Article réservé aux abonnés
Considéré comme l’un des plus grands peintres de la Renaissance italienne, Masaccio (1401–1428) eut pourtant une carrière extrêmement courte ; le peintre est mort subitement à l’âge de 27 ans. Son style, marqué par un souci de grand naturalisme, très innovant pour l’époque, a inspiré des générations d’artistes, notamment Michel-Ange. L’œuvre de Masaccio s’adresse à l’œil avec une force peu commune grâce à ses compositions denses, ses effets de profondeur et de perspective ainsi qu’à la dramaturgie de ses personnages. Sous son pinceau, les figures semblent prendre vie !
Tommaso Masaccio, Autoportrait, vers 1427
fresque • Florence, Santa Maria del Carmine • © Raffaello Bencini / Bridgeman Images
« Il faudra vraiment attendre près d’un siècle pour qu’il se présente des génies de taille à lui succéder, un Léonard de Vinci ou un Raphaël ! » Georges Lafenestre
Né dans un petit village près d’Arezzo, Tommaso di Giovanni Cassai est le fils d’un notable. Malheureusement, il perd son père très jeune. L’enfant est élevé par sa mère et son beau-père, dans un milieu aisé. La famille s’installe à Florence et le futur Masaccio entre dans l’atelier d’un peintre qui le met en contact avec les grandes œuvres de Brunelleschi et de Donatello.
Bien que son surnom signifie « l’idiot », en raison de son caractère rêveur et dispersé, le jeune homme est extrêmement doué. À l’âge de 18 ans, il a déjà une petite notoriété et commence à réaliser des œuvres pour l’Église, première commanditaire des peintres. Il réalise notamment une fresque pour Santa Maria del Carmine. Malgré son talent, l’artiste n’a jamais fait fortune et vécut une vie très modeste.
En 1424, Masaccio trouve un associé en la personne de Masolino da Panicale, qui est plus âgé que lui. Ils peignent ensemble différents chefs-d’œuvre dont la fresque de la chapelle Brancacci (Santa Maria del Carmine). Cette association a souvent dérouté les historiens de l’art car Masolino est considéré comme un peintre passéiste, tandis que Masaccio incarne l’avant-garde et fait figure de visionnaire. Ce travail en commun les occupe pendant quatre ans, et demeure inachevé (Filippino Lippi l’achèvera quarante ans plus tard). Masaccio est assurément le plus talentueux des deux en raison de la modernité de son réalisme. Les personnages sont représentés avec souplesse, et surtout expriment une véritable profondeur psychologique.
Le peintre maîtrise d’une manière peu commune les lois de la perspective. Son talent éclate dans son dernier grand chef-d’œuvre, entre 1424 et 1428 : la fresque de la Trinité dans l’église Santa Maria Novella. L’artiste est mort peu de temps après dans des conditions non élucidées à l’occasion d’un voyage à Rome. Il n’avait que 27 ans, et laissa orphelin l’art de son époque. À sa mort, Brunelleschi déplora une immense perte pour l’art italien.
Tommaso Masaccio, Adam et Ève chassés du Paradis, 1424–1425
fresque • Florence, Santa Maria del Carmine • © Raffaello Bencini / Bridgeman Images
Adam et Ève chassés du Paradis, 1424–1425
Masaccio peint ici le couple originel exclu du jardin d’Éden. Forte et dramatique, cette composition se présente sous une forme verticale et met en scène les deux personnages nus dans une posture pathétique. Ève cache ses attributs et son visage exprime une terrible douleur. Quant à Adam, il se tient la tête baissée. Cette œuvre est le fruit d’une commande passée à Masaccio et Masolino par un riche commerçant italien. Au XVIIe siècle, l’œuvre fut maquillée afin de dissimuler la nudité jugée honteuse des personnages. Elle fut, depuis, restaurée dans son état original.
Tommaso Masaccio, La Trinité, 1424–1428
fresque • 677 × 377 cm • Florence, Santa Maria Novella • © Nicolò Orsi Battaglini / Bridgeman Images
La Trinité, 1424–1428
Au milieu de la composition, le Christ se tient sur la croix. Plusieurs personnages l’entourent, dont Marie et saint Jean. Le décor est d’inspiration antique et témoigne surtout de la grande maîtrise de la Masaccio dans la représentation d’une perspective illusionniste. Les personnages étant peints en taille réelle, le spectateur se trouve devant un véritable trompe-l’œil. Cette œuvre développe une symbolique chrétienne en prêchant la vertu de la prière afin d’être sauvé du péché.
Tommaso Masaccio, Vierge à l’enfant avec des anges (retable de Pise), 1426
Peinture à la détrempe et fond doré sur panneau de bois • 135,3 × 75 cm • Londres, National Gallery • © Bridgeman Images
Vierge à l’enfant avec des anges (retable de Pise), 1426
Fragment d’un retable démembré, cette Vierge à l’enfant occupait le panneau central. Il semble que Masaccio l’ait peint en collaboration avec son frère Andrea di Giusto. La figure centrale est bien sûr la Vierge, de taille bien plus imposante que les autres personnages. Le Christ, sur ses genoux, mange du raisin, symbole prémonitoire du sang qui sera versé. La Madone semble particulièrement affectée, comme si elle pressentait cette destinée funeste. Une nouvelle fois, Masaccio exprime son talent dans la maîtrise de la perspective.
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique