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Vue de l’exposition “À revers” au 19M. Au centre : “La Dispute des astres” de Demian et Olivera Majcen (2022)
© Axel Aurejac
Ils sont venus en voisins. Ouverte il y a à peine un an, le 19M, situé à la jonction du 19e arrondissement de Paris et d’Aubervilliers, accueille une poignée d’artistes résidents à Poush, incubateur artistique situé à deux pas de là. Leur point commun ? Toutes et tous se sont emparés, le temps d’une exposition, de techniques ancestrales de la broderie et du tissage. Et ce n’est pas un hasard si leurs œuvres ont trouvé refuge ici. Nouveau venu dans un quartier en pleine mutation, le 19M, centre culturel fondé par la maison Chanel entend bien mettre à l’honneur les savoir-faire précieux des métiers d’art. Dans ce grand bâtiment flambant neuf signé Rudy Ricciotti, cohabitent ainsi une dizaine de prestigieuses maisons d’art (Lesage, Lemarié, Goossens…), un café branché et un espace d’exposition (la Galerie du 19M).
À gauche : Gaëlle Choisne, « Quelques vivres pour l’au-delà » (détail), 2018. À droite : Demian et Olivera Majcen, « La Dispute des astres » (détail), 2022
© Axel Aurejac
« La broderie, ce n’est pas qu’embellir. C’est aussi rapiécer, combler un vide. »
C’est là, donc, que se déploie « À revers », qui vient clore le cycle d’expositions inaugural du 19M. Dans ce grand espace décloisonné traversé par la lumière, où les œuvres ressemblent à des planètes en lévitation, le tissage et la broderie apparaissent d’abord comme une technique de soin, de « survivance », comme l’explique Gaëlle Choisne. Inspirée par le survival art d’Hessie, l’artiste a suspendu de part et d’autre de la galerie de grandes couvertures noires évoquant des linceuls, sur lesquelles elle a cousu toutes sortes d’objets liés à la survie (boussole, portable, nourriture). Tous sont destinés à un autre monde, précise celle dont l’œuvre trouve sa genèse dans le décès d’un proche. « La broderie, ce n’est pas qu’embellir. C’est aussi rapiécer, combler un vide. », abonde Pauline Guerrier, qui présente là le résultat d’une performance réalisée avec quarante artistes résidents à Poush : un lancer de pelotes de laine géant duquel est née une tapisserie où chaque fil témoigne des interactions directes entre les participants. Comme la trame d’un grand récit collectif.
Déborah Fischer, La Chute, 2022
© Axel Aurejac
Pour Kenia Almaraz Murillo, travailler à son métier à tisser s’apparente à une forme d’écriture autant qu’à une pratique méditative de laquelle émerge des figures animales extraites de la mythologie bolivienne. Ses tissages mêlent laine de Bolivie (où elle est née) et française, à des éléments plus inattendus, comme des phares de camion ! Plus loin le tandem formé par Demian et Olivera Majcen nous raconte une autre histoire, celle, éminemment onirique, d’une Dispute des astres [ill. plus haut], qui projette le visiteur dans une galaxie de fils et de sequins brillants. Et quand Déborah Fischer invente une nouvelle vie à de vielles semelles, des bouts de chapeaux et d’autres chutes de tissu – issus d’une ressourcerie du 19M –, l’artiste-chercheuse Dana-Fiona Armour se sert de la broderie pour sublimer le processus artistique et scientifique de son projet préexistant « MC1R », pour lequel elle avait infiltré à une plante un gène humain.
Si la broderie et le tissage n’apparaissent pas forcément comme leur médium de prédilection, toutes et tous sondent au 19M les infinies possibilités de la création textile. Territoires ô combien fertiles, que les visiteurs sont eux-mêmes invités à explorer le temps d’ateliers collaboratifs autour des œuvres de Desire Moheb Zandi et de Julian Farade, animés par des brodeuses de la maison Lesage. Des moments de création suspendus, évidemment, à un fil.
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