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Dans l’atelier de moulage du GrandPalaisRmn, dernières retouches sur “Psyché ranimée par le baiser de l’Amour” d’Antonio Canova, 2025
© Edouard Monfrais-Albertini pour BeauxArts.com
Ce matin-là, le soleil dardait ses rayons sur Saint-Denis. Comptez dix minutes de marche depuis la station Front populaire jusqu’à un immeuble des années 1970 qu’occupent les ateliers du GrandPalaisRmn. À gauche, en haut de quelques marches, l’atelier de chalcographie nous sourit. À droite, se déploie l’atelier de moulage qui, depuis deux siècles, participe à la diffusion des collections nationales.
Et pour cause ! C’est là que furent reproduites les quatre œuvres du Louvre et du Vatican qui seront montrées devant le pavillon français de l’Exposition universelle d’Osaka 2025 (du 13 avril au 13 octobre 2025). Cette présentation, fruit d’un partenariat entre la Cofrex (Compagnie française des expositions, chargée d’organiser et de valoriser la participation de l’Hexagone aux Exposition universelles, ndlr) et le GrandPalaisRmn, aura pour thème « L’Hymne à l’amour ».
« Notre principal outil, c’est la main. »
Alexia Cesca
Un peu d’histoire avant toute chose. La création de cet atelier date de 1794 et coïncide avec la conversion du Louvre en musée. L’objectif, à l’époque, était de dupliquer les trésors antiques exposés à Rome, afin que les artistes français puissent s’en inspirer. Il faut attendre un siècle pour que la Réunion des musées nationaux n’en reprenne la gestion, en 1895. Après plusieurs déménagements – deux au XIXe siècle, rive gauche et rive droite, puis un au Trocadéro au XXe siècle –, ce temple de la reproduction artistique s’est installé en 1997 en face d’une cristallerie, dans un bâtiment à moitié vide de La Plaine Saint-Denis, alors à l’état de friche industrielle.
Polissage et retouche des imperfections après le démoulage de la « statue de l’intendant Ebih-Il » du temple d’Ishtar conservé au département des antiquités orientales du musée du Louvre, 2025
© Edouard Monfrais-Albertini pour BeauxArts.com
Les ateliers du GrandPalaisRmn couvrent 3 500 m2, mais ce sont les activités liées au moulage qui dominent cette surface. Le jour de notre visite, trônait dans l’entrée, le double de Psychée ranimée par le baiser de l’Amour (1793). Le marbre original est signé du sculpteur italien Antonio Canova. C’est la seule œuvre pour Osaka qui ait été reproduite à partir d’une impression 3D chargée de marbre. Les trois autres — Mercure enlevant Psyché (vers 1593) d’Adriaen de Vries, Aphrodite dite type Vénus Génitrix (réplique romaine d’un prototype grec disparu au Ve siècle), et Apollon du Belvédère (copie romaine d’après un bronze grec du IVe siècle avant J.-C.) — avaient déjà été moulées par le passé.
Un peu plus loin, deux salles se font face. Dans la première, appelée l’étuve, on sèche les plâtres ; dans la patine, on prête à ces derniers l’aspect d’un autre matériau, tel que le marbre ou le bronze. Au bout du couloir, un monte-charge facilite le transport des grands formats d’un étage à l’autre. À gauche, se profile l’atelier d’emballage. À droite, se révèle un vaste atelier de production, où plusieurs mouleurs-statuaires s’activent, pinceau à la main, seaux et spatules à proximité, dans un joyeux bazar.
Stockage des moules. Chaque moule est unique, 2025
© Edouard Monfrais-Albertini pour BeauxArts.com
« Notre principal outil, c’est la main », explique Alexia Cesca, qui était en train d’enduire une petite pièce de silicone, technique développée dans les années 1970 pour prendre l’empreinte d’un plâtre ou d’un original. Au XIXe siècle, on utilisait plutôt de la gélatine de bœuf, qui sèche vite mais casse tout aussi facilement. Au moment où il évalue les formes à saisir, réfléchit à sa gestuelle, pèse les pour et les contre d’une méthode en particulier, le praticien « raisonne » son moule, celui-là même qui permettra ensuite de tirer un modèle en un ou plusieurs exemplaires.
L’art du moulage n’est pas sans risque, pour le professionnel comme pour l’objet travaillé. Attention aux entorses, aux coupures, aux gouttes d’eau dans l’œil susceptibles d’obstruer la vue. « Même une écharde à l’index peut-être fatale », lance Liza Benoit, du haut d’une échelle, tout en appréciant les volumes de l’Obélisque de Salmanazar III (858–824 avant J.-C.), monolithe de calcaire noir découvert par Austen Henry Layard en 1846 sur le site archéologique de Kalhu, ancienne capitale de l’Assyrie.
Si quelques moules et modèles jalonnent le couloir du rez-de-chaussée, l’étage sert officiellement de réserve. Le site abrite près de 6 000 références, scrupuleusement recensées, du Moïse de Michel-Ange aux Marianne de la République, en passant par La Vénus de Milo. Toutes les époques sont représentées. C’est une véritable encyclopédie des styles de l’Antiquité à nos jours qui s’enrichit, d’année en année, entre ces murs.
Réserve où sont conservés les moulages. L’hygrométrie y est constante, 2025
© Edouard Monfrais-Albertini pour BeauxArts.com
En France, l’atelier est l’un des meilleurs endroits pour apprendre à mouler.
En plus d’entretenir et de restaurer cette collection, l’atelier de moulage du GrandPalaisRmn, édite des tirages à des fins artistiques et pédagogiques. Au XVIIIe siècle, peintres et sculpteurs venaient copier les modèles antiques au Louvre. De même, aujourd’hui, il n’est pas rare que Jeff Koons, JR ou encore Théo Mercier se rendent à Saint-Denis en quête d’inspiration ; tout comme Prune Nourry, en vue de l’exposition « Vénus » qui se tient actuellement à la galerie Templon (jusqu’au 1er mars). « J’ai adoré travailler avec ORLAN. Cette collaboration m’a permis d’intervenir dans le processus de création », raconte Alexia Cesca.
La transmission demeure le but ultime. La maison fournit des écoles d’art internationales. Dans le couloir, se dressaient trois grands modèles en partance pour la Chine. En France, l’atelier est l’un des meilleurs endroits pour apprendre à mouler. Il n’existe pas de cursus à proprement parler pour ce faire, si ce n’est sous forme d’option, peut-être, aux Beaux-Arts de Paris.
Le moulage de « Psyché ranimée par le baiser de l’Amour » d’Antonio Canova dans l’atelier de moulage du GrandPalaisRmn à Saint-Denis, 2025
© Edouard Monfrais-Albertini pour BeauxArts.com
Du coté des musées, il s’agit de pouvoir exposer une collection sans risquer d’endommager les originaux fragiles, de développer la médiation en montrant des répliques, de restaurer ou de redonner vie à une œuvres disparues grâce à des moules existants. On doit la plupart des statues, bas-reliefs et bustes présentés dans les jardins de Versailles à l’atelier de moulage du GrandPalaisRmn.
Dernière mission, et non des moindres : faire rayonner le patrimoine français à l’échelle mondiale. Ce sera le cas dans le cadre de l’Exposition universelle d’Osaka 2025. La présentation prévue aux abords du pavillon français se verra augmentée, dans la continuité de l’événement, d’une dizaine de reproductions (la Vénus de Milo, l’Antinoüs du Capitole, l’Hermaphrodite endormi…), donnant ainsi lieu à une exposition itinérante du nom de « Coup de foudre », dont les étapes demeurent en cours de réflexion. Un hymne à l’excellence des savoir-faire français.
Pavillon de la France
Exposition universelle d'Osaka 2025
Du 13 avril au 13 octobre 2025
Pour plus d’informations, consultez le site du pavillon français à Osaka.
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