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Peintre allemande associée au mouvement expressionniste, Paula Modersohn-Becker (1876–1907) fut une artiste prolifique. Sur une quinzaine d’années, l’artiste disparue à l’âge de 31 ans a livré plus de 750 toiles, ainsi que des milliers de dessins et de très nombreux écrits. Ses thèmes de prédilection sont de nature intimiste et sensible : autoportraits, mères et enfants, natures mortes et paysages. Son style, quant à lui, fut résolument moderne. Modersohn-Becker aimait s’exprimer par la couleur et la forme fermement construite. Son œuvre offre une association inédite et personnelle entre une certaine rudesse et la quête de l’émotion intérieure.
Paula Modersohn-Becker, Autoportrait au 6e jour de mariage, 1906
Huile sur carton • 101,8 × 70,2 cm • Musée Paula Modersohn-Becker, Bremen • © akg-images
« J’aime l’art, je m’agenouille devant lui pour le servir, il faut qu’il devienne une partie de moi-même – peindre, c’est voir, sentir, faire. »
Née à Dresde, Paula Becker grandit dans un milieu bourgeois ouvert à la culture. Formée pour devenir institutrice, la jeune fille cultive une passion pour la peinture et prend des cours. À l’âge de 20 ans, elle rejoint une colonie d’artistes établie à Worpswede. L’ambiance est sans doute bohème et idéaliste car tous font le vœu de se tenir à l’écart de la société urbaine et prônent un retour aux valeurs du terroir et de la nature. Là, elle rencontre son futur mari, le peintre Otto Modersohn.
La jeune femme se sent à l’étroit dans ce milieu replié sur lui-même. Ressentant le besoin de découvrir de nouveaux horizons, elle entreprend de voyager à Paris. Elle y découvre une vie intense, fréquente les musées et les expositions, développe un culte pour l’art moderne et l’avant-garde, en particulier l’œuvre de Cézanne qui la marque considérablement. Elle prend également des cours dans une académie libre de Montparnasse. Nourrie de cette expérience – elle y retournera à plusieurs reprises –, elle rentre auprès d’Otto Modersohn, qu’elle épouse en 1901. La jeune femme décide de se consacrer à son rôle de belle-mère (Otto Modersohn était déjà père d’une petite fille) tout en poursuivant la peinture.
Paula Modersohn-Becker a peint de très nombreux paysages marqués par la présence des arbres. Manifestement, ils fascinent la jeune femme notamment par leur verticalité, créant un lien entre la terre et le ciel, mais aussi pour les symboles de vie qu’ils représentent. La composition graphique occupe une grande importance dans ses œuvres. Les effets sont souvent puissants, les teintes inspirées de la terre. Bien que Paula Modersohn-Becker n’ait jamais été une peintre de l’abstraction, ses paysages rejettent la perspective et l’illusionnisme.
L’artiste n’a pas délaissé les personnages, notamment les paysans qu’elle fréquente. Paula Modersohn-Becker a bien su rendre la pesanteur de leur corps soumis à de rudes conditions de vie. Sans jamais s’apitoyer, elle sait faire vibrer dans ses portraits leur force et leur dignité intérieures. Son regard est résolument empathique. Le thème de la maternité – tout comme celui de l’autoportrait – trouve une occurrence particulière dans son œuvre. Mais Paula Modersohn-Becker représente souvent les enfants comme des êtres graves, aux grands yeux sombres, atteints par des préoccupations d’adultes. Ces tableaux furent souvent incompris.
La vie de Paula Modersohn-Becker s’est brutalement arrêtée en 1907 en raison d’une embolie pulmonaire déclarée quelque jours après l’accouchement difficile de son unique enfant. Elle n’avait que 31 ans ! Cette vie écourtée ne permit à cette peintre talentueuse d’atteindre sa maturité artistique. Les œuvres réalisées sur une dizaine d’années permettent de saisir son talent, très influencé par les grands peintres français de la fin du XIXe siècle, en particulier Cézanne et Gauguin, mais aussi par le primitivisme. Paula Modersohn-Becker occupe une place réelle dans le courant expressionniste allemand. Son œuvre puissante, admirée par Rainer Maria Rilke, fut marquée par la quête de l’expression, du sentiment et de la couleur structurée par la forme. Sa modernité poussa les nazis à considérer son œuvre comme appartenant à « l’art dégénéré » en 1937.
Paula Modersohn-Becker, Mère et enfant, 1903
Huile et tempera sur toile • 69 × 58 cm • Kunsthalle Hamburg • © Kunsthalle Hamburg
Mère et enfant, 1903
Le thème de la mère à l’enfant est une obsession de l’artiste. Il fait sans doute écho à ses propres interrogations sur la maternité. S’il s’agit bien sûr d’un sujet très ancien, marqué par l’iconographie chrétienne, Paula Modersohn-Becker le traite avec un grand réalisme, sans idéalisation, mais dévoilant au contraire la tristesse ou la fatigue qui peut toucher la mère allaitante. Ses modèles étaient généralement des paysannes choisies dans son voisinage.
Paula Modersohn-Becker, Fille à la robe rouge, 1905
Huile, tempera et cire sur toile • Harvard University Art Museums • © Harvard University Art Museums
Fille à la robe rouge, 1905
Les portraits d’enfants sont nombreux dans l’œuvre de Paula Modersohn-Becker, mais ils ne présentent généralement ni gaieté ni insouciance. Dans la nature, posant de manière hiératique, ils apparaissent comme des êtres monumentaux. Dans ces portraits, Paula Modersohn-Becker dévoile un visage peu habituel de l’enfance. Son but n’est pas de montrer l’élégance ou la sagesse d’une petite fille, mais plutôt de dresser un portrait intérieur et sensible de la complexité du personnage en devenir.
Paula Modersohn-Becker, Nature morte aux pommes et bananes, 1905
Tempera sur toile • 67 × 84 cm • Kunsthalle Bremen • © Kunsthalle Bremen
Nature morte aux pommes et bananes, 1905
Très influencée par la peinture de Cézanne qu’elle admirait, Paula Modersohn-Becker représente des fruits se déversant sur une nappe. La vue en contre-plongée, l’équilibre instable des objets, le traitement de l’étoffe, les couleurs rappellent en tous points le maître d’Aix. Elle choisit comme lui de simplifier la nature, traitant les pommes comme des sphères, exprimant la géométrie cachée de la nature.
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