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LE TOPO

Alfred Stieglitz en 2 minutes

En bref

Photographe pictorialiste, galeriste pionnier dans l’exposition de l’avant-garde européenne aux États-Unis, Alfred Stieglitz (1864–1946) fut aussi le conjoint de la peintre Georgia O’Keeffe pendant plus de vingt ans. Ce grand nom des arts visuels, contemporain de Constantin Brancusi et de Marcel Duchamp, a fait de l’expérimentation son maître mot. Amateur d’une certaine radicalité, tant dans l’exploration du rêve que du réel, Alfred Stieglitz est l’un des annonciateurs de la photographie conceptuelle.

Alfred Stieglitz, photographié par Gertrude Käsebier
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Alfred Stieglitz, photographié par Gertrude Käsebier, 1902

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© World History Archive / Alamy / Hemis

Il a dit

« La photographie m’a fasciné, d’abord comme un jeu, puis c’est devenu une passion, puis une obsession. »

Sa vie

Né dans une famille d’origine juive allemande, Alfred Stieglitz a passé son enfance dans le New Jersey. Son père, tout à la fois un homme d’affaires et peintre de paysage, assurait à sa famille nombreuse une certaine aisance. Installé à New York, le jeune garçon fait de brillantes études dans les quartiers huppés de Manhattan.

Au début des années 1880, le père de Stieglitz retourne en Allemagne. Sa famille le suit et Alfred entame des études dans le domaine de la chimie. Il s’intéresse à la photographie, d’abord comme instrument utile à la science. Mais l’image le passionne tout autant, et il commence à se forger une culture sur l’histoire et les pratiques attachées à ce médium. Dès lors, Stieglitz commence à photographier des paysages à l’aide d’un appareil à plaques de verre. Plus que le sujet, ce sont surtout les jeux d’ombre et de lumière qui l’intéressent. Remarqués, ses travaux lui permettent de remporter un prix.

Stieglitz aime mener des expériences, poussant à leur paroxysme les limites techniques des appareils photographiques : l’obscurité, la lumière électrique, la durée des temps d’exposition, la pluie ou le vent… le jeune photographe est à la recherche de nouveaux effets. Stieglitz est persuadé que la photographie relève du domaine des arts à une époque où cette idée peine à s’imposer. Il rallie donc le mouvement pictorialiste, qui milite pour la reconnaissance artistique de ce médium au même titre que la peinture.

En 1890, Stieglitz revient à New York. Il devient une personnalité dans le domaine de l’édition, publie des articles, s’associe à des expositions pour promouvoir la photographie d’art. Muni de son premier appareil portatif, il arpente les rues de New York et crée de véritables tableaux photographiques. Ce grand technicien recadre les clichés, les retouche, soigne le tirage de ses images pour accentuer les effets de composition graphique.

Avec sa première femme, Stieglitz voyage en Europe et photographie abondamment les rues, les canaux, les paysages… Il fait des rencontres importantes, notamment celle du pictorialiste Robert Demachy. Rentré à New York, Stieglitz se lance dans le montage d’expositions qui feront sa réputation. Edward Steichen devient l’un de ses amis. Par ailleurs, il crée une revue qui deviendra influente, Camera Work (jusqu’en 1917). Voyageant fréquemment, il devient incontournable dans le domaine de la création et de la promotion de la photographie contemporaine.

De 1905 à 1917, Stieglitz dirige une galerie d’art moderne reconnue à New York : la Galerie 291. Le premier, il présente au public américain des grands noms de l’avant-garde européenne, et française en particulier : Picasso, Matisse, Duchamp, Brancusi… Des expositions de photographies y sont également organisées par ses soins. L’espace est, en outre, un lieu de rencontre entre les créateurs européens et américains.

Dans les années 1920, Alfred Stieglitz se détache du pictorialisme pour se tourner vers la photographie pure (straight photography), un courant résolument réaliste, en quête d’une forme de vérité rejetant la manipulation des négatifs. Au flou artistique, Stieglitz substitue une esthétique de la netteté et de la clarté. Il entame à cette époque une relation amoureuse passionnée avec la peintre Georgia O’Keeffe qu’il épouse en 1924.

Durant les vingt dernières années de sa vie, Stieglitz continue de se consacrer à son travail – notamment de portraitiste – et à gérer une dernière galerie d’art. Mais sa santé est fragile et le brillant photographe succombe à une attaque en juillet 1946.

Ses œuvres clés

Alfred Stieglitz, The « Flat-Iron »
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Alfred Stieglitz, The « Flat-Iron », Camera Work 1903, N°4, octobre 1903, planche I (deuxième folio)

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Camera Work 1903, N°4, octobre 1903, planche I (deuxième folio) • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

The Flat-iron, 1902–1903

Stieglitz a photographié ce célèbre immeuble new-yorkais en pleine tempête de neige. Sa silhouette très identifiable occupe l’arrière-plan. Au premier plan, un grand tronc dénudé par l’hiver permet au spectateur d’entrer dans l’image et crée un effet de parallélisme avec la verticalité de l’architecture. Très poétique, presque mélancolique, cette œuvre retrouve l’atmosphère des estampes japonaises qui développent une lecture animiste du monde. Bien d’autres photographes ont immortalisé ce gratte-ciel qualifié de « fer à repasser », notamment Edward Steichen ou Bérénice Abbott.

Alfred Stieglitz, L’Entrepont
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Alfred Stieglitz, L’Entrepont, 1907 (tiarge de 1915)

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Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York • © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA

L’Entrepont, 1907

Prise en 1907 à l’occasion d’un voyage en Europe, cette photographie est sans doute l’une des plus célèbres de Stieglitz. L’image se divise en trois parties : deux classes de voyageurs (pont inférieur, pont supérieur) séparées par le motif du pont. L’œil est attiré par le canotier que porte un personnage dans la partie haute de l’image, comme un intercesseur. Bien que la scène se déroule probablement lors d’une escale en Angleterre, elle est devenue un symbole de la politique migratoire aux États-Unis au début du XXe siècle, opposant les classes bourgeoises et celles des immigrants.

Alfred Stieglitz, Équivalent
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Alfred Stieglitz, Équivalent, 1926

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Coll. musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Équivalent, 1926

Symbole du rêve accessible à tous, mais aussi du lien entre ciel et terre, le nuage fait partie des motifs les plus appréciés par le photographe. C’est aussi un défi, car les nuages sont sans cesse changeants, parfaitement insaisissables. Il s’agit véritablement d’impressions que Stieglitz qualifie d’ »équivalents » et qui ont pour lui une valeur philosophique. Les nuages possèdent une capacité d’action sur l’âme, sur les émotions, au même titre que la musique.

Par • le 7 février 2022

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