des objets banals, à l’image d’un jouet ou d’un service en porcelaine, qu’il élève au rang de sujet artistique. Il photographie aussi ses proches, en particulier sa gouvernante qui devient l’un de ses modèles de prédilection. Par ailleurs, Kühn est un adepte de la photographie en couleurs, procédé mis au point à partir de 1907.

Par • le 18 juillet 2022

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