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ENQUÊTE

Quand l’art rencontre la science-fiction

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Dès le XIXe siècle, la littérature invente le genre, avec Mary Shelley ou Jules Verne. La contamination a lieu via le cinéma, avant de se transmettre à la BD, au design, à l’art contemporain et aux jeux vidéo. Source des plus grandes angoisses et des plus belles utopies, la SF n’en finit pas de nous faire peur et rêver. Décollage immédiat vers une planète en perpétuelle expansion.
Gordon Cheung, The Promised Land
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Gordon Cheung, The Promised Land, 2009

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Une ambiance crépusculaire psychédélique, une lumière émanant d’un arbre mystérieux, une ouverture comme un passage vers une autre dimension… Bienvenue dans l’univers trouble et magique de la science-fiction, « terre promise » d’artistes qui sont encore nombreux à s’y aventurer…

Listings de cotation du Financial Times, encre, gel et spray acrylique sur toile à voile, triptyque • 229 x 489 cm. • © Gordon Cheung

Boris Vian la comparait à une « nouvelle mystique », « résurrection de la poésie épique », quand Romain Gary la définissait comme le « symptôme typique d’une mort de civilisation ». Salvador Dalí, quant à lui, fustigeait sa vulgarité. Dans les années 1970, alors à son zénith, la science-fiction déchaîne les passions, agite les esprits des artistes et des écrivains, sans se soucier des codes ni de la hiérarchie entre les arts. Le genre littéraire, qui fait siennes les avancées technologiques et scientifiques pour envisager les grands bouleversements à venir, continue d’emprunter chemins de traverse, portes dérobées et autres passages secrets de la création pour en révéler de nouvelles dimensions, comme elle le fait alors depuis près d’un siècle.

La science-fiction a émergé dans les vapeurs de la société industrielle du XIXe siècle, avec les récits fantastiques de Jules Verne – l’auteur de Vingt mille lieues sous les mers et De la Terre à la Lune qualifiait lui-même son œuvre d’« anticipation scientifique » – et de HG Wells, qui publie en 1895 la Machine à explorer le temps, projection de la société en l’an 802 701, suivi de la Guerre des mondes qui voit débarquer des Martiens sur Terre. Sans oublier le Frankenstein de Mary Shelley, sorti en 1818 !

John Isaacs, Is More Than This More Than This
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John Isaacs, Is More Than This More Than This, 2001

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Rongé par une exploitation excessive des ressources naturelles, pourri de l’intérieur et de l’extérieur, le monstrueux personnage, incarnation de nos sociétés consuméristes viles et aveugles, ne semble pas comprendre ce qui lui arrive. Ne serait-il pas temps de réagir ?

Cire microcristalline, acier, verre, peinture à l’huile, mousse, latex, polystyrène • 350 × 150 × 150 cm • Coll. Antoine de Galbert, Paris / Photo J.-L. Lacroix

De l’Europe, la science-fiction gagne les États-Unis après la Grande Guerre pour s’épanouir dans des publications populaires bon marché, les pulps. C’est en 1926 qu’Hugo Gernsback crée Amazing Stories, premier magazine exclusivement dédié à un genre auquel le romancier et éditeur donne le nom de « science-fiction », qui va gagner bientôt tous les imaginaires. Comme le souligne Stéphane Manfrédo, auteur d’un essai éclairant sur le sujet, dès le départ, les illustrateurs en sont les acteurs clés. Dans leurs planches aux couleurs criardes, ils donnent à voir à des lecteurs bientôt accros des visions délirantes d’extra terrestres surgissant de soucoupes volantes pour enlever des jeunes femmes à peine vêtues, des paysages lunaires et des architectures futuristes aux perspectives vertigineuses. Le space-opera est né, promesse de voyages merveilleux aux confins de galaxies mystérieuses et de planètes situées à des années-lumière de la Terre. Les textes sont de qualité inégale, et il faut attendre l’écrivain russo-américain Isaac Asimov, géant du genre – avec plus de 400 livres à son actif –, pour que le space-opera prenne des atours plus sophistiqués, à l’image de son Cycle de Fondation (commencé en 1942), qui nous projette 20 000 ans dans le futur.

Du pulp à la bande dessinée, le pas est vite franchi. Voici qu’apparaissent les héros de comics Flash Gordon et Superman (tombé de la planète Krypton), tous deux ayant pour mission de sauver l’humanité. La science-fiction inspire au 9e art nombre de pépites graphiques, et ce sans jamais s’essouffler, à l’image de Lone Sloane créé en 1966 par le génial Philippe Druillet, qui met en scène des combats interstellaires spectaculaires dont George Lucas se nourrira pour imaginer son épopée à succès Star Wars. Parmi les BD culte des années 1980, il faut citer l’Incal, série scénarisée par Alejandro Jodorowsky et dessinée par Moebius, avec pour toile de fond un futur sombre et totalitaire, Akira de Katsuhiro Ōtomo et la Trilogie Nikopol d’Enki Bilal. Ces deux dernières donnent à voir des villes du futur en exacerbant les caractéristiques de mégalopoles voraces bien réelles. Druillet, Bilal et Moebius font les beaux jours de Métal hurlant, le magazine lancé en 1975 par les Humanoïdes associés, consacré essentiellement à la SF. Plusieurs fois arrêté, le mensuel a fait son grand retour l’année dernière avec un numéro dédié à un sous-genre qui explose en ce moment : le near futur ou anticipation proche.

Andreï Tarkovski, Stalker
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Andreï Tarkovski, Stalker, 1979

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Libre adaptation du roman des frères Arcadi et Boris Strougatski (1972), le film de Tarkovski se déroule dans un futur indéterminé. Des marginaux risquent leur vie pour se rendre dans une zone interdite susceptible d’abriter une chambre où tous les désirs peuvent se réaliser.

Extrait du film • © Mosfilm / Everett / Aurimages

Par sa propension à envisager les modes de vie de demain, l’architecture expérimentale y joue un rôle de premier plan. Déjà en 1939, lors de l’Exposition universelle de New York, le Futurama conçu par Norman Bel Geddes, décorateur de théâtre et designer industriel, fait sensation en donnant à voir la ville vingt ans plus tard, avec un système d’autoroutes automatisées traversant tous les États- Unis. Cette appétence des architectes mais aussi des designers pour la science-fiction fit l’objet d’une exposition foisonnante au Mudam à Luxembourg, en 2007. Intitulée « Tomorrow Now – When Design Meets Science Fiction », elle associait les maquettes de construction dignes d’un vaisseau spatial de l’agence Coop Himmelb(l)au, le fauteuil futuriste d’Eero Aarnio, boule pivotante à moitié fermée, les looks inédits d’André Courrèges avec jupes trapèze et bottines blanches vernies pour se sentir en apesanteur, les folles créations réalisées par le maquilleur prothésiste Stephan Dupuis pour les films de David Cronenberg…

Enki Bilal, Immortel (ad vitam)
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Enki Bilal, Immortel (ad vitam)

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Du 9e au 7e art, il n’y a qu’un pas. Enki Bilal le prouve en adaptant sa Trilogie Nikopol sur grand écran, avec un Horus en images de synthèse aussi imposant que dans la bande dessinée.

© Telema / CiBy 2000 / BBQ_DFY / Aurimages

Dernièrement, le studio WAI Architecture Think Tank s’est amusé à regrouper en une seule image, intitulée Cities of the avant-garde, cent projets utopiques des XXe et XXIe siècles, où l’on reconnaît pêle-mêle le dôme géodésique conçu par Richard Buckminster Fuller pour couvrir Manhattan (1959), le Monument à la Troisième Internationale de forme hélicoïdale de Vladimir Tatline (1919), l’Étoile de la mort de Star Wars, le château dans le ciel tiré du film d’animation de Hayao Miyazaki. Attention, les plus vraisemblables ne sont pas forcément ceux que l’on imagine !

Tel est le propre de la SF : brouiller les pistes, casser les règles, ouvrir de nouvelles perspectives, donner à voir l’inconnu. Venue de la littérature, elle a innervé tous les domaines de la création : la bande dessinée, l’architecture, le design et le cinéma, bien sûr. Les superproductions qui ont attiré des millions de spectateurs dans les salles sont le plus souvent librement inspirées de romans. Citons Dune de David Lynch en 1984 (et le remake de Denis Villeneuve) adapté du livre éponyme de Frank Herbert publié en 1965, et Blade Runner de Ridley Scott (1982) du chef-d’œuvre Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, paru une quinzaine d’années plus tôt. À l’origine de 2001, l’Odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick, il y a la Sentinelle (1951) d’Arthur C. Clarke, qui participa d’ailleurs largement à l’écriture du film. Quant au merveilleux et inoubliable Brazil de Terry Gilliam (1985), il s’inspire du célèbre 1984 de George Orwell (écrit en 1949), ouvrage visionnaire prédisant l’ère des réseaux sociaux et le pouvoir absolu de Big Brother dans une société autocratique.

La montée des totalitarismes dans les années 1930, les atrocités nazies, les bombes lâchées sur Hiroshima et Nagasaki puis la guerre froide et ses menaces nucléaires entraînent la SF dans les eaux troubles d’un pessimisme de la déshumanisation du monde. Pierre Boulle avec la Planète des singes (1963) et Richard Matheson, auteur de Je suis une légende (1954), en seraient les prophètes de malheur.

Yves Tanguy, Jour de lenteur
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Yves Tanguy, Jour de lenteur, 1937

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La fiction se déroule dans un paysage sans horizon peuplé d’étranges sculptures mécaniques. Leurs ombres se projettent dans un désert surréaliste où chacun est libre d’imaginer sa propre histoire, à commencer par JG Ballard.

huile sur toile • 92 × 73 cm • Coll. et © Centre Pompidou, Mnam-CCI, Dist. RMN-GP / Philippe Migeat.

JG Ballard, figure de proue de la nouvelle vague SF, au style soigné et humaniste, est le premier à faire sienne la cause écologique. Pour décrire les terres dévastées d’un avenir trouble, l’auteur mythique du Monde englouti et de la Forêt de cristal explique s’inspirer des peintures surréalistes de Max Ernst, Salvador Dalí, Hans Bellmer et Yves Tanguy, dont le mystérieux paysage désertique Jour de lenteur hante son esprit lorsqu’il écrit Sécheresse (1964). Les artistes le lui rendent bien, comme nous l’apprenait le catalogue de l’exposition organisée il y a dix ans au musée des Arts contemporains du Grand- Hornu, en Belgique, sur les liens entre arts plastiques et science-fiction. Ainsi, Ed Ruscha reprend dans son tableau The Music From the Balconies (1984) un passage de High-Rise, roman de 1975 où Ballard décrit les dysfonctionnements d’un building ultramoderne, quand la Gagosian Gallery, à Londres, lui consacre ses espaces en 2010 avec l’exposition « Crash, homage to JG Ballard ». Récemment encore, pour élaborer l’Ennemi du peintre, musique de fleurs produite par des sons electro, Edith Dekyndt se base sur Prima Belladona, une nouvelle de Ballard datant de 1956 où, dans un futur proche, les humains ont appris à entendre les mélodies produites par les plantes.

Tishan Hsu, Breath 4
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Tishan Hsu, Breath 4, 2021

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Les technologies numériques finiront-elles par nous engloutir ? C’est ce que semble suggérer cette œuvre où l’homme disparaît, noyé dans un flot de datas.

Impression jet d’encre, acrylique, silicone sur bois • 121,9 × 157,5 × 12,7 cm • Coll. Carmignac / Photo Stephen Faught.

Anticiper demain, transformer le réel en fiction, basculer dans d’autres dimensions : autant de pratiques dans lesquelles excelle l’artiste Dominique Gonzalez-Foerster. Si bien que lorsque la Tate Modern de Londres lui proposa en 2008 d’investir le Turbine Hall, elle projeta les visiteurs dans un futur où la pluie tomberait non-stop, où les gens rêveraient de déserts arides et les sculptures pousseraient telles des plantes tropicales géantes. À l’opposé, Théo Mercier envisage un Outremonde fait de dunes, mirage de sculptures de sable semblables à un mauvais rêve, qu’il se déroule à la Collection Lambert à Avignon ou, aujourd’hui, à la Conciergerie à Paris.

« La SF mine le réel pour en extraire le minerai du possible, qu’il contient toujours, fût-ce en minuscule quantité, et le fondre en lingots. »

Alain Damasio, écrivain, 2022

Capable de convoquer tous les arts dans des parcours multidisciplinaires à succès, la science-fiction a donné lieu à des expositions mémorables, comme en 1956 celle de la Whitechapel Gallery, à Londres, « This Is Tomorrow », considérée comme le point de départ du pop art. C’est là que Richard Hamilton présenta son collage devenu célèbre, Just What Is it That Makes Today’s Homes so Different, so Appealing?, mix d’extraits de magazines, où un body-builder en slip se tient au cœur d’un intérieur cosy équipé de tous les must-have du rêve américain et de la société de consommation. Quant au cycle d’expositions organisé de la Kunsthalle de Berne au musée des Arts décoratifs de Paris par Harald Szeemann, en 1967 et 1968, il fut le terrain de jeux où l’historien de l’art et commissaire mit au point une muséographie novatrice.

Bertrand Dezoteux, Harmonie épisode 1
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Bertrand Dezoteux, Harmonie épisode 1, 2018

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Dans ce film, l’artiste compose d’étranges contrées où les humains côtoient des créatures rappelant celles du maître flamand Jérôme Bosch.

Animation • © Wangechi Mutu / Courtesy Gladstone Gallery, New York-Bruxelles-Séoul.

Le land art aussi est né dans le sillage de la SF, porté par les voix de Peter Hutchinson et Robert Smithson, grands amateurs du genre – le premier s’étant même illustré dans le domaine en publiant des nouvelles à ses débuts. L’exposition fondatrice de ce mouvement, organisée en 1968 à la Dwan Gallery à New York, s’intitule « Earth Works » et reprend le titre d’un roman de Brian Aldiss sorti trois ans plus tôt (titre français : Terrassement), paysage ruiné par les activités industrielles. Se saisissant des enjeux environnementaux, les artistes développent des œuvres à l’esthétique catastrophiste. Traumatisé par les bombes atomiques lancées en août 1945 sur les villes d’Hiroshima et Nagasaki (il avait 10 ans), Tetsumi Kudo élabore des microcosmes dégénérés créés in vitro, plantes phallus, fleurs fanées, cactus et champignons obscènes…

Catastrophes écologiques inégalités, violences urbaines et crises sociales, systèmes politiques despotiques : les artistes anticipent désormais le réel dans des fictions sombres où la science a écrasé toute conscience. Quand elle démarre sa carrière dans les années 1980, Jane Alexander sculpte avec un réalisme confondant les Butcher Boys, figures mi-humaines mi-animales, à la peau livide et au regard noir, qui semblent sur le qui-vive, bouche cousue, prêts à en découdre avec une histoire faite de tensions et de violence. Leur présence, à la fois étrange et familière, crée la stupeur.

Jane Alexander, Infantry with Beast
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Jane Alexander, Infantry with Beast, 2008-2010

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Bien au-delà de l’histoire de sa terre natale, l’Afrique du Sud, Jane Alexander décrit une société totalitaire où les individus mis à nu marcheraient au pas, sous les ordres d’un pouvoir omniprésent et l’oeil vigilant d’un molosse aux allures de cerbère.

27 personnages, fibre de verre, peinture à l’huile, chaussures, tapis de laine • 118 x 1200 x 200 cm. • © Jane Alexander / ADAGP, Paris 2022 / Photo Fondation Louis Vuitton / Marc Domage

Le tableau serait incomplet sans évoquer l’univers du jeu vidéo que SimCity, créé à la fin des années 1980, incarne de façon cynique. Dans ce monde virtuel impitoyable, il est possible de créer des villes entières… à condition d’être un gestionnaire ambitieux doublé d’un fin stratège politique capable de satisfaire les enjeux de l’urbanisme, de l’économie et de dominer des administrés rebelles (sans oublier les catastrophes naturelles). Sur un mode plus trash, le jeu de rôle Cyberpunk 2077, à l’esthétique proche de Blade Runner, met en scène un avenir aussi désespérant qu’irrémédiable où la technologie sert une violence sans limites.

Marguerite Humeau, Kuroshio
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Marguerite Humeau, Kuroshio, 2022

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Alien aux formes aériennes portant sur son dos un œuf surnaturel, fossile exhumé d’un temps préhistorique, cyborg né de l’ingénierie biomédicale, la sculpture monumentale que Marguerite Humeau a montré à la dernière biennale de Venise semble tout droit sortie d’un récit de science-fiction.

Vue de l’installation « Migrations » à la 59e biennale de Venise • © Photo Jean-Michel Pancin

Les sombres rives de la dystopie seraient-elles les seules où la SF pourrait s’arrimer ? L’exposition actuelle du Centre Pompidou-Metz, « Les portes du possible », croit en des alternatives. « Il y a eu un effet pervers de la science-fiction car elle a forgé notre vision du futur en se limitant au prisme dystopique et en prenant le risque, à force, de le faire advenir, analyse sa commissaire Alexandra Müller. Pourtant, depuis une dizaine d’années, la recherche de nouvelles utopies est en cours. Des décombres semblent germer des possibles, et la science-fiction est appelée en renfort pour valoriser ce qu’il reste d’humain. Rien n’est immuable. Nous ne sommes pas condamnés à perpétuer les pratiques destructrices et autodestructrices contemporaines. » C’est ce que nous disent en substance les oeuvres que le musée convoque, à l’image des poissons de Marguerite Humeau, rescapés d’un désert de glace, miraculés revenus à la vie en apprenant à faire fonctionner leurs branchies à l’unisson, pour respirer d’un même souffle.

Arrow

Les Portes du possible. Art & science-fiction

Du 5 novembre 2022 au 10 avril 2023

www.centrepompidou-metz.fr

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