Fabrique royale de Berlin, Tabatière de table, entre 1770 et 1775
Porcelaine incrustée d'or et pierres fines • 5.1 x 10.7 x 8.5 cm • Coll. Royal Collection, Londres • © The Royal Collection Trust / HM King Charles III
Paris, capitale du luxe ! Au XVIIIe siècle, la préciosité se niche jusque dans la poche. C’est un monde de raffinement, très codifié, auquel nous initie le musée Cognacq-Jay, à Paris, en donnant à admirer dans des vitrines une collection exceptionnelle de petits objets ultra-sophistiqués.
Issus de la collection d’Ernest Cognacq, cofondateur avec son épouse de La Samaritaine en 1870, et en provenance d’institution prestigieuses, du Louvre aux collections royales anglaises, ils sont en or, décorés de pierres précieuses ou de nacre, façonnés dans la porcelaine, parfois émaillées ou ornées de miniatures au comble de la précision : découvrons ce luxe de poche !
Au XVIIIe siècle, les métiers d’art font un tabac. Littéralement puisque nombre des trésors d’orfèvrerie présentés dans le parcours sont de magnifiques tabatières. Très à la mode au siècle des Lumières, elles abritaient ce « stimulant » à priser par le nez, pratique très appréciée des messieurs comme des dames. Celle de l’orfèvre allemand Johann Christian Neuber, produite vers 1780, avec ses 120 lamelles de pierres serties dans une monture en or composant une mosaïque de couleurs, a tout d’un cabinet de minéralogie.
Johann-Christian Neuber, Boîte ronde ornée de 120 pierres dures, vers 1780
Pierre, or, perle fine, émail • 3,5 cm de hauteur x 8 cm de diamètre • Coll. Musée Cognacq-Jay, Paris • © CC0 Paris Musées / Musée Cognacq-Jay
« Par la préciosité de leur matériaux, l’inventivité de leurs mécanismes, les gestes raffinés qu’ils exigent, ces petits objets reflètent le statut social de leur propriétaire », explique Sixtine de Saint-Léger, commissaire générale de l’exposition. Ainsi boîtes à mouches, flacons, étuis, nécessaires, lorgnettes pour le théâtre… accompagnent tout au long de la journée les pratiques sociales. « C’est toute une stratégie de l’élégance qui se met en place », affirme la conservatrice du patrimoine. Soulignant un fait peu connu : sous la « robe à la française », caractérisée par ses larges paniers, une discrète poche permettait de cacher ces objets précieux.
Jean Raoux, Jeune fille lisant une lettre, vers 1717 – 1718
Huile sur toile • 99 × 81 cm • Coll. Musée du Louvre, Paris • © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Tony Querrec
Ces chefs-d’œuvre miniaturisés requièrent des mains d’or. De nombreux savoir-faire sont à l’œuvre, des maîtres lapidaires, émailleurs, vernisseurs… on innove à tour de bras ! À Paris et dans toute l’Europe, de foyers de productions apparaissent avec chacun sa patte. Résultat, tout le monde veut son petit objet précieux ! L’exposition montre aussi comment des productions plus abordables (en marqueterie de paille, en bois, en papier mâché…) sont progressivement être vendues chez les merciers. Et l’encyclopédiste Diderot de fustiger cette culture de la consommation en train de naître : « Marchands de tout et faiseurs de rien ! »
Un pistolet miniature qui se transforme en vaporisateur à parfum, un étui à cire moulé en une asperge de porcelaine, un drageoir en forme de tatou… Contempler ces merveilles de curiosité est un régal pour les yeux. Ne ratez pas dans les vitrines les prêts exceptionnels consentis par Sa Majesté le roi Charles III dont une merveille en verre, or et émail et une tabatière extraordinaire ayant appartenue à Frédéric II (1712–1786) [ill. en Une], roi de Prusse, grand fan de ces objets qui en a collectionnés jusqu’à 300 : elle brille de 3 000 diamants !
Luxe de poche - petits objets précieux au siècle des Lumières
Du 28 mars 2024 au 29 septembre 2024
Musée Cognacq-Jay • 8, rue Elzevir • 75003 Paris
museecognacqjay.paris.fr
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