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Lee Krasner en 2 minutes

En bref

Épouse de Jackson Pollock, artiste génial mais torturé, Lee Krasner (1908–1984) n’en a pas moins construit sa propre trajectoire de peintre. Sa place dans l’histoire de l’abstraction américaine a été largement revalorisée depuis les années 1980, après avoir longtemps été considérée comme un épigone de Pollock. Lee Krasner a d’ailleurs joué un rôle fondamental dans la réussite de son mari. Abstraite ou non-objective, son œuvre est marquée par son désir de couleurs et sa grande culture des avant-gardes européennes. Veuve et amoindrie par un anévrisme en 1963, elle utilisera sa main gauche pour peindre, faisant preuve d’une exceptionnelle résilience.

Lee Krasner en 1953
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Lee Krasner en 1953

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© Tony Vaccaro / Bridgeman Images

Elle a dit

« J’ai peint avant Pollock, pendant Pollock, après Pollock. »

Sa vie

D’origine juive, la famille de Lee Krasner a posé le pied sur le sol américain en 1905. Elle fuyait le climat délétère et antisémite de l’actuelle Ukraine (alors territoire russe). Lee (Lena, de son véritable prénom) naît trois ans plus tard, à Brooklyn.

Dans les années 1920, la jeune fille se lance dans des études artistiques. Elle s’instruit notamment à l’Art Students League et à la National Academy of Design de New York. L’enseignement académique ne la convainc pas, Lee s’intéressant davantage aux artistes d’avant-garde européens tels que Piet Mondrian ou au mouvement surréaliste. Elle gagne sa vie en tant que décoratrice dans le monde de la mode.

Lee Krasner participe dans les années 1930 au Federal Art Project, un programme de soutien à la création contemporaine dans le cadre du New Deal. Il invite les artistes à travailler pour l’État en créant des affiches, des œuvres et des fresques murales. Cette participation lui permet de rencontrer de nombreux artistes, dont Mark Rothko.

Alors qu’elle est proche de l’héritage cubiste et débute un travail lyrique abstrait, Lee rencontre Jackson Pollock en 1941. Tous deux commencent à exposer ensemble et se marient quatre ans plus tard. Le couple vit une relation tumultueuse, en grande partie en raison du caractère instable de Pollock et de son alcoolisme.

Lee Krasner n’a jamais été un épigone de Jackson Pollock, une simple suiveuse. Bien au contraire, elle a toujours résisté à l’ascendant de son mari, qu’elle considérait comme un génie. Il semblerait même que ce soit l’influence de Lee qui ait été déterminante dans la technique développée par Pollock, le dripping.

La fortune critique de Lee Krasner a émergé plus lentement que celle de Pollock. Cela est notamment dû au fait qu’elle exposait peu. Ce n’est finalement qu’après la mort de Pollock, tué dans un accident de voiture en 1956 alors qu’elle se trouvait en Europe, que son talent personnel fut reconnu à part entière. Son œuvre se caractérise par une perpétuelle volonté de réinvention et la création d’importantes séries (notamment les Little Image Paintings à la fin des années 1940, ou les Primary dans les années 1960).

Lee Krasner avait une affection particulière pour la technique du collage, qu’elle a toujours utilisée et qui lui permettait de remployer certaines œuvres (elle en détruisait beaucoup). La fin de sa carrière est marquée par un retour à des thèmes empruntés à la nature et une plus grande sérénité. Elle vit alors à New York et se remet d’un accident vasculaire qui a failli lui coûter la vie. En 1973, le Whitney Museum of Art lui consacre une grande exposition, avant de plus importantes rétrospectives aux États-Unis dans les années 1980. Elle décède en 1984, à l’âge de 75 ans.

Ses œuvres clés

Lee Krasner, Composition
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Lee Krasner, Composition, 1943

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Huile sur toile • 76,5 × 61,6 cm • Smithsonian American Art Museum, Washington • © Smithsonian American Art Museum, Washington, DC, Dist. RMN-Grand Palais / image SAAM © ADAGP, Paris

Composition, 1943

 Alors qu’elle vient de rejoindre le groupe des abstraits américains, Lee Krasner marque toujours son admiration pour l’héritage du cubisme et du néoplasticisme. L’artiste fait référence au monde réel, tout en peignant une réalité non-objective. Elle développe une prédilection pour le thème des natures mortes.

Lee Krasner, Night Creatures
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Lee Krasner, Night Creatures, 1965

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Acrylique sur papier • 76,2 × 108 cm • The Metropolitan Museum of Art, New York • © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA © ADAGP, Paris

 Night Creatures, 1965

Cette œuvre sur papier, d’une incroyable densité, fait apparaître des formes en mouvement. Abstraite, elle semble être l’expression d’une tempête émotionnelle. Lee Krasner a toujours soutenu que son art ne pouvait être séparé de sa vie, elle le considérait même comme un témoignage autobiographique. Après la mort de Pollock, l’artiste a connu une décennie difficile, marquée par des insomnies récurrentes et une dépression latente qui ont nourri son œuvre.

Lee Krasner, Palingénèse (Palingenesis)
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Lee Krasner, Palingénèse (Palingenesis), 1971

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Huile sur toile • 208,3 × 340,4 cm • Pollock-Krasner Foundation, New York • © Charlie J Ercilla / Alamy / Hemis © ADAGP, Paris

  Palingénèse (Palingenesis), 1971

Cette œuvre de très grand format témoigne de l’admiration que portait Lee Krasner aux avant-gardes européennes, et tout particulièrement à la figure de Matisse. Les formes abstraites découpées dans l’espace (mais qui évoquent largement un univers végétal), les larges aplats de couleurs complémentaires et francs, produisent un effet décoratif particulièrement saisissant. Le titre de l’œuvre n’est pas choisi au hasard puisqu’il signifie renaissance, mais aussi régénération.

Par • le 15 mars 2021

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