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Marie-Guillemine Benoist en 2 minutes

En bref

Elle a fait partie de ce cercle restreint des femmes peintres de la période néoclassique. Marie-Guillemine Benoist (1768–1826) aura connu la Révolution, la Terreur et l’Empire. Élève d’Élisabeth Vigée-Lebrun, célébrité de son époque, puis du grand Jacques-Louis David, cette artiste s’est notamment illustrée en peignant le portrait de Madeleine, une femme noire, sujet éminemment rare à son époque. Un geste fort en faveur de l’égalité et en faveur des femmes, alors que ces dernières n’avaient que très rarement la possibilité d’accéder à une haute reconnaissance dans le monde académique.

Marie Guillemine Benoist, L’artiste, copiant le Bélisaire et l’enfant à mi-corps de David
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Marie Guillemine Benoist, L’artiste, copiant le Bélisaire et l’enfant à mi-corps de David, 1790

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Huile sur toile • 92 × 75 cm • Coll. Staatliche Kunsthalle Karlsruhe • © Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

On a dit d’elle

« Nul ne se soucie d’étudier l’art viril de cette élève de David. » Raymond Escholier

Sa vie

Née parisienne, dans une famille de fonctionnaires, Marie-Guillemine Leroulx de la Ville a eu la chance de trouver en son père son premier soutien, un peu de la même manière qu’ Élisabeth Vigée-Lebrun. C’est d’ailleurs à cette artiste, portraitiste officielle de Marie-Antoinette, que le chef de famille adresse sa fille pour qu’elle se forme à l’art de peindre. Marie-Guillemine n’a alors que 13 ans ! C’est une jeune fille délicate, charmante, qui cultive avec intelligence sa grâce naturelle.

Dans les années 1780, elle commence à présenter des œuvres à l’Exposition de la Jeunesse. La peintre quitte alors l’atelier de Vigée-Lebrun pour gagner celui de Jacques-Louis David, le plus célèbre peintre de son époque, figure de proue du néoclassicisme. Une prouesse car, à l’époque, les jeunes filles n’ont théoriquement pas le droit d’étudier dans l’atelier d’un peintre de l’Académie.  Marie-Guillemine sait aussi se faire muse, puisqu’elle inspire au poète Demoustier le personnage d’Émilie dans les Lettres sur la Mythologie.

Au contact de David, Marie-Guillemine s’enhardit, assombrit sa palette et corse son style. C’est une élève brillante, qui s’essaie à différents genres. La jeune femme n’a pas son pinceau dans la poche et n’hésite pas à détourner les codes de la peinture d’histoire pour mettre en lumière les vertus féminines. Le portrait demeure son domaine de prédilection.

La France entre dans la période si troublée de la Terreur. Marie-Guillemine Benoist vient d’épouser un Anglais, banquier et royaliste… Le couple doit quitter Paris. Pour survivre pendant cette période, l’artiste vend des portraits et des scènes de genre moralisantes.

En 1800, Marie-Guillemine Benoist présente au Salon un portrait qui fait parler d’elle : celui d’une femme noire. Livre-t-elle un soutien manifeste à l’abolition de l’esclavage, actée quelques années auparavant, en soulignant l’importance des femmes ? Sans l’ombre d’un doute. Cette œuvre lui ouvre les portes du succès. En 1803, elle est désignée pour peindre un portrait officiel de Napoléon, puis ceux des membres de sa famille. Grâce à cet appui, l’artiste obtient une pension annuelle du gouvernement et ouvre un atelier pour former des jeunes filles à la peinture.

Dix ans plus tard, en 1814, cette talentueuse femme artiste est contrainte de mettre un terme à sa carrière à la demande de son époux qui s’apprête à exercer des fonctions politiques sous la Restauration. C’est pour elle un déchirement.

Ses œuvres clés

 

Marie-Guillemine Benoist, Les Adieux de Psyché à sa famille
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Marie-Guillemine Benoist, Les Adieux de Psyché à sa famille, 1791

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Huile sur toile • 111 × 145 cm • Coll. particulière

Les adieux de Psyché à sa famille, 1791

Ce tableau d’histoire représente un thème mythologique tiré des Métamorphoses d’Apulée. Dans cette scène pathétique, les parents de Psyché, suivant la prédiction de l’Oracle, s’apprêtent à abandonner leur fille au sommet d’un rocher… où l’attend un monstre. Exposé au Salon de 1791, ce tableau témoigne de la parfaite maîtrise par Marie-Guillemine Benoist des codes du néoclassicisme. L’artiste n’a pas peur de montrer son ambition, et de s’attaquer à un genre habituellement réservé aux peintres masculins.

Marie-Guillemine Benoist, Portrait de Madeleine (Portrait d’une femme noire)
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Marie-Guillemine Benoist, Portrait de Madeleine (Portrait d’une femme noire), 1800

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Huile sur toile • 81 × 65 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Luisa Ricciarini/Bridgeman Images

Portrait d’une femme noire, 1800 

Sa pose n’est pas sans rappeler le portrait de Madame Récamier peint par David ! Mais le modèle est bien différent. Face au spectateur, le regard bien assuré, une femme noire, probablement une esclave affranchie, occupe une place traditionnellement dévolue à la femme blanche. Ce portrait est éminemment sensuel, dévoilant le sein de la jeune fille, dont la peau tranche avec le drapé immaculé. C’est un tableau d’une extrême modernité, les peintres n’ayant par ailleurs pas l’habitude, à cette époque, de peindre des carnations de cette couleur.

Marie-Guillemine Benoist, Pauline Bonaparte, princesse Borghèse
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Marie-Guillemine Benoist, Pauline Bonaparte, princesse Borghèse, 1808

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Huile sur toile • 200 × 142 cm • Coll. Château de Fontainebleau • © RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Daniel Arnaudet / Jean Schormans

Portrait de Pauline Bonaparte,1808

Il s’agit d’un portrait officiel, représentant la sœur de Napoléon, richement vêtue, un éventail à la main. Très décolletée, elle porte une robe propre au style Empire qui revisite l’imaginaire antique. La jeune femme esquisse un timide sourire, et son regard est lointain, comme si elle observait un tiers ou s’échappait dans une forme de rêverie. Les bijoux, tout comme les broderies, sont traités avec une infinie délicatesse et précision.

Par • le 1 mars 2021

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