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Affiche officielle des Jeux olympiques d’été de Londres 1948 (détail)
© The Advertising Archives Bridgeman Images
Des équipements sportifs flambant neufs, la stupéfiante Grande Nef Lucien-Belloni de l’île Saint-Denis enfin restaurée, un Village des athlètes entièrement sorti de terre, ponctué d’œuvres signées Laurent Grasso, Ugo Schiavi, Miguel Chevalier ou Nathalie Junod Ponsard, et une première séquence de gares du Grand Paris formant l’écrin d’une nouvelle collection d’œuvres d’art dans l’espace public, créées par Eva Jospin ou Abdelkader Benchamma…
Pensés pour s’inscrire dans la durée, les Jeux olympiques de Paris ont déjà gravé leur héritage dans la pierre. Mais que légueront-ils aux arts, quand l’Olympiade culturelle est si touffue qu’elle en est illisible ? D’autant que le plus grand secret est gardé autour de la cérémonie d’ouverture, pilotée par le talentueux Thomas Jolly, avec, dans le rétroviseur, la stupéfiante performance qu’avait conçue Philippe Decouflé pour les Jeux d’hiver d’Albertville en 1992.
Ugo Schiavi, Euphoria (détail), 2023–2024
L’une des œuvres inédites et pérennes créées pour le Village olympique
Moulage en plâtre • Photo David Giancatarina / © Ugo Schiavi / ADAGP, Paris 2024
Depuis leur relance par le baron Pierre de Coubertin en 1896, les Jeux ont toujours comporté une dimension artistique. Cette année-là, l’artiste Émile Gilliéron (1850–1924), Suisse installé en Grèce où il est dessinateur sur les plus grands chantiers de fouilles de l’époque, est nommé artiste officiel de l’événement, pour lequel il crée affiches, cartes postales et coupes dans l’esprit antique. En 1904, le baron, voulant allier « le muscle et l’esprit », souhaite aller plus loin et restaurer le caractère artistique des Jeux, convaincu de leur portée esthétique.
Dès 1908, décision est prise d’adjoindre des concours artistiques aux compétitions athlétiques. Cinq disciplines sont concernées : architecture, sculpture, peinture, littérature et musique. Ces épreuves parallèles ne verront le jour, dans la douleur, qu’en 1912, aux Jeux de Stockholm. Et seront un vrai flop : le prix de littérature est attribué à des inconnus, Georges Horhod et Martin Eschbach… pseudonymes de Coubertin lui-même. En peinture, le rameur Ferdinand Gueldry, pourtant talentueux, participe sans gagner, devancé par l’illustrateur Carlo Pellegrini, que la postérité n’a guère retenu…
Brève parue dans l’édition du Figaro du 4 Juin 1924
© BnF, Paris
C’est en 1924, à Paris, que l’initiative suscite la plus forte effervescence avec, en plus des concours, l’organisation de plusieurs expositions au Grand Palais ou au Louvre, mais aussi d’un vaste programme de spectacles dans les grands théâtres parisiens. Toute ressemblance avec l’Olympiade culturelle de Paris 2024 n’est pas fortuite. En parallèle, 193 artistes participent aux concours d’art. La médaille d’or de peinture est attribuée à Jean Jacoby, que tout le monde a aujourd’hui oublié. À partir de 1928, les distinctions ne sont même plus décernées dans toutes les disciplines, faute de propositions satisfaisantes. En 1948, moribonds, les concours d’art, qui auront pourtant distribué au total 145 médailles, sont officiellement supprimés et remplacés par un programme d’expositions ou des commandes d’affiches à des artistes.
Les organisateurs des Jeux de 2024 ne sont pas allés jusqu’à restaurer ces concours. De sa propre initiative, le Mobilier national a commandé une grande tapisserie à la dessinatrice Marjane Satrapi, qui sera installée sous la loggia de l’hôtel de la Marine le temps des Jeux, avant de rejoindre les collections du musée national du Sport de Nice. Depuis quelques années, le Comité international olympique passe lui aussi commande à un artiste pour créer une œuvre pérenne dans la ville hôte, après avoir lancé un programme d’art temporaire (les œuvres monumentales de JR pour les Jeux de Rio 2016 et l’installation Ball Game de Leandro Erlich pour les Jeux olympiques de la Jeunesse de Buenos Aires 2018). Après Xavier Veilhan à Tokyo (The Audience), c’est l’Américaine Alison Saar, connue aux États-Unis pour ses œuvres féministes, qui livrera une sculpture dont la forme et l’emplacement ne seront révélés qu’en juin. Maigre héritage.
Jean Jacoby, À gauche, « Rugby », à droite, « Corner », 1928
À gauche : © PETER, Grégoire / À droite : © Comité International Olympique (CIO) / PETER, Grégoire
Pour les athlètes, il restera toujours les précieuses récompenses, pour lesquelles le meilleur des savoir-faire français aura été mobilisé : médailles conçues par les artisans de la maison Chaumet (filiale de LVMH, principal sponsor) et fabriquées par la Monnaie de Paris, vases de Sèvres dessinés par six jeunes artistes des Beaux-Arts de Paris sur le modèle de la coupe de 1924… De quoi remplir les placards à trophées.
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