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Marisa Merz en 2 minutes

Marisa Merz en bref

Seule femme de l’arte povera, quelque peu effacée par son célèbre mari Mario, figure phare du mouvement, Marisa Merz (1926–2019) est l’autrice d’une œuvre résolument personnelle dans laquelle culture savante et populaire, matériaux de l’art et objets de la vie quotidienne se confondent. Ses sculptures, peintures, actions ou environnements sollicitent l’imagination du spectateur, invité dans un monde où l’art et la vie s’entremêlent. Marisa Merz est une alchimiste, qui travaille aussi bien l’or que la mémoire, la cire que l’argile, à travers des formes toujours renouvelées, complexes, intimes et poétiques.

Marisa Merz à Florence en 1996
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Marisa Merz à Florence en 1996

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Courtesy Fondazione Merz / Photo Gianfranco Gorgoni

Elle a dit

« Ce qu’il faut mesurer ce n’est pas la taille de la toile, ce qu’il faut mesurer c’est sa mémoire. L’art est une chose mentale. »

La vie de Marisa Merz en quelques dates

Une enfance marquée par l’art

Née en 1926 dans la ville industrielle de Turin, Marisa Merz baigne très jeune dans les milieux artistiques de la ville, et devient un temps le modèle du peintre Felice Casorati – proche du courant réalisme magique –, tout en fréquentant le monde de la danse et du théâtre, mais c’est vers l’architecture qu’elle se tourne dès les années 1950. C’est là, durant ses études à la Galleria Civica d’Arte Moderna e Contemporanea, qu’elle rencontre son compagnon, le futur maître de l’arte povera, Mario Merz (1925–2003). Ils se marient en 1960 en Suisse, et Marisa donne naissance à leur fille Beatrice qui sera le sujet de quelques-unes de ses œuvres les plus emblématiques.

Des expositions expériences

Si Marisa Merz produit depuis toujours dessins et peintures, il faut attendre 1966 pour qu’elle expose ses premières œuvres, les Living Sculptures (« Sculptures vivantes »), sculptures suspendues réalisées à partir de feuilles d’aluminium et contreplaquées. Elles sont initialement montrées dans la cuisine de son appartement transformant radicalement l’espace privé en lieu d’exposition, avant d’être exposées dès l’année suivante à la GAM de Turin, puis au Piper Club et à la galerie Sperone. Dans chacun des lieux, les Living Sculptures évoluent et se métamorphosent : ses expositions sont pensées comme un véritable environnement invitant le visiteur à faire une expérience de l’œuvre.

Son inscription dans le mouvement de l’arte povera

Déjà, son œuvre est marqué par une recherche profonde sur la matière et son autonomie, qui présage de sa participation au mouvement de l’arte povera. Théorisé dès 1967 par le critique Germano Celant, celui-ci rassemble un petit groupe d’artistes italiens tourné vers la nature et les matériaux dits pauvres, et qui renouvelle radicalement le langage artistique face au suprématisme américain. Plus qu’un mouvement, l’arte povera fut une attitude, politiquement contestatrice, symbolisant l’esprit de décroissance avant l’heure. Si Marisa Merz participa à quelques-unes des expositions du mouvement, elle restera toujours en marge, « refusant les rites en usage dans les sphères de l’art. Elle a construit, comme Louise Bourgeois, en silence et sans se préoccuper des luttes et des compétitions, des fantasmes ou des vertiges. » (Germano Celant)

Entre savoir-faire et performances

À la fin des années 1960, Marisa Merz commence à travailler avec le fil de nylon et de cuivre, ses matériaux de prédilection, introduisant ainsi dans l’art contemporain des pratiques du quotidien et des savoir-faire traditionnels. En 1968, elle participe à la première exposition publique de l’arte povera, « Arte povera più Azioni povere », orchestrée par Germano Celant à Amalfi. En 1970, pour son exposition dans la légendaire galerie L’Attico de Rome, elle monte dans un avion, communiquant au sol ses altitudes successives qui seront reportées sur un graphique. L’œuvre est d’ailleurs souvent au cœur d’« actions pauvres », dont il ne reste comme témoignages que des photographies. Se laissant guider par l’« intelligence de la matière », elle laisse aux matériaux une forme d’autonomie, comme lorsqu’elle abandonne sur la plage de Fregene une boule tissée d’algues et des couvertures enroulées qui se trouvent déplacées et façonnées par le flux de la mer avant de disparaître complètement.

Une obsession pour la figure humaine

La décennie 1970 fut marquée par de vastes environnements, de cuivre notamment, mais aussi par une attention particulière à la figure humaine, que Marisa Merz va décliner en « Testines », ces petites têtes de cire, de plâtre ou d’argile crue, qui sont répétées en obsession et qui, bientôt, investiront la feuille de papier ou la toile. Marisa Merz travaille en séries, revenant sans cesse aux mêmes motifs, aux mêmes matériaux, aux mêmes techniques, pour s’approcher au plus près de l’essence de l’œuvre. Elle explore ses sujets par de subtiles et constantes variations, d’une œuvre à l’autre, jouant des échelles, des formes, des matières, des couleurs et des effets de surface.

Une fin de vie en retrait

Dès les années 1980, Marisa Merz rencontre un succès international, et participe à de nombreuses expositions à travers le monde, et à plusieurs éditions de la Biennale de Venise. Mais à la mort de Mario Merz en 2003, elle reste en retrait d’une scène artistique qu’elle a toujours laissée à distance. Elle poursuit ses explorations, ses dessins de figures notamment, qui, à partir des années 2000, empruntent aux peintures sacrées des primitifs italiens. En résultent des œuvres d’une étrange poésie, d’une énergie presque mystique, entre intimité et universalité. Elle reçoit en 2013 le Lion d’or à la Biennale de Venise, une consécration pour une artiste qui fut trop longtemps restée dans l’ombre, avant de s’éteindre quelques années plus tard, en 2019, après avoir créé avec sa fille Béatrice une fondation d’art contemporain au nom de son mari et du sien.

Ses œuvres clés

Living Sculpture, 1966

Marisa Merz, Untitled living Sculpture
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Marisa Merz, Untitled living Sculpture

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Courtesy Tate Modern, Londres / © Adagp, Paris 2024

Les premières œuvres de l’artiste sont des sculptures suspendues, créées à partir de feuilles d’aluminium cousues ou agrafées entre elles pour former des structures organiques, tubulaires ou en spirales ; des sculptures aux formes chaotiques et vivantes, qui s’inscrivent dans les réflexions de 1930 de Georges Bataille sur l’informe, et qui rappellent, dans leur processus évolutif, certaines préoccupations d’artistes américains post-minimalistes (Richard Serra, Eva Hesse, etc.) ou celles des artistes de l’arte povera. Ces sculptures montrent la matière telle qu’elle est, libre, indépendante, se transformant au fil du temps. Présentées initialement dans la cuisine de son appartement, elles seront exposées dès 1967 à la GAM de Turin, puis au Piper Club et à la galerie Sperone.

Scarpette, 1968

Marisa Merz, Scarpette
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Marisa Merz, Scarpette, 1975

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Fil de cuivre • 4 × 23 × 9 cm • Coll. Fondazione Merz, Turin • © Adagp, paris 2024 / Photo Renato Ghiazza

C’est sans doute l’une des œuvres les plus poétiques de Marisa Merz. Ici, l’artiste a tricoté avec du fil de nylon transparent une paire de chausson à sa taille, renouant ainsi à la fois avec une pratique domestique, quotidienne, ancestrale, et un artisanat féminin. Cultures savante et populaire, techniques et outils de l’art et de la vie quotidienne se confondent chez Marisa Merz pour former une œuvre intime et d’une étrange puissance. Le fil de nylon et, plus encore, celui de cuivre sont les matériaux de prédilection de l’artiste. « L’art est né avec le cuivre, et il renaît au quotidien dans la forme du fil de cuivre », écrivait Mario pour expliciter les œuvres de Marisa Merz.

Testines

Marisa Merz, Sans titre
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Marisa Merz, Sans titre, 2017

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Bobine de fil de cuivre • 32 × 22 × 22 cm • Coll. Merz, Palerme • Courtesy Fondazione Merz / © Adagp, paris 2024 / Photo Renato Ghiazza

Dès les années 1970, Marisa Merz s’intéresse de plus en plus à la figure humaine, qu’elle dessine, peint ou sculpte et qui donnera naissance à l’une de ses séries les plus emblématiques, les « Testines » (« petites têtes »). Dans ces portraits de cire ou d’argile, recouverts de pigments, de feuilles d’or et de trames de cuivre, les traits sont à peine esquissés et tendent à s’effacer à mesure que l’artiste s’y intéresse ; les yeux sont souvent grands ouverts et tournés vers le haut, comme attirés vers un lieu céleste et métaphysique. Pendant près de 40 ans, l’artiste déclinera ces têtes, explorant sans relâche les caractéristiques physiques et psychiques de la figure humaine. Montrées sur de graciles trépieds, des socles, des tables, ou à même le sol, de dimensions, matériaux et formes variables, ces sculptures montrent la richesse du vocabulaire plastique de l’artiste.

Dessins

Marisa Merz, Sans titre
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Marisa Merz, Sans titre, non daté

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Technique mixte sur papier de riz et plexiglas • 45,5 × 32,5 cm • Coll. particulière • © Adagp, Paris 2024

De cire ou d’argile, ces têtes deviennent feuille de papier. Là encore, les traits de ces visages imaginaires sont à peine esquissés, parfois brisés ou déstructurés et traversés de feuilles d’or, de pigments vifs et colorés, de résilles de cuivre ou de nylon. À partir des années 2000, ces dessins poétiques deviennent des figures sacrées, ailées ou aériennes, qui bien souvent font écho à ses vers, prennent une place de plus en plus importante dans l’œuvre. Ils se déploient sur des fonds de tourbillons, de spirales et de vagues, et ne sont pas sans rappeler les peintures religieuses des icônes byzantines ou les grands maîtres de la Renaissance, de Fra Angelico ou d’Antonello da Messina.

Par • le 28 octobre 2024
Retrouvez dans l’Encyclo : Arte povera Marisa Merz

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