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Fernand Khnopff, L’Art ou Des caresses, 1896
Huile sur toile • 50,5 x 150 cm • Coll. Musées royaux des beaux-arts de Belgique • © Photo J. Geleyns Art Photographie
Fernand Khnopff, L’Art ou Des caresses [détail], 1896
Œdipe hypnotique
Surgissant d’un fond sombre, le visage d’Œdipe, froid et absent, vient se coller à la chimère : les deux êtres ne forment plus qu’un. Son aspect androgyne correspond à l’idéal asexué célébré par Khnopff et les symbolistes. Cet être ambigu pourrait bien représenter l’artiste lui-même aux côtés de sa sœur. Autre hypothèse : le regard fixe et impérieux d’Œdipe serait celui d’un mage (association courante dans les milieux occultes de la fin du XIXe siècle) qui aurait ensorcelé la créature. Son corps semble d’ailleurs irradier d’une lueur dorée.
Huile sur toile • 50,5 x 150 cm • Coll. Musées royaux des beaux-arts de Belgique • © Photo J. Geleyns Art Photographie
Fernand Khnopff, L’Art ou Des caresses [détail], 1896
Une sphinge tentatrice et énigmatique
Altier, d’une rousseur incandescente et à la mâchoire carrée : le visage du sphinx emprunte ses traits à la femme type de Khnopff, qui puise dans le modèle de sa sœur Marguerite, alter ego adulé de l’artiste. Si, dans le mythe originel, la créature chimérique possède un corps de lion ailé, le peintre présente ici un guépard, félin aussi gracieux que sauvage, qui, aux dires de Khnopff, se meut à la manière d’un serpent. Sous le pinceau de l’artiste, le sphinx devient allégorie de la volupté. Mais la séductrice est domptée par les caresses de son maître : en signe de soumission, la créature s’est allongée, sa queue ondule doucement, tandis que son visage affiche un sourire aussi doux que terrifiant…
Huile sur toile • 50,5 x 150 cm • Coll. Musées royaux des beaux-arts de Belgique • © Photo J. Geleyns Art Photographie
Fernand Khnopff, L’Art ou Des caresses [détail], 1896
Attributs et symboles
À la taille de l’éphèbe, une cordelette est suspendue pour signifier l’intention d’Œdipe de maîtriser la bête. Autre instrument de sujétion, le sceptre qu’il tient fermement répond, de l’autre côté du tableau, à la queue serpentine du sphinx. Cet attribut de pouvoir – qu’il soit monarchique (Œdipe est le roi de Thèbes) ou magique – est orné d’un globe ailé, motif que l’on peut interpréter comme un symbole d’élévation spirituelle. De discrètes fleurs viennent aussi orner la chevelure, le pagne et la poitrine du héros.
Huile sur toile • 50,5 x 150 cm • Coll. Musées royaux des beaux-arts de Belgique • © Photo J. Geleyns Art Photographie
Fernand Khnopff, L’Art ou Des caresses [détail], 1896
Un paysage sépulcral
Derrière le promontoire rocheux du sphinx s’étend un paysage de terre rouge hérissé de quelques cyprès et de deux mystérieuses colonnes bleues. Ce décor désolé, digne des toiles surréalistes, installe un climat étrange et inquiétant. Adepte des compositions savantes, Khnopff compartimente ses formats tout en longueur pour mieux brouiller la frontière entre intérieur et extérieur : le feuillage et le pan de marbre, gravé d’inscriptions cabalistiques, forment deux arrière-plans qui réunissent et séparent en même temps les personnages.
Huile sur toile • 50,5 x 150 cm • Coll. Musées royaux des beaux-arts de Belgique • © Photo J. Geleyns Art Photographie
Fernand Khnopff. Le maître de l’énigme
Du 11 décembre 2018 au 17 mars 2019
Petit Palais • Avenue Winston Churchill • 75008 Paris
www.petitpalais.paris.fr
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Avec son titre étrange (Des caresses) et son personnage de femme-guépard, cette œuvre distille un parfum vénéneux, une sourde perversité qui ne manqua pas de troubler ses contemporains. En 1898, où elle est présentée parmi vingt autres au Salon de la Sécession viennoise, la toile fait sensation et acquiert une célébrité immédiate. Fernand Khnopff livre ici une version très personnelle de l’épisode mythologique d’Œdipe et le sphinx, récit de l’Antiquité grecque cher aux symbolistes tel Gustave Moreau. Le tableau cultive l’ambiguïté et se charge de symboles indéchiffrables…