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Ludwig Kirchner en 2 minutes

En bref

Acteur majeur de l’expressionnisme allemand, Ludwig Kirchner (1880–1938) n’eut pas une vie de tout repos ! Principal animateur du groupe Die Brücke, formé à Dresde, l’artiste est en rupture avec la société bourgeoise, en quête d’une expression brute et sauvage. Marqué par la guerre, qu’il voit comme une expérience mystique, Kirchner (considéré comme un peintre dégénéré par les Nazis) sombre dans la folie et finit par écourter sa vie.

Ludwig Kirchner, Autoportrait
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Ludwig Kirchner, Autoportrait, 1919

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Photographie • 45 × 55 cm • © Alamy / Hemis / Archivio GBB

Il a dit

« Un peintre peint l’apparence des choses, pas leur exactitude objective. En fait, il crée de nouvelles apparences de choses. »

Sa vie

Né en Bavière, Kirchner débute sa carrière en étudiant l’architecture à Dresde. Il est issu d’une famille aisée, son père étant ingénieur-chimiste. Kirchner obtient son diplôme d’architecte, mais sa véritable ambition est de devenir peintre.

Le jeune homme se lie avec des artistes de sa génération. Aux côtés de Fritz Bleyl, Erich Heckel et Karl Schmidt-Rottluff, il fonde le groupe Die Brücke (Le Pont) en 1905–1906. Leur style est brut, archaïque, leurs couleurs fauves. Les lignes de composition sont heurtées, les figures anguleuses. L’art médiéval et les fétiches primitifs les fascinent (grâce à l’ouverture du musée ethnographique de Dresde en 1912). Tous contribuent à rénover l’art de la gravure sur bois. Mais le groupe est dissous en 1913, avant la déclaration de la Grande Guerre.

Expressionniste, Kirchner désire manifester son ressenti intérieur. Il appartient à une génération en proie à un sentiment de révolte face à l’empire de Guillaume II, au conformisme bourgeois. La quête de Kirchner est de revenir vers une authenticité disparue, vers la nature et une vie plus communautaire. En 1911, le peintre s’installe à Berlin et tente brièvement de fonder une école d’art moderne. Il peint des scènes de rue, rencontre Erna Schilling qui devient sa compagne. Régulièrement, le couple s’échappe de la ville. Kirchner a une vision mystique de l’art, qu’il considère comme la dissolution du soi (sich entselbsten), un moyen d’accès à l’universalité. L’artiste écrit également un certain nombre d’articles sous le pseudonyme de Louis de Marsalle.

Kirchner est une personnalité instable, fragile. Lorsque la guerre éclate, il se trouve en vacances sur les bords de la mer Baltique. Kirchner rentre immédiatement à Berlin et est suspecté d’être un espion russe. Mais la guerre a pour lui valeur de mission spirituelle. Kirchner est affecté dans un bataillon d’artilleurs à Halle, en juillet 1915. Il est rapidement identifié comme inapte au combat en raison de son état physique et mental. Après trois mois, il reçoit l’offre de quitter l’armée à condition d’intégrer un sanatorium. Après un séjour dans un établissement de soin, il rentre à Berlin. Nerveux, déprimé, il souffre d’agoraphobie.

Kirchner a recours à des psychotropes (morphine, absinthe…). Il en abuse et se retrouve victime d’un accident de la route. C’est toutefois une période où il crée intensément : il poursuit la série des scènes de rue à Berlin, réalise les décors muraux de l’escalier du sanatorium de Königstein im Taunus (détruits en 1930), expose à Francfort, avant de retourner au sanatorium de Davos en 1917, où il grave de nombreux bois malgré une période de paralysie.

Dans les années 1920, il découvre la peinture de Picasso et l’architecture de Le Corbusier, rencontre également Paul Klee. L’artiste est présent à la biennale de Venise de 1928.

Considéré comme un artiste dégénéré par les Nazis en 1937, il finit par se suicider l’année suivante.

Ses œuvres clés

Ludwig Kirchner, Femme au miroir
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Ludwig Kirchner, Femme au miroir, 1913 – 1920

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Huile sur toile • 100,5 × 75,5 cm • Coll. Centre Pompidou, Paris • © Alamy / Hemis / Photo Peter Horree

Femme au miroir, 1913–1920

La célèbre Femme au miroir nous rappelle que Kirchner a un goût prononcé pour les mises en scène ambiguës de l’espace et du temps. Le modèle est probablement Erna Schilling, la compagne du peintre mais rien ne donne le sentiment d’un portrait réaliste. Les effets de perspective sont anguleux, le corps traité comme une idole primitive. La tension devient dramatique, accentuée par la couleur bleue intense, tandis que la scène est plutôt anodine et intime. Cette contradiction entre le sujet et sa représentation aboutit à un étrange effet de malaise, coutumier dans l’œuvre de Kirchner.

Ludwig Kirchner, Cinq femmes dans la rue
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Ludwig Kirchner, Cinq femmes dans la rue, 1913

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Huile sur toile • 120 × 90 cm • Coll. Musée Ludwig, Cologne • Photo Wikimedia Commons

Cinq femmes dans la rue, 1913

Ludwig Kirchner a peint une série de toiles sur les rues berlinoises, et particulièrement sur le thème des cocottes, qui semblent ici comme des ombres rôdant, des silhouettes faméliques et angoissantes. Comme à son habitude, l’artiste fait usage d’une palette aux tons brutaux, très contrastés. Les lignes et les formes sont simplifiées. Kirchner est un bon connaisseur de l’art gothique, mais aussi de l’art africain, qui l’inspirent. Les visages de ces passantes ressemblent à des masques, tandis que la ville-métropole apparaît comme un monde à la fois étouffant et anxiogène.

Ludwig Kirchner, Autoportrait en soldat
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Ludwig Kirchner, Autoportrait en soldat, 1915

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Huile sur toile • 69,2 × 61 cm • Coll. Allen Memorial Art Museum, Oberlin College, Ohio • © Allen Memorial Art Museum

Autoportrait en soldat, 1915

En 1915, Ludwig Kirchner peint son autoportrait en soldat mutilé de la main. L’artiste apparaît presque de face, à mi-corps. Il porte l’uniforme du 75e régiment d’artilleurs et un képi à deux cocardes représentant la Prusse et le Reich allemand. Sa main gauche est recroquevillée sur elle-même, comme la serre d’un oiseau de proie. La main droite, celle qui peint, a disparu. Son absence fait écho au vide du regard. Pourtant, le peintre n’a jamais été blessé de guerre et il est alors déjà démobilisé. Une manière, pour lui, de montrer symboliquement la perte de sa créativité ?

Par • le 28 novembre 2022
Retrouvez dans l’Encyclo : Expressionnisme Ernst Ludwig Kirchner

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