Le Topo

Mario Merz en 2 minutes

Mario Merz (1925–2003) en bref

Figure emblématique du mouvement italien de l’arte povera, Mario Merz a élaboré une œuvre d’une grande force d’expression autour de quelques motifs récurrents, tels l’igloo, la spirale, la table, la progression numérique, les animaux… Elle témoigne d’une réelle fascination pour les matériaux naturels et leur potentiel à la fois plastique et métaphorique. Mario Merz a marqué l’histoire de l’art par sa subversion des codes et son approche novatrice.

Mario Merz à Schaffhausen en 2000
voir toutes les images

Mario Merz à Schaffhausen en 2000

i

© Avalon / Aurimages

Il a dit

« Quand la forme disparaît, sa racine est éternelle. »

La vie de Mario Merz en quelques dates

Autodidacte, dessinateur et peintre

Mario Merz naît en Italie, à Milan, en 1925. Avant-guerre, le jeune homme se destine à des études de médecine à Turin, avant que ses activités antifascistes – il appartient au groupe Justice et Liberté pendant la Seconde Guerre mondiale – le fassent arrêter en 1945 et anéantissent ses ambitions. C’est dans les prisons mussoliniennes qu’il commence à dessiner et à poser les premiers éléments constitutifs de son art. Souhaitant créer un dessin infini, Mario Merz réalise une forme qui lui permet de ne jamais décoller son crayon de la feuille, inspirée par les boucles poussant sur la barbe de son compagnon de cellule. Le motif de la spirale émerge alors, devenant l’un de ses plus récurrents. En autodidacte, Mario Merz s’adonne à la peinture, dans un style proche de l’art informel, de CoBrA et de l’expressionnisme abstrait. Il élabore un vocabulaire d’images abstraites et de signes inspirés directement de la nature. De cette période, il ne reste pas grand-chose, l’artiste ayant détruit un grand nombre d’œuvres…

Délaisser la peinture pour la sculpture

Très vite, dès le début des années 1960, Mario Merz cherche à s’émanciper de la peinture traditionnelle ; et la toile disparaît au profit d’œuvres en trois dimensions composées de matériaux hétérogènes (feuilles, verre, cire, pierre, vêtements, parapluies, paniers) traversés par des tubes de néon, comme autant de traces énergétiques. L’introduction de ces matériaux organiques et « pauvres » dans ses travaux posent ainsi les bases de son approche artistique ultérieure et présage sa participation au mouvement de l’arte povera.

Énergies et matières brutes

Si Mario Merz n’est pas de la première exposition de l’arte povera – mouvement théorisé par le critique Germano Celant –, à Gênes en septembre 1967, il sera bien présent à la seconde, aux côtés de Giulio Paolini, Gilberto Zorio, Jannis Kounellis, Luciano Fabro, Giuseppe Penone, Alighiero Boetti, Michelangelo Pistoletto et Giovanni Anselmo. Il deviendra l’une, voire la figure la plus emblématique du mouvement. L’année 1968 est déterminante : en Italie, comme en France et dans toute l’Europe, les intellectuels se mobilisent et se radicalisent, et Mario Merz, comme tous les artistes de l’arte povera, s’emparent des questions sociales et des sujets brûlants de l’actualité tout en dénonçant les travers d’une société de consommation naissante.

Igloo, suite de Fibonacci, spirales… L’invention d’un langage plastique

Support de revendication politique autant qu’artistique, le motif de l’igloo apparaît alors dans son œuvre. C’est une forme à grande portée symbolique, qui cristallise tous les grands enjeux du monde. Merz est un artiste métaphysicien, et rêve sans doute d’une forme d’harmonie entre l’homme et la nature. Il est fasciné par la suite de Fibonacci, élaborée au Moyen Âge par un mathématicien originaire de Pise et qui montre que chaque nombre entier est la somme des deux précédents. Elle correspond, selon l’artiste, au « symbole de l’ énergie psychophysique de l’action créatrice », un principe organisateur du monde vivant, qui hante toute son œuvre. Autres éléments clés, la spirale représente l’énergie vitale, tandis que la table symbolise les besoins et les interactions humaines. Ainsi, au fil des années 1960–1970, Mario Merz aura forgé son vocabulaire plastique, un langage original et contestataire, auquel il est resté fidèle tout au long de sa vie. À la fin des années 1970, Mario Merz renoue avec la peinture en se concentrant notamment sur la figure d’animaux mythiques.

Reconnaissance internationale

Mario Merz connaît relativement tôt le succès et une reconnaissance internationale. Il expose partout, en Europe aussi bien qu’aux États-Unis. En France, une grande rétrospective lui est consacrée en 1987 au Centre Pompidou et au CAPC de Bordeaux, tandis que le Guggenheim l’honore d’une rétrospective en 1989. En 2003, l’Association japonaise des arts lui décerne le Praemium Imperiale, l’une des plus importantes distinctions artistiques au monde. Deux ans après le décès de Mario Merz, le 9 novembre 2003, sa fondation ouvre ses portes à Turin.

Ses œuvres clés

L’igloo

Mario Merz, Triplo Igloo
voir toutes les images

Mario Merz, Triplo Igloo, 1984

i

Aluminium, acier, verre cassé, serres et argile • 2,79 × 6,36 m • Coll. MAC, Montréal • © Adagp, Paris, 2025 / Photo Paolo M. Sartor

D’argile, de pierre, de coussins ou de verre, seul ou multiples, parfois agrémenté de néons ou d’autres objets du quotidien, l’igloo se décline à l’infini chez Merz. Immuable et stable, il est à la fois « abri et cathédrale de survivance » – représentant la maison autant que le monde, la tension entre l’intérieur et l’extérieur, le concave et le convexe – et objet de revendication politique. L’igloo reste l’élément majeur de l’œuvre de l’artiste, depuis le premier qu’il a réalisé en 1968 (L’Igloo di Giap), pour dénoncer la guerre du Vietnam, jusqu’aux plus récents. Il rappelle aussi la fragilité de l’inscription de l’homme dans la nature.

Che Fare ?, 1968–1973

Mario Merz, Che Fare?
voir toutes les images

Mario Merz, Che Fare?, 1968–1973

i

Lampes en aluminium, cire et néons • 12,5 × 66,8 × 19,1 cm • Coll. Tate, Londres • © Adagp, Paris, 2025

Avec ses lettres de néon, l’œuvre fait référence au célèbre livre de Lénine publié en 1902 et a souvent été mise en scène par Mario Merz depuis 1968. Si pour Lénine la question « Que faire ? » s’entendait d’un point de vue tactique, pour Merz il est davantage question du rôle de l’artiste dans la société. Ou interrogeant plus largement ce qu’est la création artistique. Mais comme tous les artistes de l’arte povera, Mario Merz rejette la société de consommation et participe à l’utopie contestataire de la fin des années 1960. L’utilisation et la récupération de matériaux naturels et d’objets quotidiens, comme le néon, souligne la richesse et la sophistication de la société autant que la pauvreté qu’elle engendre.

Hommage à Arcimboldo, 1987

Mario Merz, Hommage à Arcimboldo
voir toutes les images

Mario Merz, Hommage à Arcimboldo, 1987

i

Fer noir, verre, néon, papier journal, paraffine, peinture glycérophtalique • 100 × 936 × 184 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Adagp, Paris, 2025 / © GrandPalais Rmn

Cette installation monumentale se compose d’un crocodile fait de boules de papier journal paraffinées et peintes, de fruits et de légumes, posé sur des caissons de verre sur lesquels trône de-ci de-là, en chiffres de néon bleus, la suite de Fibonacci… Autant d’éléments clés de l’œuvre de Mario Merz qui témoignent de la question des flux d’énergie et de mise en scène des forces primordiales. L’artiste cherche ici une fois encore à capter « le souffle immémorial ».

Par • le 13 janvier 2025
Retrouvez dans l’Encyclo : Arte povera Mario Merz

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi