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Enquête

Le trésor disparu de Pierre Matisse

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Célèbre marchand de Miró, Calder et Giacometti à New York, le fils d’Henri Matisse est mort il y a près de trente ans. Ses héritiers continuent de traquer les œuvres d’art de son père et d’autres monstres sacrés qu’il avait entreposées à Paris et qui ont mystérieusement disparu. Cette affaire n’est pas sans rappeler les vols dont ont été victimes les familles Picasso ou Chagall.
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Illustration David Lanaspa, Le trésor disparu de Pierre Matisse

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© David Lanaspa/agence Marie Bastille pour Beaux Arts Magazine

Disparitions d’œuvres d’art, fausses provenances, valeurs minorées, multiplicité d’intermédiaires et de sociétés-écrans, tous ces classiques des dérives du marché de l’art se retrouvent dans une saga dans laquelle a été plongée la famille Matisse. Forts d’une récente décision de justice, les héritiers de Pierre Matisse assignent aujourd’hui en justice le marchand Jérôme Le Blay pour lui réclamer près de 280 pièces détournées d’un entrepôt il y a une trentaine d’années, dont « la provenance aurait été délibérément cachée » selon la famille Matisse.

Né en 1900 et mort en 1989, Pierre Matisse est le plus jeune des trois enfants d’Henri Matisse. À 24 ans, il s’est installé à New York où il a tenu toute sa vie une galerie non loin du MoMA. À Paris, il avait entreposé des centaines d’œuvres auprès de la maison Lefebvre-Foinet. Ce marchand de couleurs, bien connu des artistes de l’École de Paris, avait ouvert ses portes à Montparnasse en 1880 avant de diversifier son activité. À partir des années 1940, Pierre Matisse lui confiait ses encadrements, mais aussi le soin de s’occuper des formalités et de la logistique du transport transatlantique et du stockage à Paris. Compte tenu de cette relation de longue date, jamais il n’avait songé à réaliser l’inventaire d’un dépôt qui contenait aussi bien des travaux de son père que des artistes qu’il représentait dans sa galerie.

Compte tenu de cette relation de longue date, jamais il n’avait songé à réaliser l’inventaire d’un dépôt qui contenait aussi bien des travaux de son père que des artistes qu’il représentait dans sa galerie.

La première alerte survient moins d’un an après son décès quand, en mai 1990, un commissaire-priseur de province sollicite un certificat d’authenticité pour un bas-relief d’Henri Matisse, Portrait de jeune fille. La spécialiste, Wanda de Guébriant, à laquelle la famille a confié les archives et la responsabilité des authentifications, lui répond que, à sa connaissance, il a toujours appartenu à Pierre Matisse. En octobre 1990, une nouvelle demande est déposée pour deux bronzes, qu’une jeune femme dit avoir reçus de son père, Jean Robinot. Or celui-ci, transporteur chez Lefebvre-Foinet, est devenu le compagnon de Josette Lefebvre, qui a hérité de la société de son père en 1985. Les Matisse ayant menacé de porter plainte, Josette Lefebvre leur rend sur-le-champ une caisse contenant onze sculptures de Matisse et quatre de Daumier. Des années plus tard, ses enfants accepteront de restituer plusieurs centaines d’œuvres, de Matisse et d’autres artistes du XXe siècle.

Mais d’autres continuent de faire surface. Ainsi, en 1991, la galeriste Dina Vierny présente-t-elle six dessins d’Henri Matisse. Comme Wanda de Guébriant lui a fait remarquer qu’ils portent le tampon « PM », pour Pierre Matisse, elle les rendra à… Josette Lefebvre. Une quinzaine d’années plus tard apparaît Jérôme Le Blay, qui se retrouve désormais au cœur des contentieux judiciaires. En avril 2005, ce spécialiste de Rodin montre à Wanda de Guébriant deux feuilles qu’il dit avoir reçues en don de Jean Robinot, dont il serait devenu l’ami en 2002. Signalant qu’elles ont été détachées d’un carnet de dessins, cette dernière le met en garde contre la provenance Lefebvre-Foinet. Rassurant, son interlocuteur s’engage à remettre ces deux dessins de Matisse à la famille si elle les réclame. Dans un courrier daté du 16 janvier 2007, il affirme qu’il s’agit des « seules acquises de Jean Robinot » et qu’il « fera part de toute autre œuvre du même artiste provenant de la même source qui lui serait soumise ». Aujourd’hui, il lui est reproché de s’en être procuré par centaines sans que la spécialiste ou la famille ne soient jamais prévenues. Lui nous répond : « Je n’ai plus de Matisse à moi, sauf quelques reproductions peut-être ; j’ai tout revendu. »

Près de 400 œuvres aux mains du marchand d’art Jérôme Le Blay

Les transactions se multiplient dès les jours qui suivent une demande de mise sous curatelle de Josette Lefebvre, en décembre 2007. Cette dernière vit retirée à Vaux-sur-Lunain, en Seine-et-Marne, et son isolement s’aggravera après le départ de son compagnon en maison de retraite et son décès. Atteinte de démence avancée, elle mourra en mars 2009.

Sur certains de ces documents apparaît la signature de Mme Lefebvre, dont un contrat de vente de 121 estampes de Matisse pour 80 000 €, soit un dixième de leur valeur.

Jusqu’en octobre 2008, plusieurs documents sont émis, qui seront dévoilés lors des procédures judiciaires : ils attestent des ventes à Jérôme Le Blay et sa société, Côté Art, ou par leur biais, de près de 400 dessins et gravures de Matisse, sans parler d’œuvres d’artistes que Pierre Matisse a beaucoup défendus comme Miró, Calder, Alberto Giacometti, Balthus ou Riopelle. Sur certains de ces documents apparaît la signature de Mme Lefebvre, dont un contrat de vente de 121 estampes de Matisse pour 80 000 €, soit un dixième de leur valeur.

D’autres documents sont émis en 2009 et sont signés d’une voisine, Nadine Veckman, épouse d’un boucher qui faisait du jardinage chez Josette Lefebvre. Outre les centaines d’œuvres que Nadine Veckman a vendues par l’intermédiaire de Jérôme Le Blay, des dizaines d’autres, estimées à plus de 600 000 €, seront retrouvées chez le couple, qu’elle présentera comme des dons de sa voisine.

Plainte pour abus de confiance et recel

En avril 2008, 130 gravures réapparaissent chez Sotheby’s à Londres, censées provenir d’« un collectionneur privé européen ». Dix d’entre elles dépassent les 15 000 € chacune, sans qu’aucun certificat de sortie de France n’ait été délivré. Or, Henri Matisse réservait certains numéros de tirage à ses enfants, correspondant ici à ceux qui étaient destinés à son fils Pierre. Sotheby’s ne voulant pas donner sa source, les héritiers ont fait placer sous séquestre les 950 000 € d’adjudications pour obtenir l’identité du vendeur : il s’agit d’un certain Paul Van der Schueren, qui dit avoir acquis les œuvres en janvier auprès de Côté Art pour 210 000 €. Il est le frère de Zoé Van der Schueren, une experte s’étant liée d’amitié avec Jérôme Le Blay quand tous deux travaillaient chez Christie’s.

Illustration David Lanaspa, “En avril 2008, 130 gravures réapparaissent chez Sotheby’s”
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Illustration David Lanaspa, “En avril 2008, 130 gravures réapparaissent chez Sotheby’s”

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© David Lanaspa/agence Marie Bastille pour Beaux Arts Magazine

En juin 2010, 11 estampes seront vendues par Cornette de Saint Cyr, aux côtés duquel Zoé Van der Schueren est devenue experte. Le commissaire-priseur attestera qu’elles ont été déposées par Jérôme Le Blay. Le 30 octobre 2009, c’est au tour de la galeriste Natalie Seroussi de demander des certificats pour quatre dessins censés provenir d’un collectionneur milanais disparu en 2007, qu’elle veut présenter à la foire de Bâle. Deux autres dessins suivront, qu’elle assure avoir acquis en 1993. Or, ces feuilles seront saisies chez Jérôme Le Blay. Elles se retrouvent sur une liste d’œuvres achetées par son intermédiaire à Nadine Veckman, le 4 novembre 2009, pour le compte d’une société panaméenne, Vasuman – laquelle ne serait pour la famille Matisse qu’une coquille vide lui servant de paravent. D’autres marchands prendront contact pour obtenir des certificats en avançant des provenances fantaisistes, avant de se désister en apprenant que la galerie et l’un de ses entrepôts ont été perquisitionnés.

Car une enquête a été confiée à la brigade financière, les Matisse ayant fini par déposer plainte pour abus de confiance et recel en janvier 2009. Leur décision a été prise après une autre tentative de vente, cette fois sous la conduite de Sotheby’s. En mai 2008, la maison new-yorkaise a proposé deux papiers découpés ayant appartenu à Pierre Matisse : un escargot vert et une palme blanche. Sotheby’s a dû retirer ces deux lots, estimés à quatre millions et demi d’euros, après avoir encore tout fait pour protéger l’anonymat du vendeur. Celui-ci se révélera finalement être une société de Hong Kong, appelée Rozven. Après avoir été confiées à Sotheby’s, les deux gouaches auraient subitement changé de main, avec des variations de prix étonnantes, si l’on se fie aux factures produites par Jérôme Le Blay. Le 6 février 2008, il a déposé une demande de certificat d’exportation pour une valeur de 4,2 M€. Le lendemain, il délivre une facture d’achat des deux pièces pour 136 500 € à Nadine Veckman. Un mois plus tard, il les aurait revendues pour 200 000 € à Rozven, soit 5 % de la valeur qu’il avait lui-même déclarée.

Illustration David Lanaspa, « Une enquête a été confiée à la brigade financière »
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Illustration David Lanaspa, « Une enquête a été confiée à la brigade financière »

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© David Lanaspa/agence Marie Bastille pour Beaux Arts Magazine

Cette société, qui n’a ni bureau ni personnel sur place, est enregistrée le même jour – le 13 mars – au registre du commerce… avec Vasuman comme actionnaire. Pour la cour d’appel, la volonté de brouiller les pistes ne fait pas de doute. L’information judiciaire traînera cependant en longueur plus de cinq ans pour finir par un non-lieu. Dans son ordonnance du 10 mars 2014, la juge Noémie Nathan prend acte du décès du couple Lefebvre-Robinot, qui éteint l’action publique à leur encontre. Même si « les éléments constitutifs » d’un détournement « paraissent réunis », la juge exempte les autres protagonistes de toute responsabilité en ordonnant la restitution des œuvres, considérant que l’instruction n’avait pas prouvé qu’ils avaient connaissance de ce détournement. Elle a refusé tous les compléments d’investigation demandés par les victimes. Le domicile personnel de Jérôme Le Blay n’a pas été perquisitionné, aucune saisie d’ordinateur ou de disque dur n’a été opérée, la juge ne voyant pas en quoi « les documents comptables de Côté Art seraient utiles à la manifestation de la vérité ». Elle ne voit pas non plus l’utilité d’une identification du détenteur du compte bancaire de la mystérieuse société Vasuman ou d’une « investigation des comptes de Nadine Veckman ».

Restitution de deux papiers découpés

Ce feuilleton va connaître son dernier rebondissement quand Rozven décide d’attaquer au civil Georges Matisse, représentant la famille, en lui demandant deux millions d’euros de dédommagement après le retrait des papiers découpés de la vente de Sotheby’s. Le tribunal de Nanterre déboute la société, en la jugeant seule responsable de l’annulation de la vente « par son refus de justifier la provenance des œuvres ». En octobre 2017, la cour d’appel de Versailles confirme ce jugement, ordonnant même la restitution aux héritiers de Pierre Matisse des deux papiers découpés, sous astreinte de 5 000 € par jour de retard. Une attestation, portant la signature de Josette Lefebvre, assure qu’ils provenaient de son père, qui les aurait détenus « depuis les années 1960 ». Or, il a été démontré que, dans les années 1970, Pierre Matisse les avait mis à disposition pour des reproductions.

Illustration David Lanaspa, « Le tribunal de Nanterre déboute la société »
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Illustration David Lanaspa, « Le tribunal de Nanterre déboute la société »

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© David Lanaspa/agence Marie Bastille pour Beaux Arts Magazine

Les attendus sont sévères pour Jérôme Le Blay. Il se voit reprocher d’avoir fait établir des certificats par Josette Lefebvre « au moment où ses facultés étaient déjà atteintes » et d’avoir cherché à « égarer les recherches » en se retranchant derrière une société offshore tenue pour une « entité de façade », ce qu’il conteste.

Les attendus sont sévères pour Jérôme Le Blay. Il se voit reprocher d’avoir fait établir des certificats par Josette Lefebvre « au moment où ses facultés étaient déjà atteintes » et d’avoir cherché à « égarer les recherches ».

« C’est à n’y rien comprendre, se désole Jérôme Le Blay. J’ai rencontré Josette Lefebvre par l’intermédiaire de son compagnon. J’ai sauvegardé une partie de ses archives. Elle avait une importante collection provenant des artistes liés à la maison [Lefebvre-Foinet]. Elle m’a donné des œuvres, elle en a donné à ces voisins qui l’ont aidée ; j’en ai acheté aussi. Mais je l’ai toujours connue avec toute sa tête. Maintenant, on vient me reprocher d’avoir acquis des œuvres de quelqu’un qui n’aurait pas été la bonne personne. » Dénonçant « une aberration juridique », ils nous a annoncé que Rozven engageait un recours en cassation. Mais pour les héritiers Matisse, en déniant sa bonne foi, la cour a bien ouvert la voie à la revendication de toutes les œuvres qui proviendraient de ce détournement.

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Les acteurs de la succession

La famille d’Henri Matisse a toujours été très unie autour de la défense de son œuvre. Depuis 1990, elle dispose de sa propre société de gestion de droits, aujourd’hui gérée par l’arrière-petit-fils de l’artiste, Georges Matisse. Comme il est le descendant de Pierre Matisse, il représente aussi cette branche dans les procédures en cours pour récupérer le stock que celui-ci avait confié à la maison Lefebvre-Foinet. Wanda de Guébriant a pour sa part la charge des archives de la famille et des authentifications, dont elle s’occupe depuis le décès de Marguerite Duthuit (1894-1982), la fille aînée d’Henri Matisse que celui-ci avait désignée par testament pour administrer l’ensemble de ses droits.

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Droit de réponse

Paris, le 16 février 2018

Mis en cause dans un article consacré à “L’histoire des centaines d’œuvres volées aux héritiers Matisse” et me présentant « au centre des contentieux judiciaires », je souhaite préciser les points suivants :

L’article met l’emphase, dans les titres comme dans les abstracts, sur la commission d’infractions pénales (« œuvres volées», « plainte pour abus de confiance et recel ») et dresse un parallèle direct avec « les vols dont ont été victimes les familles Picasso ou Chagall ». L’article m’impute également personnellement la commission du délit d’abus de faiblesse, puisque j’aurais « fait établir des certificats par Josette Lefebvre au moment où ses facultés étaient déjà atteintes et d’avoir cherché à égarer les recherches ».

Par trois décisions concordantes, détaillées et circonstanciées émanant du juge
d’instruction, de la Chambre de l’instruction de Paris et de la chambre criminelle de la Cour de cassation. aucun élément relatifs aux délits de vol, d’abus de confiance, d’abus de faiblesse ou de recel n’a été retenu contre moi, et je n’ai jamais fait l’objet d’une mise en examen.

Les juridictions pénales ont ainsi successivement et définitivement écarté tout acte
délictueux de ma part après avoir pendant trois années d’instruction entendu de nombreux témoins, effectué des perquisitions et des vérifications bancaires et commerciales. Ces juridictions ont constaté l’absence de toute preuve d’un dépôt et
d’un détournement dans les ateliers Lefebvre-Foinet des œuvres revendiquées par les héritiers Matisse, non sans relever l’imprécision et la fluctuation dans les demandes de ceux-ci, et n’ont pas remis en cause mon entière bonne foi.

En exécution de ces décisions pénales, l’intégralité des dessins et estampes saisis lors de l’instruction ont été restitués à leurs propriétaires respectifs, et j’ai ainsi pu reprendre possession des œuvres m’appartenant.

L’article fait ensuite état d’un arrêt rendu par la Cour d’appel de Versailles au mois d’octobre 2017, frappé de pourvoi en cassation, et dont les motifs sont présentés comme « sévères », envers moi.

Je suis ainsi à nouveau stigmatisé alors même que je ne suis pas partie à ce contentieux civil, ni en première instance ni en appel. puisqu’il oppose les héritiers Matisse à la seule société Rozven, acquéreur de deux gouaches d’Henri Matisse.

Dès lors, ma citation au sein d’un article alléguant de détournements au préjudice des héritiers Matisse me présente injustement comme ayant concouru à la commission d’infractions, ce qui est inexact et démenti par l’ensemble des décisions pénales intervenues, tout en omettant de préciser que je suis tiers au litige civil concernant les héritiers Matisse et une société de droit étranger.

Dans ces conditions, je ne peux admettre sans réagir que soit jeté le discrédit sur mon activité professionnelle, ma probité et ma délicatesse.

Jérôme Le Blay

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Droit de réponse

Paris, le 15 mars 2018

L’article, auquel nous n’avons rien à retrancher ou ajouter, rendait bien compte du non-lieu dont a bénéficié Jérôme Le Blay, au terme d’une instruction qui n’a pu démontrer que ce marchand était au courant que les oeuvres passées entre ses mains avaient pu disparaître d’un entrepôt loué par Pierre Matisse auprès de la maison Lefebvre-Foinet. Il n’a donc jamais été dans notre esprit de prétendre qu’il aurait pu prêter la main à un vol, un abus de confiance ou un abus de faiblesse. Il ne s’en retrouve pas moins aujourd’hui au coeur de la nouvelle procédure de revendication lancée par la famille Matisse.

Jérôme Le Blay fait ainsi erreur quand il affirme qu’aucune preuve n’a été apportée par l’instruction de ce dépôt de centaines d’oeuvres par Pierre Matisse à Paris ou de son détournement. L’existence du dépôt n’a jamais été contestée lors de l’enquête et la juge a bien écrit dans son ordonnance de non lieu rendue en 2014 que « les éléments constitutifs de l’infraction d’abus de confiance paraissaient réunis ». Seulement, le décès de l’ancienne propriétaire de Lefebvre-Foinet sur laquelle se portaient tous les soupçons éteignait l’action publique.

Ce n’est pas nous, mais la cour d’appel de Versailles, dans son arrêt du 19 octobre dernier, qui fait le reproche à Jérôme Le Blay d’avoir « fait établir des certificats » par cette dame « à un moment où ses facultés étaient déjà atteintes et qui sont inexactes au moins sur la date à laquelle les oeuvres ont été déposées ». C’est la cour encore qui considère que « le recours à une société de droit étranger », qu’elle tient pour une « entité de façade animée par M. Le Blay », « était de nature à égarer les recherches », ce qui, à ses yeux, « suffit à exclure toute possession de bonne foi ». Il convient donc désormais d’attendre les résultats de la nouvelle procédure lancée à son encontre notamment par la famille concernant les centaines d’oeuvres encore en circulation.

Vincent Noce

Retrouvez dans l’Encyclo : Henri Matisse Fauvisme

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