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Illustration extraite de « Trafic d’œuvres d’art. Enquête au cœur de l’OCBC », 2025
Écrit par Luc Larriba / Illustrations de Laure Fissore • © Éditions de La Martinière / Laure Fissor
C’est la première fois qu’un livre est consacré à l’OCBC. Comment s’est déroulée votre enquête ?
Luc Larriba : Ce sujet m’interpelle depuis 20 ans et j’avais très envie d’intégrer l’OCBC. Cet office de police est très intéressant car il allie l’enquête, l’aspect mondial et la répression. J’ai donc pris contact avec des anciens de l’office, puis j’ai rencontré le colonel Hubert Percie du Sert avec qui j’ai discuté du projet du livre, qui s’inscrit dans le cadre des célébrations du cinquantenaire de l’OCBC. Pendant plus d’un an et demi, je me suis régulièrement rendu dans leurs bureaux et ai énormément échangé avec les enquêteurs. Sous couvert du protocole judiciaire, j’ai aussi eu la possibilité d’aller sur certaines opérations. Tout ce qui figure dans le livre est inspiré de faits réels.
Quand et pourquoi l’OCBC a-t-il été créé ?
L’OCBC a été créé en 1975. Auparavant, il n’existait en France aucun cadre pour lutter contre le trafic de biens culturels. Or, à cette époque, on assistait à une recrudescence d’œuvres volées, essentiellement dans les églises et les châteaux. L’office n’était initialement composé que de policiers, puis il a été rejoint par des gendarmes. Il s’agit aujourd’hui de l’un des seuls offices en France où ces deux corps travaillent ensemble. L’OCBC compte une trentaine de personnes – des enquêteurs, des administratifs… Deux doctorantes ont aussi rejoint ses rangs, l’une en histoire de l’art et l’autre en droit.
Luc Larriba en 2022
© Pierre Perusseau / Jack Tribeca / Bestimage
Quelles sont les principales missions des enquêteurs ?
Deux mots reviennent souvent : la stratégie et l’opérationnel. Ils mènent des enquêtes de terrain, des filatures… mais les enquêteurs font aussi beaucoup de travail de recherche dans les bureaux, de la veille sur Internet, par exemple sur des sites de maisons de ventes. Ils peuvent parfois traiter plusieurs dossiers dans la même semaine, voire la même journée. Par ailleurs, certaines affaires peuvent s’étendre sur plusieurs mois, et d’autres sur seulement une semaine avant de passer du côté de la justice.
Quel est le profil des enquêteurs ? Une formation en histoire de l’art est-elle requise ?
Non, car ce qui compte surtout, c’est la procédure judiciaire. Les enquêteurs viennent de la brigade criminelle, de l’office spécialisé dans le trafic de stupéfiants, de la BRI, de la gendarmerie… Certains ont une vraie appétence pour l’art, d’autres s’en découvrent une. Ils ont parfois des formations ponctuelles, par exemple avec l’Institut national du patrimoine.
De quelle manière commence une enquête ?
Cela peut débuter par la découverte, par un enquêteur, d’un objet sur une brocante, ou par une information donnée par un agent de renseignement, par une plainte pour vol… Comme le trafic de drogue ou le trafic d’armes, le trafic de biens culturels a une dimension internationale. Les enquêteurs collaborent donc aussi régulièrement avec Europol et Interpol, où des interlocuteurs facilitent les discussions entre les différents pays.
Interpol possède une base de données d’œuvres volées, un peu comme celle qui concerne les grands criminels.
Illustration extraite de « Trafic d’œuvres d’art. Enquête au cœur de l’OCBC », 2025
Écrit par Luc Larriba / Illustrations de Laure Fissore • © Éditions de La Martinière / Laure Fissor
Exactement. Chacun peut y accéder après avoir rempli une demande d’accréditation en ligne. Europol dispose lui aussi d’une base de données, qui est directement consultable en ligne. En France, les enquêteurs de l’OCBC utilisent la base Treima, qui est très sophistiquée car elle s’appuie aussi sur l’intelligence artificielle.
Il existe aussi des personnes qui, un peu comme des Indiana Jones de l’art, se lancent à leur compte à la recherche d’œuvres disparues. Quel regard porte l’OCBC sur ces démarches individuelles ?
J’ai effectivement connaissance de cabinets privés sollicités par des particuliers, mais ils n’auront jamais les moyens que l’OCBC a à sa disposition. Je ne pense pas que l’office les considère comme une épine dans le pied : il y a tellement d’affaires que les enquêteurs ne peuvent pas toutes les traiter.
Y a-t-il une affaire qui vous a particulièrement marqué pendant votre enquête ?
Il existe un phénomène dont j’ignorais jusqu’ici l’ampleur : le détectorisme, autrement dit le pillage avec détecteur de métaux. C’est une pratique très répandue en Europe, les sols y étant très riches. Elle fait beaucoup de dégâts car elle peut servir à alimenter d’autres trafics comme le trafic de drogue ou le trafic d’armes.
Votre enquête s’appuie d’ailleurs sur un constat : le trafic de biens culturels est l’un des trafics les plus importants au monde avec celui des armes et de la drogue.
D’après l’UNESCO, le trafic des biens culturels est le troisième trafic mondial après la drogue et les armes. Il est aussi important parce qu’il prend différentes formes. Il peut être lié à un simple vol chez un particulier, à un pillage en France ou à l’étranger, à du blanchiment d’argent, à de la spoliation…
Illustration extraite de « Trafic d’œuvres d’art. Enquête au cœur de l’OCBC », 2025
Écrit par Luc Larriba / Illustrations de Laure Fissore • © Éditions de La Martinière / Laure Fissor
Entre le trafic d’œuvres et les trafics de drogue et d’armes, c’est très poreux. Les gens achètent de la drogue puis la revendent, ce qui leur donne la possibilité d’acquérir des armes pour mieux structurer leur réseau. Acheter de l’art permet de blanchir l’argent lié à ces trafics. L’avantage d’une œuvre est qu’il ne s’agit pas un produit illicite. On peut passer les douanes sans être contrôlé..
Trafic d’œuvres d’art. Enquête au cœur de l’OCBC
Par Luc Larriba / Illustrations de Laure Fissore
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