Grâce à ChatGPT, des internautes du monde entier se sont mis à générer des images dans le style du célèbre studio d’animation japonais Ghibli, 2025
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L’intelligence artificielle continue d’émerveiller, de surprendre et d’inquiéter. Mise en ligne le 26 mars dernier, une nouvelle fonctionnalité de ChatGPT (l’agent conversationnel d’OpenAI) a fait un carton mondial : grâce à l’IA, les internautes du monde entier se sont mis à générer (et poster sur les réseaux sociaux) des images dans le style du célèbre studio d’animation japonais Ghibli. Si bien que l’entreprise américaine OpenAI, face à la fonte de ses processeurs graphiques en surchauffe, a été obligée de restreindre l’accès à cette option.
Si ce phénomène de masse a une fois de plus démontré la puissance de l’IA, il a aussi relancé la question brûlante des droits d’auteur relative à cette technologie, aucun accord n’ayant été signé entre OpenAI et le studio Ghibli…
Pour lancer le programme GPT-4o, le patron d’OpenAI, Sam Altman, avait posté en exemple une photo de lui revisitée dans le style graphique du studio Ghibli, fondé en 1985 par Hayao Miyazaki et Isao Takahata. La mode s’est répandue comme une traînée de poudre : en un clic, les internautes se sont mis à transformer leur selfie. Visage, vêtements, décor… Réadapté par l’IA, chaque détail a l’air tout droit sorti de l’un de ces dessins animés japonais culte, comme Princesse Mononoké (1997), Le Voyage de Chihiro (2001), ou Mon voisin Totoro (1988).
Hayao Miyazaki, Le voyage de Chihiro, 2001
© Studio Ghibli / Ntv / Dentsu / Tohokushinsha Film / KOBAL / Aurimages
Des images si réussies et populaires que les gouvernements eux-mêmes ont joué le jeu : la Maison-Blanche le 27 mars pour mettre en scène l’arrestation pour trafic de drogue d’une migrante dominicaine en pleurs (une utilisation jugée honteuse par une partie de l’opinion publique) ; le président français Emmanuel Macron le 29 mars pour promouvoir la Protection civile [ill. ci-dessous] ; l’armée israélienne Tsahal le 30 mars pour glorifier ses soldats en action.
Les géants de la tech misent sur la frontière parfois floue entre inspiration et plagiat.
Le studio Ghibli n’a toutefois pas été consulté, crédité ni rémunéré pour cette utilisation. De quoi relancer la question des droits d’auteur relative à l’IA générative ; celles-ci étant nourries de créations d’origine humaine, qu’elles sont entraînées à imiter pour en produire de nouvelles versions. Le tout sans rémunérer ni créditer les artistes concernés.
Si cela ne pose pas de problème pour les œuvres tombées dans le domaine public, les ayants droit et les artistes vivants, en revanche, sont nombreux à s’insurger contre ce manque d’encadrement juridique. Les géants de la tech misent de leur côté sur la frontière parfois floue entre inspiration et plagiat. « Nous empêchons la création de contenu inspiré spécifiquement d’artistes vivants, mais nous le permettons pour le style d’un studio, qui est plus large », a tenté de justifier un porte-parole d’OpenAI.
Hayao Miyazaki, directeur du Studio Ghibli Inc., a reçu le titre de Personnalité du Mérite Culturel en novembre 2012
© Ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie du Japon
Si Hayao Miyazaki, cofondateur du studio Ghibli, n’a pas réagi publiquement, ses propos antérieurs très tranchés concernant l’IA ont été exhumés pour l’occasion : dans une vidéo de 2016, l’artiste affirmait ne vouloir « en aucun cas intégrer cette technologie » à son travail, car ce serait selon lui « une insulte à la vie même ». Son fils Goro Miyazaki s’est en revanche exprimé fin mars lors d’un entretien filmé dans les locaux du studio Ghibli. Celui-ci a admis le « fort potentiel » de l’intelligence artificielle qui pourrait un jour « remplacer » les artistes de l’animation, mais a aussi souligné que rien ne pourra jamais égaler l’âme du travail de son père, où « s’entrelacent magnifiquement » douceur, amertume et souvenirs sombres de son expérience personnelle de la guerre.
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