Secrets d'artistes

Haring, Bazille, Schiele… Ces 10 grands artistes disparus trop jeunes

Par et

Publié le , mis à jour le
Certains n’avaient même pas 30 ans… Fauchés dans la fleur de l’âge, tandis que d’autres se cherchent encore, ces peintres, photographes et performeurs ont toutefois marqué l’histoire de l’art. Retour sur les disparitions les plus précoces d’artistes, qui ont aussi contribué à forger leur mythe.

Des peintures déchirantes de Charlotte Salomon aux clichés énigmatiques de Francesca Woodman en passant par le trait torturé d’Egon Schiele et l’expressionnisme à vif d’August Macke, ils étaient promis à un grand avenir mais le destin en a décidé autrement.

Suicide, guerre, overdose, VIH… Leur carrière artistique fut tragiquement écourtée. Mais il n’en demeure pas moins qu’ils ont durablement marqué l’histoire de l’art de leur empreinte. Focus sur la vie de 10 étoiles filantes formant un sinistre cercle, à l’image du plus connu « club des 27 » réunissant des musiciens tels Amy Winehouse, Jimi Hendrix, Janis Joplin et Kurt Cobain, tous morts à 27 ans.

Masaccio, mort à 27 ans

Masaccio, Autoportrait
voir toutes les images

Masaccio, Autoportrait, vers 1427

i

fresque • Florence, église di Santa Maria del Carmine • © Raffaello Bencini / Bridgeman Images

Sa vie ne fut pas pavée de roses… Né en 1401, Tommaso di Ser Giovanni, dit Masaccio, n’a même pas 5 ans lorsque son père meurt. En 1417, il suit sa mère à Florence, tout juste remariée. C’est là qu’il se familiarise avec les œuvres des maîtres Donatello et de Brunelleschi et reçoit l’enseignement de Bicci di Lorenzo, dont il quitte l’atelier en 1422 pour rejoindre la corporation de l’Arte dei Medici e Speziali. De cette époque datent ses premiers travaux. À 23 ans, il entame sa collaboration avec le peintre Masolino da Panicale : notamment Sainte Anne, la Vierge à l’Enfant et cinq anges, conservé à la galerie des Offices, à Florence, ou les prodigieuses fresques de la chapelle Brancacci à Santa Maria del Carmine. Mais l’œuvre majeure de Masaccio demeure la fresque de La Trinité (1425) pour l’église Santa Maria Novella, où il brille par sa maîtrise de la perspective. À 27 ans, en 1428, Masaccio meurt mystérieusement au cours d’un voyage à Rome avec Masolino da Panicale. M.B 

Fréderic Bazille, mort à 29 ans

Jean-Frédéric Bazille, Autoportrait
voir toutes les images

Jean-Frédéric Bazille, Autoportrait, 1865

i

huile sur toile • The Art Institute of Chicago • Restricted gift of Mr. and Mrs. Frank H. Woods in memory of Mrs. Edward Harris Brewer / Bridgeman Images

Le 28 novembre 1870, en pleine guerre franco-prussienne, Frédéric Bazille (1841–1870) s’effondre, touché au bras et au ventre lors de l’assaut de Beaune-la-Rolande dans le Loiret. Le jeune fils de bonne famille, originaire de Montpellier, n’avait pas atteint ses 29 ans mais faisait déjà parler de lui avec sa Scène d’été, exposée au Salon de 1870. Une brève carrière – à peine sept années – où, après avoir été formé dans l’atelier de l’académique Charles Gleyre, Bazille a peint une cinquantaine de toiles – dont son chef-d’œuvre La Réunion de familleau côté des impressionnistes Claude Monet, Berthe Morisot, Edgar Degas ou Auguste Renoir avec qui il partagea un atelier. La première exposition du groupe en 1874 chez Nadar, boulevard des Capucines, se tient quatre ans après sa mort, sans qu’aucun de ses tableaux ne soit exposé. Mais on redécouvrira bientôt son talent… En 1992, le musée Fabre à Montpellier lui organise une exposition, avant qu’une rétrospective nationale ne lui soit consacrée au musée d’Orsay en 2016. M.B 

Charlotte Salomon, morte à 26 ans

Dernière photo de passeport de Charlotte Salomon
voir toutes les images

Dernière photo de passeport de Charlotte Salomon

i

Coll. Joods cultuureel Kwartier, Amsterdam • Photo Joods cultuureel Kwartier

Une artiste qui avait choisi la voie de la création pour éviter de sombrer… Née en 1917, Charlotte Salomon (1917–1943) est issue d’une famille juive d’Allemagne. Fille unique, elle n’a même pas dix ans lorsque sa mère se suicide. En 1933, dans un climat où règne l’antisémitisme, elle est contrainte d’arrêter ses brillantes études aux Beaux-Arts de Berlin. Après la tragique nuit de Cristal du 9 au 10 novembre 1938, la famille Salomon quitte l’Allemagne et Charlotte rejoint ses grands-parents maternels sur la Côte d’Azur. Là, pour lutter contre le désespoir, elle se lance dans une série sur papier : en 18 mois, elle produit 1 325 gouaches et aquarelles accompagnées de textes et de musique formant un ensemble intitulé « Vie ? ou Théâtre ? ». Une œuvre poignante où transparaît la détresse d’une famille en proie au suicide et à la dépression. Quelques mois plus tard, elle épouse Alexander Nagler, un réfugié juif de nationalité autrichienne, mais le couple est dénoncé et déporté. Âgée de 26 ans, enceinte de cinq mois, Charlotte Salomon est envoyée dans une des chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau. Elle avait confié avant son arrestation ses œuvres à un ami, le docteur Moridis, en lui précisant : « Gardez-les bien, c’est toute ma vie. » M.MD

Egon Schiele, mort à 28 ans

Anton Josef Trčka, Portrait d’Egon Schiele
voir toutes les images

Anton Josef Trčka, Portrait d’Egon Schiele, 1914

i

Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York

« Un artiste doit être, plus qu’aucun autre, un être humain, et il doit aimer la mort et aimer la vie. »

Né en 1890, au cœur de l’ancien Empire austro-hongrois, Egon Schiele est plongé tout jeune dans le grand bain musical, littéraire et artistique viennois. Portée par Gustav Klimt (que Schiele rencontre à 17 ans), la Sécession libère la création du conservatisme et de l’académisme ambiants. Schiele va encore plus loin que son mentor et pose les jalons de l’expressionnisme, élaborant, à 20 ans à peine, un vocabulaire qui chamboule la peinture où les visages sont émaciés et les corps violentés : « Un artiste doit être, plus qu’aucun autre, un être humain, et il doit aimer la mort et aimer la vie », affirme-t-il. Fauché en pleine gloire, Schiele succombe en octobre 1918 à la grippe espagnole trois jours après sa femme, enceinte, et à quelques mois d’intervalle de Klimt, de 32 ans son aîné. M.B 

Jeanne Hébuterne, morte à 21 ans

Anonyme, Jeanne Hébuterne
voir toutes les images

Anonyme, Jeanne Hébuterne, vers 1914

i

Collection particulière • © Fine Art Images / Bridgeman Images

Il fut son grand amour et la source de son malheur. Muse et modèle d’Amedeo Modigliani, Jeanne Hébuterne (1898–1920) était aussi peintre, autrice de portraits longtemps restés confidentiels. En 1916, Modigliani, grand séducteur de Montparnasse, a le coup de foudre pour la jeune étudiante de l’Académie Colarossi. Du haut de ses 19 ans (lui en a 32), elle lui voue un amour aveugle au point de se couper de sa famille qui ne cautionne pas la relation. Jeanne ne supporte pas la mort du peintre le 24 janvier 1920. Deux jours après, elle se jette du cinquième étage de l’appartement de ses parents, rue Amyot (5e arrondissement de Paris), enceinte jusqu’au cou de leur deuxième enfant. Le père de Jeanne refuse que les amants partagent leur dernière demeure : sa fille est d’abord enterrée à Bagneux avant de rejoindre en 1930 la sépulture de Modigliani au Père-Lachaise. M.B 

Keith Haring, mort à 31 ans

Keith Haring en 1989 à Pise, Italie
voir toutes les images

Keith Haring en 1989 à Pise, Italie

i

© Marcello Mencarini/leemage © The Keith Haring Foundation

« L’art n’est pas une activité élitiste réservée à l’appréciation d’un nombre réduit d’amateurs, il s’adresse à tout le monde. »

Il a fait entrer le graff dans l’histoire de l’art moderne ! Né en Pennsylvanie, Keith Haring (1958–1990) développe très jeune une passion pour le dessin. Après des études à l’École d’arts visuels de New York, il fréquente les clubs, les squats et le milieu de la contreculture. Dans les années 1980, il rencontre Jean-Michel Basquiat et développe une œuvre proche du graffiti influencée par l’art brut et le pop art. Antibourgeois et anticonformiste, il tapisse les couloirs du métro de ses silhouettes à la craie. « L’art n’est pas une activité élitiste réservée à l’appréciation d’un nombre réduit d’amateurs, il s’adresse à tout le monde », prône-t-il. Autodidacte, Haring ouvre en 1986 un Pop Shop où il vend t-shirts, jouets et autres produits dérivés. Diagnostiqué comme atteint du VIH en 1988, il crée la Keith Haring Foundation pour venir en aide aux victimes du sida. Véritable activiste, il meurt le 16 février 1990, laissant derrière lui une œuvre universelle. M.B.

August Macke, mort à 27 ans

August Macke, Autoportrait avec chapeau
voir toutes les images

August Macke, Autoportrait avec chapeau, 1909

i

huile sur bois • Städtisches Kunstmuseum, Bonn • © akg-images

Tout petit, il ne pensait déjà qu’à la peinture. Formé à Düsseldorf, August Macke (1887–1914) voyage en Europe avant de faire la rencontre – décisive – de Franz Marc en 1910, une amitié qui le conduit à participer à l’aventure flamboyante du Cavalier bleu, exposant à Munich comme à Moscou en 1911. Familier de Max Ernst, Robert Delaunay et surtout de Paul Klee, chez lequel il séjourne avec sa femme Elisabeth avant d’explorer la Tunisie… Le rêve se ternit lorsqu’il est mobilisé au cours de la Première Guerre mondiale au sein du régiment d’infanterie en Champagne. Le peintre meurt au combat le 26 septembre 1914, laissant derrière lui deux enfants. M.B 

Jean-Michel Basquiat, mort à 27 ans

Jean-Michel Basquiat
voir toutes les images

Jean-Michel Basquiat, 1987

i

© Karen Petersen Everett Collection / Bridgeman Images

La comète de l’art, c’est lui. Car, en une décennie d’une fulgurante carrière, Jean-Michel Basquiat (1960–1988) a réalisé l’œuvre d’une vie : 1 000 toiles, 2 000 dessins. Né à Brooklyn juste avant Noël en 1960, d’un père haïtien et d’une mère d’origine portoricaine, cet autodidacte a très tôt couru les musées new-yorkais. En 1977, après avoir découvert le monde du graffiti, Jean-Michel commence à signer ses premières œuvres – des t-shirts et cartes postales peints – de l’acronyme SAMO©, pour « Same old shit ». Passé brièvement par la musique, il plonge avec frénésie dans la peinture en fréquentant notamment Keith Haring. 1982 est son année : il est repéré par le galeriste star Larry Gagosian, fait la une du New York Times Magazine et rencontre Andy Warhol, dont la mort en 1987 va l’anéantir. Addict à l’héroïne et à la cocaïne, la drogue l’emporte le 12 août 1988. M.B 

Ana Mendieta, morte à 36 ans

Ana Mendieta
voir toutes les images

Ana Mendieta, vers 1985

i

Photographie en noir et blanc • © The Estate Of Ana Mendieta Collection, Adagp 2023 / Courtesy Galerie Lelong & Co

Le 8 septembre 1985, Ana Mendieta (1948–1985) fait une chute mortelle du 34e étage d’un gratte-ciel new-yorkais de Greenwich Village. La jeune performeuse américano-cubaine n’avait même pas 40 ans. Considérée comme l’une des artistes les plus prolifiques de l’après-guerre, Ana Mendieta laisse derrière elle une œuvre riche à la croisée du land art et du body art. Née à La Havane, elle est exfiltrée à 12 ans aux États-Unis à la suite du coup d’état de Fidel Castro. Diplômée d’un master en peinture, l’artiste explore dans son travail des thèmes comme le féminisme, la religion, la sexualité ou encore la nature. Elle utilise son corps comme vecteur de création dans ses œuvres et questionne la représentation des violences sexuelles et du patriarcat. Mariée huit mois plus tôt à Carl Andre, un sculpteur du minimalisme américain, elle meurt à la suite d’une dispute. D’abord accusé, le sculpteur est relaxé après un procès qui dura trois ans. Mais, les doutes demeurent sur la mort de l’artiste et les manifestations féministes persistent encore aujourd’hui. Sa mort reste un mystère pour le monde de l’art… M.MD

Francesca Woodman, morte à 22 ans

Fransesca Woodman, Self Portrait talking to Vince, Providence, Rhode Island
voir toutes les images

Fransesca Woodman, Self Portrait talking to Vince, Providence, Rhode Island, entre 1975 et 1978

i

Tirage argentique posthume • 13 × 13 cm • Coll. particulière • © ADAGP, Paris 2024 / Photo Sotheby’s

Peu connue en France, Francesca Woodman l’est davantage dans le monde anglo-saxon pour son œuvre féministe marquée par un destin tragique … Née à Denver dans une famille d’artistes, Francesca Woodman (1958–1981) commence la photographie dès l’âge de 13 ans. En 1975, elle intègre la Rhode Island School of Design et devient l’élève d’Aaron Siskind, rattaché à l’expressionnisme abstrait. Très vite, Francesca Woodman se met en scène nue dans ses clichés. Bousculant les codes de l’autoportrait, elle utilise son corps comme outil et décide de se réapproprier le nu féminin, à une époque où il est essentiellement l’œuvre de photographes masculins. Jouant avec les canons du nu, du surréalisme et du symbolisme, elle travaille le flou et le mouvement, comme dans Space2 (1975–1978). Le 19 janvier 1981, elle se défenestre de son appartement new-yorkais, âgée de seulement 22 ans. Son œuvre est depuis lors présente dans les collections de la Tate Modern à Londres ou du Metropolitan Museum of Art à New York, comme un important jalon de l’histoire de la photographie du XXe siècle. M.MD

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi