Né à New-York après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement de l’expressionnisme abstrait se distingue entre deux branches : les tenants de l’action painting et ceux du colorfield. Les uns s’expriment par le geste (Jackson Pollock), les autres par la couleur (Mark Rothko). Willem de Kooning, sans appartenir à l’une de ces catégories, en est également une figure majeure. La question de l’influence des courants modernes européens – l’expressionnisme allemand, le cubisme, l’abstraction lyrique – sur cette mouvance proprement américaine est discutée. Il marque quoi qu’il en soit une forme de rivalité artistique entre les scènes artistiques du Paris et du New York d’après-guerre.
Willem de Kooning, Orestes, 1947
Huile, émail et collage de papier sur papier marouflé sur carton • 61,3 × 91,8 cm • © Christie’s / © The Willem de Kooning Foundation / Adagp, Paris
« Une peinture n’est pas la représentation d’une expérience, c’est une expérience. » Mark Rothko
Les années 1930 posent le cadre d’un contexte favorable à l’émergence d’une école moderne américaine. En 1929, le Museum of Modern Art ouvre ses portes à New-York. En 1933, le président Roosevelt crée un programme de soutien aux artistes. En 1936, une grande exposition au MoMA célèbre le cubisme et l’abstraction. Durant la guerre, de nombreux maîtres de l’art moderne européens en exil se sont également installés aux États-Unis.
Tous ces éléments favorisent l’émergence d’une scène abstraite américaine, en rangs dispersés, qualifiée en 1946 par le critique Robert Coates d’ « expressionnisme abstrait ». Abstrait, car ces artistes rejettent la figuration traditionnelle, et expressionnisme, car ils cultivent une force d’expression très puissante, qui s’incarne par le travail de la matière, de la couleur et de la gestuelle. Nommés les « irascibles », ils forment un groupe d’artistes révolutionnaires, mais hétérogène, composé de fortes personnalités telles que Jackson Pollock, Willem de Kooning et Mark Rothko.
Il s’agit de l’un des deux courants de l’expressionnisme abstrait américain, bien identifié à partir de 1950 par le critique d’art Harold Rosenberg. Ce courant réunit des artistes tels que Jackson Pollock, Lee Krasner, Willem de Kooning ou Robert Motherwell. Pollock est la tête d’affiche de ce courant qui n’est lié par aucun manifeste. Posant la toile directement au sol, il projette la peinture à l’aide de la technique du dripping et utilise des couleurs industrielles. Son œuvre magnifie la gestualité de l’artiste, l’implication du corps de l’artiste dans l’art, une expression directe. Le sujet de l’œuvre n’est plus une histoire, un récit, mais l’acte même de peindre.
Second courant de l’expressionnisme abstrait, le colorfield réunit des artistes qui travaillent l’espace pictural à l’aide de grands aplats de couleurs, sur des formats généralement monumentaux. Le critique Clement Greenberg est leur exégète. Les principaux représentants de ce style sont Mark Rothko, Clyfford Still ou Barnett Newman. Leurs œuvres cultivent la planéité, le refus de la profondeur, et une certaine puissance méditative.
Jackson Pollock, Painting (Silver over Black, White, Yellow and Red), 1948
Peinture sur papier marouflé sur toile • 61 × 80 cm • Coll. Centre Pompidou, Mnam, Paris • © 2023 The Pollock-Krasner Foundation / Artists Rights Society (ARS), New York, Adagp, Paris 2024
Cette œuvre est l’une des premières que Pollock expose dans une galerie d’art en 1948. Il s’agit d’un all-over très représentatif de son style : direct, sans esquisse, reposant sur l’engagement total du corps de l’artiste qui projette la peinture sur la toile posée à même le sol. Des fils de peinture recouvrent l’intégralité de l’espace pictural. Devenu complexe, celui-ci capture le regard sans lui imposer de direction.
Lee Krasner, Untitled, 1964
Feutre, pastel et acrylique sur papier • 56,5 × 77,2 cm • Coll. MoMA, New York • © 2023 The Pollock-Krasner Foundation / Artists Rights Society (ARS), New York, Adagp, Paris 2024
Pionnière de l’expressionnisme abstrait au coté de Jackson Pollock, dont elle fut l’épouse, Lee Krasner utilise elle aussi une peinture épaisse, à peine sortie du tube, et déposée sur la toile ou le papier. L’artiste a toujours défendu l’existence d’un sujet ou d’une symbolique qui demeurerait comme caché, presque indéchiffrables, au cœur de l’expression abstraite. L’artiste, décédée en 1984 (soit bien après nombre de ses homologues) a fait largement évoluer son style de manière plus libre à partir des années 1960.
Mark Rothko, No. 3/ No. 13 (Magenta, Black, Green on Orange), 1949
Acrylique sur toile • 216,5 × 164,8 cm • Coll. MoMA, New York • Digital Image © 2011 MoMA, N.Y.
Mark Rothko adopte une expression purement non-figurative à partir de 1949. Adepte des grands formats, il aborde l’espace pictural par le prisme de la couleur, posée en aplats, et niant toute profondeur. Ses toiles sont structurées par des rectangles superposés, de différentes tailles, jouant avec les contrastes entre luminosité et obscurité. Rothko, qui n’impose aucun symbolisme mais conduit le spectateur à expérimenter ses propres sensations et sentiments, est considéré comme la figure de proue du courant du colorfield.
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