Article réservé aux abonnés
Le pavillon France, sauvé par la belle architecture du duo Coldefy+Carlo Ratti Associati.
© Photo Julien Lanoo
Avant d’aller visiter une Exposition universelle, on rêve d’œuvres hallucinantes, de propositions scientifiques révolutionnaires, d’idées stimulantes… Et on en revient souvent très désappointé ! En 1851, la première Exposition universelle (« The Great Exhibition ») eut lieu à l’initiative du prince Albert (époux de la reine Victoria) au Crystal Palace, à Londres, avec l’objectif de célébrer l’industrie, la technologie et l’artisanat mondial.
Elle connut un tel succès qu’elle donna forme au concept d’Exposition universelle : tous les cinq ans, un rassemblement d’architectures et de pavillons éphémères conçus spécifiquement par des pays du monde entier pour exposer leurs innovations culturelles, industrielles et scientifiques. La France et Paris marquèrent profondément cette histoire avec l’Exposition de 1889 (centenaire de la Révolution) et sa tour Eiffel, ainsi qu’avec celle de 1900 et son Grand Palais, son Pont-Neuf et ses 50 millions de visiteurs.
À Osaka, le 13 avril dernier, jour de l’inauguration du Pavillon France des architectes Thomas Coldefy et Carlo Ratti, le public est au rendez-vous. Il faut faire la queue pendant plusieurs heures, bien qu’on y attende moins de 9 millions de visiteurs, quand l’Exposition universelle de 1970 en avait attiré 64 millions !
Le reste du parcours est ennuyeux et évoque une France patrimoniale et vieillotte.
La façade monumentale en cuivre rosé, qui évoque une scène ouverte avec ses grands drapés textiles, séduit d’entrée. En revanche, à l’intérieur, le contenu – vide de sens bien que très bien scénographié – de l’exposition « Un hymne à l’amour » ne convainc pas (voire rebute) au vu de l’omniprésence des espaces dédiés aux sponsors.
LVMH, qui a contribué à hauteur de 7 millions d’euros au budget total de 58 millions (financé à 70 % par l’État), y occupe trois espaces majeurs, dont deux consacrés à des malles Vuitton et un autre à Dior, avec une pléiade de robes blanches. Le comité des vins d’Alsace, autre financeur, a quant à lui suspendu une gigantesque grappe de raisin…
On aurait aimé plus de subtilité, à l’image du mécène Axa, qui a financé le film d’une magnifique chorégraphie d’Angelin Preljocaj sur un toit-terrasse du Centre Pompidou, avec un son planant composé par Rone et l’Ircam. Le reste du parcours, parsemé de mains de Rodin ou de maquettes de monuments comme le Mont-Saint-Michel, est ennuyeux et évoque une France patrimoniale et vieillotte.
Où est la création scientifique, artistique, culturelle ? Nulle part. Et si l’objectif, comme pour la majorité des quelque 160 pays participants, était non de valoriser des idées et des savoirs nouveaux, mais de faire la promotion touristique de la France, il est loin d’être atteint, comme le souligne l’affligeante et minuscule boutique qui vend des porte-clés de tour Eiffel ! On retiendra cependant la beauté du bâtiment et l’aménagement design des espaces protocolaires créés par José Levy.
En matière de promotion touristique, les Américains tirent leur épingle du jeu avec une architecture magistrale et un spectacle kitsch donnant à voir un pays d’avant l’ère Trump, tolérant, mélangeant toutes les cultures et faisant la part belle à la conquête spatiale. Le pavillon le plus réussi est sans doute celui de l’Arabie saoudite, conçu par Norman Foster, qui présente une succession de grandes vidéos sur les projets phares du pays (Al-Ula, Neom…) ainsi qu’une série de concerts live et, contrairement à la France, une vaste boutique élégante pourvue d’objets artisanaux splendides.
À côté des pavillons des pays riches, deux halles accueillent les États plus modestes avec une ribambelle de petits stands touristiques desquels la proposition ukrainienne se démarque nettement : sous le titre provocant « Not for Sale », l’Ukraine présente 18 objets du quotidien (jouet d’enfant, casque endommagé d’ouvrier d’une centrale électrique…), symboles d’un pays qui résiste et continue à vivre en dépit de la guerre.
Avec 15 000 tonnes de cèdre, pin et cyprès du Japon, le Grand Ring est majestueusement aérien avec un jardin en son sommet.
Que retiendra-t-on d’Osaka 2025 ? Sans doute le Grand Ring créé par Sou Fujimoto Architects, structure en bois de 1,9 km de circonférence, 30 m de large et 20 m de haut qui entoure la totalité de l’Exposition et sur laquelle on peut marcher et flâner. Inscrite au Livre Guinness des records car c’est la plus grande structure en bois jamais réalisée, avec 15 000 tonnes de cèdre, pin et cyprès du Japon, elle est majestueusement aérienne, avec un jardin en son sommet qui semble flotter et offre des vues à couper le souffle.
On retiendra aussi que si les Expositions universelles attirent de moins en moins de public, c’est sûrement parce qu’elles manquent d’audace et se sont éloignées de leur concept fondateur – être des lieux de découverte, d’excellence et de recherche – pour devenir de grandes foires touristiques.
Expo 2025 Osaka
Du 13 avril 2025 au 13 octobre 2025
Île artificielle de Yumeshima, Osaka • Osaka
www.expo2025.or.jp
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutiqueÀ lire aussi
QUIZ
ARTIPS Reconnaissez-vous ces chefs-d’œuvre de l’Antiquité ? _ re Testez vos connaissances et défiez vos amis !_
DOSSIER
TEST ! Ses chefs-d’œuvre, son histoire, ses plus belles salles… Tout pour préparer sa visite au musée du Louvre
Abonnés
LA CHRONIQUE DE NICOLAS BOURRIAUD
« Face aux galeries hors sol, aux Shein de l’art contemporain, les petites échoppes intelligentes ont une carte à jouer » en RW